Transpirer sur la grande muraille
Marcher sur la grande muraille représentait dans mon imaginaire une paisible promenade dénuée de toute notion physique et de toute production de sueur, toutes mes illusions ont été réduites à néant alors que je faisais quelques pas en direction de la tour de garde au sommet de Badaling, l’une des portions de la muraille à Pékin.
Bien que je sache pertinemment que cette immense structure serpente à travers les montagnes en montant et descendant durant des milliers de kilomètres, je ne voyais pas dans mon imagination de grosses côtes à gravir.
En réalité, à certains endroits, le pourcentage des pentes est extrêmement élevé. A tel point que je me demandais parfois si mes chaussures n’allaient pas glisser et si je n’allais pas retourner à mon point de départ en dévalant la pente sur les fesses.
Fort heureusement j’ai effectué ma visite sur les lieux un jour d’avril sans pluie et le chemin pierreux n’était pas glissant, autrement ma tentative aurait été avortée dans l’œuf. Ma condition physique n’étant pas des plus fameuses, je recommande à tous ceux qui se trouvent dans mon cas de faire un petit bilan préalable chez son médecin. Pour des personnes cardiaques ou des femmes enceintes, par exemple, il serait judicieux d’annuler voire de reporter cette petite ballade.
La section de Badaling, celle qui se trouve la plus proche de Pékin, est située à environ une heure de route du centre de la capitale chinoise. Le trajet pour se rendre sur les lieux est une aventure en lui même avec ses traversées de tunnels et son flot de camions qui engendre des embouteillages monstres. Une fois arrivé vous avez le choix de monter en funiculaire les 880 mètres qui vous séparent de la muraille pour la somme de 40 yuans ou bien décider de gravir la colline à pied, comme je l’ai fait.
Un flot de pensées
Après seulement quelques pas, on ne peut s’empêcher de se demander comment il a été possible de bâtir pareil monument et de s’interroger sur un tel exploit. Le transport de toutes ces briques et autres matériaux, les conditions de travail sur ces terrains variés et semés d’embûches, ont certainement demandé aux ouvriers de puiser au plus profond de leurs capacités mentales et physiques. Le résultat final est un hommage grandiose à l’effort humain et à la persévérance.
Dans le but de lutter contre ma réaction première qui consistait à tourner les talons et à abandonner ma ballade, j’ai décidé de me convaincre d’atteindre le sommet. Une bonne méthode consiste à garder les yeux rivés sur le sol et à ne surtout pas regarder vers le haut. De cette façon vous voyez défiler le sol sous vos pieds, assez rapidement, ce qui vous laisse penser que vous gravissez la côte à vive allure. Veillez également à porter des chaussures confortables et anti-dérapantes.
A environ mi-chemin, je me suis sentie un peu angoissée car il n’existe aucun aménagement, sur le chemin, pour effectuer une pause. Mon amie chinoise m’a alors dit que sur le panneau qui se trouvait devant nous, il était écrit que les gens qui réussiraient à atteindre le sommet pourraient se considérer comme des héros. En entendant cela, mon ego m’a remis sur la bonne trajectoire, et après deux heures d’efforts intenses, j’ai finalement atteint le sommet, méritant dès lors le titre de véritable héroïne de la grande muraille. J’étais tellement contente d’avoir atteint le sommet que j’ai envisagé un moment d’acheter une de ces répliques en pacotille de médaille d’or avec votre nom gravé dessus.

En évoquant les souvenirs, bien sûr, vous trouverez quelques marchands sur la grande muraille mais ils ne sont pas très nombreux. Durant mon ascension, un homme muni d'un appareil photo, s'est proposé de me prendre en action lors d'un des challenges physiques les plus difficiles qu'il m'ait été donné de vivre. Non merci! Qui voudrait se souvenir de la douleur de cette agonie, transpirant, le visage rougi par l'effort, les cheveux en bataille, se forçant à esquisser un sourire?
Une foule de gens grouille au sommet. Durant une seconde j'ai envisagé de faire demi-tour aussitôt, mes jambes encore tremblantes m'ont rappelé à l'ordre. Heureusement pour moi, le funiculaire arrive au sommet et je décide d'utiliser ses services pour redescendre, et vivre une expérience unique de descente vertigineuse.
Cette visite sur la grande muraille est l'accomplissement d'un rêve de longue date. Dans quel autre endroit peut-on s'immerger de la sorte dans l'histoire chinoise? J'ai pu faire de l'exercice et profiter d'un panorama exceptionnel.
Voici maintenant quelques conseils pour vous rendre encore plus agréable votre visite sur la grande muraille:
Prenez un taxi pour la journée. Cela vous coutera environ 60 euros et vous permettra d'avoir plus de temps pour contempler toutes les merveilles de la grande muraille et de la capitale.
Arrivez relativement tôt pour éviter la foule et le soleil brûlant.
Apportez une bouteille d'eau et quelquechose à grignoter, cela vous évitera de payer des prix prohibitifs sur place.
Emmenez le minimum de choses avec vous pour vous évitez des charges à porter.
Portez des vêtements confortables et des chaussures anti-dérapantes.
N'oubliez pas que si vous vous sentez fatigué à l'issue de l'ascension, vous pourrez toujours redescendre en funiculaire, ce qui n'entamera en rien le crédit de votre nouveau statut de héros!



