L’industrie du tourisme entre la France et la Chine au relenti

L’industrie du tourisme entre la France et la Chine au relenti

700.000 en 2007, les touristes chinois désertent la France en 2008
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Après des rumeurs d’une consigne de la municipalité de Pékin pour faire retirer la France des destinations proposées par les agences de voyages pékinoises, la France demande des explications à la Chine.

Avec Alain Hong, directeur de l’agence de voyage iTour à Pékin; et Jean-François Rial, président de Voyageurs du Monde.

C’est à la fin du mois de mai que la rumeur a commencé à circuler. Des voyagistes pékinois indiquent qu’ils ont reçu des consignes pour retirer de leur catalogue plusieurs destinations en Europe: la France serait particulièrement visée. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ces consignes - qui n’ont jamais été confirmées officiellement par les autorités chinoises - comme le parcours chaotique de la flamme olympique à Paris, l’attitude de la France durant la crise au Tibet, des problèmes rencontrés par des touristes chinois aux Galeries Lafayette ou encore la décision de faire du Dalaï-lama un citoyen d’honneur de la ville de Paris. Toujours selon ces rumeurs, la consigne aurait été donnée par la municipalité de Pékin.

Cette rumeur prend de l’ampleur et est prise au sérieux par le Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères.

Nous comprenons qu’une instruction orale aurait été donnée aux agences de tourisme de Pékin par les services de la municipalité pour retirer la destination “France” et ne plus vendre de séjours vers notre pays”, s’est exprimé à ce sujet Pascale Andréani, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. “Nous sommes intervenus auprès des autorités chinoises et de la mairie de Pékin en leur faisant savoir que si une telle initiative était confirmée, il s’agirait d’un geste contraire à l’esprit des relations de partenariat que la Chine entretient avec la France comme avec l’Union Européenne”, a poursuivi Madame Andréani. “Qu’il y ait un démenti c’est une chose, mais nous aimerions, compte tenu des bonnes relations que nous avons avec les autorités chinoises, des informations plus précises”, a commenté la porte-parole suite à un démenti communiqué, vendredi 6 juin, par l’administration du tourisme de Pékin.

Néanmoins, pour Alain Hong, ce ne sont bien que des rumeurs. Selon lui, l’administration du tourisme, ou le gouvernement chinois, n’a pas l'autorité pour donner de telles consignes.

Jean François Rial, président de l’agence de voyage officiellement désignée pour traiter les séjours en relations avec les Jeux Olympiques, tient, pour sa part, à dédramatiser les choses. “Il est faux de penser que le pouvoir chinois est uniforme et qu’il veut boycotter la France en représailles des événements liés au passage de la flamme à Paris”. Ces rumeurs seraient dues, selon Rial, à différentes tendances parmi les responsables chinois et qui tentent de faire parler d’eux.

Un fait un peu comparable à celui de Bertrand Delanoë lorsqu’il avait annoncé l’élection du Dalaï-lama comme citoyen d’honneur de la ville de Paris au moment où trois émissaires, envoyés par le président Nicolas Sarkozy, étaient à Pékin pour apaiser les tensions diplomatiques du moment entre les deux pays.

L’industrie du tourisme en chute libre

Si une telle consigne de la municipalité de Pékin n’a pas été prouvée, il n’en reste pas moins que les touristes chinois désertent la France cette année. En 2007, ils avaient pourtant été quelque 700.000 à venir visiter l’hexagone.

Il faut bien voir qu’on est dans un contexte très mouvementé cette année pour les voyages en France”. “Il y a eu l’incident des touristes chinois arrêtés aux Galeries Lafayette parce qu’on les soupçonnait de payer avec des faux billets, ce qui n’était pas le cas (…)” a confié au correspondant à Shanghai du journal Le Monde un spécialiste chinois du segment de voyage vers la France. Cette affaire a été en effet très médiatisée et a eu une forte répercussion sur l’opinion publique chinoise comme le confirme Alain Hong.

D’autre éléments ont aussi affecté l’image de la France auprès du public chinois. Le passage de la flamme olympique ou certaines positions de certains médias français lors des événements à Lhassa en sont les exemples les plus significatifs. Mais, outre ces questions liées à l’image de la France au sein de l’opinion publique chinoise, le tremblement de terre qui a frappé la province du Sichuan le 12 mai dernier a, lui aussi, des effets sur les envies de voyage des Chinois. Par décence ou par solidarité de leurs compatriotes qui souffrent, de nombreux Chinois ont renoncé à leurs plans de voyage ou les ont annulés. Pour les fonctionnaires c’est encore différent. Il s’agit plutôt de mesures budgétaires afin de financer les projets de reconstruction au Sichuan. Le 22 mai dernier, le premier ministre Wen Jiabao avait en effet annoncé que le gouvernement chinois allait réduire ses dépenses 2008 de 5%. Il avait alors demandé aux gouvernements et aux institutions publiques de réduire leurs dépenses de réunions et de voyage d’affaire.

Dans l’autre sens aussi les voyagistes voient une forte diminution du nombre de réservations. Jean-François Rial confie que, depuis la moitié du mois de mars, son agence a enregistré une diminution de 50 à 80% des voyages vers la Chine. Une baisse qui n’est nullement à associer avec une quelconque forme de sanctions des Français vis-à-vis de la Chine. Pour lui, cette chute des réservations est due à des inquiétudes des touristes français quant à leur sécurité sur place.

Il tient d’ailleurs à rassurer l’opinion et affirme que certains problèmes mentionnés ne sont pas propres à la Chine et se produisent dans tous les pays du monde.