Le guide de survie en Chine: L'électricité à la carte
L’histoire qui suit est véridique et démontre à quel point la Chine peut réserver des surprises dans la vie quotidienne, quoi que vous ayez lu dans des guides touristiques ou quoi que vous ayez fait pour appréhender le choc culturel. Cette histoire démontre également à quels types de conséquences vous pouvez être exposés à cause de petits détails, la loi des séries dans les problèmes existe également en Chine...
Tout commence par une nuit froide et sombre. Il est environ 21h00 et, soudainement, toutes les lumières de mon appartement s’éteignent. J’habite Pékin depuis seulement quelques mois et je n’ai jamais entendu parler de coupures de courant. Je remarque alors que les autres immeubles autour sont allumés, je me creuse la tête pour me remémorer la réception d’une quelconque facture d’électricité. Aurais-je égaré une facture? Aurais-je reçu ce crucial morceau de papier de riz avec des caractères chinois, sans m’en rendre compte? Je réalise alors qu’outre la lumière qu’elle me fournit, l’électricité sert également à chauffer mon appartement et à faire couler de l’eau chaude de mes robinets. Comble de la chance, il ne me reste qu’une barre sur le voyant de batterie de mon téléphone portable et je suis dans l’impossibilité de le brancher pour le recharger, je décide tout de même de composer le numéro d’un ami chinois qui a toujours été présent pour m’aider lorsque j’ai eu besoin de lui. Sa première question a été de me demander si mon compteur électrique avait été remis à zéro. Qu’est ce qu’un compteur électrique? J’ai soudainement un gros trou de mémoire. Il semblerait que chaque appartement possède son propre compteur dans le couloir. Mon ami me demande alors si j’ai pensé à recharger ma carte d’électricité. Petit à petit, les choses me reviennent. Aussi incroyable que cela puisse paraître, en Chine, les gens doivent aller à la banque pour réapprovisionner le compte de leur carte d’électricité qui est de nouveau placée dans le compteur. Je lui parle alors d’une invention géniale nommée facture d’électricité et je peux presque percevoir de chaque côté de la ligne, les yeux se lever en pensant: “Quel système idiot!”
En route vers la périphérie
Finalement, il semble que je n’ai d’autre alternative que de trouver un autre hébergement pour la nuit. Je décide donc de me rendre chez mon petit ami qui habite de l’autre côté de la ville, ce qui se traduit à l’échelle pékinoise par une vingtaine de kilomètres. En tenant compte de la circulation, j’ai estimé que je pourrai me rendre sur mon lieu de travail normalement, en me levant tôt et en prenant un taxi. Le lendemain matin, il tombe des cordes lorsque je décide de partir pour mon bureau. À Pékin, la pluie engendre la conséquence fâcheuse de ne plus trouver aucun taxi disponible, ils disparaissent purement et simplement. Je ne sais pas qui a réussi ce matin là à trouver un taxi mais je ne fais pas partie de ceux là. Après 45 minutes d’attente sous une pluie battante (sans parapluie comme de bien entendu), je commence à désespérer. Je suis au moins à 7 kilomètres de la station de métro la plus proche, je décide donc de prendre le bus. Je me résous alors à adopter une attitude positive bien que je n’ai absolument aucune notion des trajets suivis par les bus. À la suite d’une courte attente dans le froid piquant, j’aperçois finalement un bus approcher de l’arrêt. D’après ce que je peux décrypter, le bus dessert une station de métro. Je grimpe dans le bus et finalement je parviens à y trouver une place assise. Ma joie prend une teinte de courte-durée au fur et à mesure que le voyage dure de plus en plus longtemps... Petit à petit, les immeubles deviennent de plus en petits jusqu’à disparaître totalement. Le bus continue sa route parmi des paysages de champs et de cultures. Alors qu’une certaine terreur commence à s’emparer de moi, je prends mon courage à deux mains et interroge un passager assis à côté de moi sur la destination du bus et si nous rendons bien vers une station de métro. Horreur, le bus m’emmène dans la périphérie de Pékin.
Finalement le mot terminus me saute aux yeux et le chauffeur me fait de grands signes pour que je quitte le bus en m’indiquant les portes ouvertes. Un des passagers propose alors de me conduire à une station de métro, je ne peux réprimer un cri de joie. Je vais revenir sur la carte, je ne serai plus perdu à jamais! Je me retrouve donc à l’extrémité ouest de la ville, sur la ligne de métro Pingguo. Sur ce coup je suis arrivé sur mon lieu de travail avec deux heures de retard.
Un peu d’électricité et de gaz, s’il vous plaît!
Le même ami, mentionné précédemment a profité de sa pause déjeuner pour aller m’acheter un peu d’électricité à la banque. Malheureusement, à ce moment là, la connexion internet de la banque ne fonctionne pas. Ca va aller me dit mon ami. Il essaiera de nouveau un peu plus tard, et j’aurai mon électricité. Je lui fais part de mon sentiment présent en lui disant que je peux désormais percevoir pourquoi une société moderne peut tomber dans le chaos. Il ne m’a pas compris.
Un de mes collègues de travail doit prendre du temps sur son travail, chaque mois, pour aller acheter du gaz. J’ai finalement appris à gérer mon compteur quotidiennement. Maintenant je sais que j’utilise cinq unités par jour. Ne me demandez pas non plus ce que représente une unité, je suis incapable de vous répondre et cela ne m’intéresse pas, du moment que j’ai de l’électricité dans mon appartement. Désormais, je vais à la banque chaque mois pour gérer le montant de ma carte. Dans le dernier appartement que j’ai occupé, je recevais mes factures d’électricité personnalisées, par l’intermédiaire d’une femme qui arpentait le couloir en criant Escalier 5, appartement 4. Quel luxe! Nul besoin d’enveloppes lorsque vous recevez les factures en mains propres. De cette manière, on épargne des arbres et donne du travail à plus de gens.



