La longue marche de Jinshanling à Simatai
En décembre 2006, j'ai eu l'occasion de passer quelques jours à Pékin et bien entendu, comme tout bon touriste qui se respecte, je me suis empressé d'aller voir la grande muraille de Chine. Je n'ai pu aller qu'à Badaling mais l'expérience était époustouflante et quel panorama en ce jour de décembre froid et ensoleillé. Je n'ai pas regretté d'être venu!
Toujours est-il que j'ai le sentiment de n'avoir partagé cette expérience qu'avec trop peu de monde. Non pas que je n'ai pas souhaité le faire mais j'ai trouvé le périple un peu trop “commercial” à mon goût. À chaque dizaine de marches gravies, je me suis vu offrir un diplôme... Et que dire des nombreux T-shirts imprimés avec la mention “j'ai grimpé la grande muraille de Chine”... Alors que je revenais de trois mois en solitaire à Guangdong, j'ai trouvé l'endroit trop fréquenté et touristique.
En 2008, je suis retourné en Chine avec ma compagne pour les vacances d'été, et j'ai repris mon voyage où je l'avais laissé. Nous avons donc décidé de retourner voir la grande muraille de Chine, mais à quel endroit? Simatai, Gubekou, Mutianyu, Jinshanling ou ailleurs? Où aller? Telle était la question. Par chance, nous sommes tombés sur un programme d'excursions qui proposait un trajet vers Jinshanling, une promenade non guidée dans la section de Simatai et un retour à l'hôtel. La réservation s'est avérée aisée car la personne au bout du fil parlait anglais. Nous avons déboursé 680 yuans, pas vraiment une bonne occasion mais au moins nous nous évitions les tracas de nous rendre sur place par nous-même.
Le matin suivant, tôt, mon téléphone sonne et la dame sympathique de la réservation me dit:“ Nous sommes à l'hôtel, êtes-vous prêts?” Quelques minutes après nous nous installons dans une antique “Toyota Corolla” d'un autre âge, qui démarre en trombe dans les rues de Pékin. Le chauffeur, un jeune homme, ne parlait pas un mot d'anglais. Je crois me souvenir qu'il se faisait appeler Georges, pas bien important en fait. En revanche ce qui l'était davantage était sa manière de conduire sa Corolla. Il domptait sa machine avec un courage et une détermination que je n'avais jamais vu en Chine. Et par miracle, contrairement à la coutume locale, il ne klaxonnait que quand c'était absolument nécessaire. Je commençais à me dire que nous avions affaire à un Danois dans la peau d'un Chinois. Il ne fumait pas non plus dans sa voiture... Nous étions également en compagnie de la jeune femme de la réservation, qui parlait un peu de temps à autre mais qui restait muette la plupart du temps. Ma compagne et moi étions assis sur la banquette arrière et commencions à faire l'inventaire de notre matériel, appareil photo, eau, argent, crème solaire et de tout l'attirail du parfait touriste.
Le paysage de campagne chinoise se transformait peu à peu en relief montagneux. Notre guide nous dit alors frénétiquement en pointant du doigt l'horizon “Voici la grande muraille de Chine!” Après quelques minutes nous arrivons finalement dans un endroit où se dressaient quelques immeubles et on pouvait lire sur une pancarte “Jin Shan Ling”. Et bien sûr on trouvait les fameuses boutiques qui vendent des babioles aux touristes, mais pas trop. Nous nous arrêtons finalement et prenons congés de nos accompagnateurs, non sans vérifier au préalable que nous parvenions à nous joindre sur nos portables. Nous ne les rejoindrons que dans cinq heures et dix kilomètres plus tard, bien loin derrière les montagnes...
Nous avons soigneusement évité les magasins et nous nous sommes dirigés vers un restaurant situé un peu à l'écart. Nous avons mangé un repas délicieux, composé de trois plats de thé et d'eau, pour la modique somme de 24 yuans. Nous n'avons pas vu l'ombre du moindre étranger. Nous avons ensuite quitté le restaurant le ventre plein, nous avons payé le ticket d'entrée pour la grande muraille et nous nous sommes élancés pour notre marche. Nous étions absolument tout seuls à tel point que nous nous sommes demandés si nous étions dans la bonne direction.
À un moment donné, nous avons rencontré des femmes qui s'étaient assises pour boire de l'eau. Nous n'avons pas vraiment porté attention à elles et les avons prises pour des touristes chinoises. Elles nous ont salué d'un gentil “Hello” auquel nous avons répondu d'un adéquat “Ni Hao!”. Elles avaient l'air très intéressées par nous et nous avons recommencé notre ascension tous ensemble. Un peu plus haut, nous nous sommes arrêtés pour contempler la vue. Et quelle vue! Nous pouvions voir la grande muraille serpenter dans la montagne et que nous savions que nous devions emprunter ces méandres pour rallier Simatai. Un peu effrayant! Les femmes chinoises nous ont proposé de nous prendre en photo avec notre appareil et nous nous sommes engagés dans une conversation amusante en “Chinglish”...
Allons y !
Notre petit groupe commençait à avancer à un rythme raisonnable. D'abord une partie plate, puis une descente et enfin une nouvelle montée, et ainsi de suite... Au début nous marchions sans nous soucier de l'architecture de la muraille. Quand nous sommes arrivés à la première tour, au sommet d'une colline, nous avons été frappés par la beauté du site. Haletants, nous avons fait une pause pour nous rafraîchir, nos bouteilles d'eau étaient chaudes. Après avoir repris notre souffle, nous sommes repartis.
Au fur et à mesure de notre marche, nous nous sentions de plus en plus fatigués et le relief se faisait sentir de plus en plus durement. Nous avons effectué quelques arrêts et nos compagnes de route nous en ont dit un peu plus sur elles-même. Elles étaient des fermières mongoles et vivaient juste de l'autre côté de la colline qui nous surplombait. De toute évidence, elles étaient là pour nous. Elles étaient très serviables et nous donnaient un coup de main pour gravir les marches les plus pentues. Une partie de mon cerveau ne pouvait s'empêcher de penser qu'elles étaient là pour nous soutirer de l'argent, mais en fait elles étaient de charmantes compagnes de marche. Je crois également que nous mentirions si nous disions que nous n'avons pas eu besoin de leur aide. Les femmes nous ont dit qu'elles s'étaient levées à trois ou quatre heures du matin, avaient déjà effectué une journée de travail à la ferme et s'amusaient à venir marcher sur le mur avec les touristes. Elles nous ont demandé si nous accepterions de leur acheter quelques souvenirs quand nous arriverions au terme de notre marche. Leur histoire était tellement touchante que même la personne la plus dure n'aurait pas pu leur dire non. Nous ne pouvions pas leur dire non, nous ne voulions pas. Nous sommes restés très humbles devant leur conditions de vie par rapport à ce que nous connaissons en Occident.
Nous sommes entrés dans la section de Simatai. Cela signifiait que nous allions devoir faire une offre à nos compagnes de voyage mongoles. Cela signifiait également pour elles “maintenant, faisons un peu de business”. Elles nous ont présenté leurs souvenirs. Certaines choses devaient certainement être plus difficiles à vendre que d'autres, pour elles. Elles ont bien entendu essayé de nous vendre les T-shirts et autres certificats, mais j'ai vu avec soulagement qu'elles vendaient également des cartes postales et un livre. Je leur ai acheté hors de prix mais quelque part je ne pouvais pas me sentir floué. Nos amies ont alors disparu, un peu plus riches, et il était temps pour nous d'achever notre périple.
L'entrée dans une nouvelle section de la muraille signifie bien entendu, l'achat d'un nouveau ticket. La section de Simatai est plus populaire et en bien meilleur état, mais aussi plus cher. Nous avons vu également de nombreux touristes. Nous avons finalement traversé un petit pont suspendu, et encore une fois, vous vous en doutez, nous avons du mettre la main à la poche... De l'autre côté du pont, il ne nous restait qu'une petite ascension avent de redescendre vers l'aire touristique de Simatai. Nous avons alors été très contents de retrouver Georges et la Corolla qui nous attendaient.
Une fois dans la voiture, je me suis dit que je devais absolument revenir à Simatai et sur d'autres sections de la muraille. Je suis devenu véritablement “accro” à la grande muraille de Chine. Quoi qu'il en soit, je ne sais pas si je suis d'accord avec la maxime du président Mao, qui disait: “Celui qui n'a pas marché sur la muraille de Chine n'est pas un vrai homme” mais je recommande à tout le mode d 'y aller.
La partie finale de cette histoire concerne le voyage retour. Nos accompagnateurs nous ont dit que nous avions besoin de nous arrêter dans un salon de thé. Nous avions lu des choses à ce sujet dans des guides touristiques et nous savions que nous allions être forcés d'acheter tout un tas de choses sur le thé, de la céramique, etc... Comme nous n'avions pas beaucoup le choix, nous avons suivi. Nous avons récolté trois sachets gratuits d'un thé incertain mais avons refusé d'acheter quoi que ce soit quand on nous a énoncé les prix pratiqués. Le salon de thé a toutefois donné à Georges les 100 yuans promis pour l'essence pour nous y avoir amené. Georges nous a ramené à l'hôtel si vite, qu'aucun chauffeur de taxi pékinois n'aurait pu nous suivre. Sa Corolla et nos pieds ont survécu à ce périple. Merci à eux!



