Carnets de voyage du Zhejiang: La rue de Hefang
Dire que nous avons été bien accueillies dans le Zhejiang est un euphémisme. Nous avons pu nous en rendre compte dès notre premier jour à Hangzhou lorsque nous avons vu l'hôtel dans lequel nous devions descendre. En tant que journaliste on est davantage rôdé aux conditions difficiles, longs voyages en train, vols interminables, bed and breakfasts...
Bien que nous n'ayons pas abordé le sujet ensemble, Sara et moi étions préparées à partager une chambre. Après tout l'histoire que nous allions raconter était le plus important, n'est-ce pas? Imaginez notre surprise lorsqu'on nous a attribué à chacune une chambre immense avec une baignoire dans laquelle nous allions pouvoir évacuer la lassitude de la journée. Le paradis!
Nos hôtes se sent sentis très concernés par notre sécurité, nous avons effectué tous nos déplacements avec tout un contingent de chauffeurs, de traducteurs et de coordinateurs. Chaque matin après le petit-déjeuner, notre petit convoi s'ébranlait vers la destination choisie. Et chaque soir, après le dîner on nous déposait à l'hôtel.
Il nous a fallu trois jours complets avant de ressentir des velléités rebelles, je veux dire, avant que nous ayons envie de découvrir par nous-même.
Pour notre troisième soirée à Hangzhou, nous avons décidé de voir la ville(techniquement, dans un rayon de 10 pâtés de maisons qui jouxtent l'hôtel) sans nos guides locaux. C'était le meilleur moyen, pensions nous, pour ressentir l'âme de la ville, pour absorber certaines couleurs locales, pour connaître un peu ce Hangzhou dont nous étions chargées de faire un reportage.
Donc, nous sommes sorties.
Notre hôtel se trouvait à proximité de la gare ferroviaire, il y avait ainsi de nombreux magasins à voir et d'endroits à explorer. Sara a même essayé d'acheter des chaussures, mais sans succès. Nous avons essayé de dissimuler notre étonnement lorsque en entrant chez un marchand de fruits et légumes nous avons été suivis par un homme qui portait un sac plastique ouvert, prêt à y disposer nos achats. Nous n'avions pas prévu d'acheter quoi que ce soit mais devant la patience affichée par cet homme qui nous a suivi durant une quinzaine de minutes, nous avons pensé qu'il serait bien d'acheter quelques oranges et une mangue.
Comme je l'ai déjà évoqué dans quelques uns de mes articles sur les voyages, je suis venue au monde sans le moindre sens de l'orientation. Sara, toutefois, était confiante et pensait qu'il serait facile de retrouver le chemin de l'hôtel. À côté de notre hôtel, se trouvait un immeuble avec des jeux de lumières intéressants, toute la façade clignotait. Si nous ne perdions pas de vue cet immeuble, nous pourrions rentrer aisément à l'hôtel.
Bien entendu, nous nous sommes perdues.
Ce n'était pas si terrible en fait, alors que nous tentions de nous orienter, nous avons découvert que nous étions au milieu de la rue Hefang. C'était un endroit que nous avions prévu de visiter quelques jours plus tard, nous avions juste pris un peu d'avance et nous avons pensé que des recherches journalistiques ne seraient pas une mauvaise idée après tout.
Panoramas de la vieille (et commerciale) Hangzhou
La rue Hefang est une rue piétonne reconstituée dans le but de donner la sensation d'être dans le vieil Hangzhou. C'est un endroit très intéressant et coloré et les nombreux coins et recoins vous occupent facilement durant des heures. La rue piétonne se trouve dans le quartier historique et culturel de Qinghefang. Le quartier est divisé en six thèmes, médecine traditionnelle chinoise, culture du thé, culture de l'alimentation, antiquités, culture populaire et reliques culturelles.
En moins de dix minutes, Sara et moi avons réussi à nous faire dessiner le portrait par un des artistes de rue qui pullulent. On nous a demandé 100 yuans, mais nous avons réussi avec succès à négocier le prix à la baisse, 40 yuans. Nous avons tout de même fini par payer quelques 40 yuans supplémentaires pour une couverture en plastique de nos portraits afin que le fusain ne tâche pas. Nous aurions imaginé que cette couverture aurait fait partie du prix de départ! C'est une expérience intéressante si vous supportez de rester assis alors qu'une foule de gens se pressent autour de vous.
Un peu plus tôt dans la journée, nous avons visité la société des graveurs de sceaux d'Hangzou. Nous aurions bien voulu en faire confectionner un mais les prix étaient prohibitifs. Heureusement, nous avons trouvé quelques graveurs qui ont accepté, trop heureux, de nous en faire un pour une partie du prix.
Il y a des artistes merveilleux qui travaillent rue Hefang. Nous avons vu un homme qui peignait des masques de l'opéra de pékin avec une attention sur les détails absolument extraordinaire. Il était fascinant de voir comment il transformait un morceau de papier-mâché en objet d'art.
Magasin après magasin...
Depuis que nous étions à Hangzhou, nous avions bien sûr vu les inévitables et nombreux salons de thé et magasins de soie. Nous avons vu également des magasins moins conventionnels comme un magasin de baguettes, un magasin de peignes (confectionnés en corne de buffle et en bambou) et un magasin d'allumettes (si, si, le magasin ne vendait que des allumettes). Nous avons vu aussi des magasins qu'il est assez difficile de décrire, comme celui où nous avons acheté des accessoires de téléphone portable en plastique pour nos collègues (ils en avaient de toutes les formes et de toutes les tailles, pattes de poulet, bols de nouilles, rouleaux de printemps, ananas, têtes de poissons, demi-bananes, etc...). C'était tellement kitsch et de mauvais goût que nous n'avons pas résisté à nous procurer quelques souvenirs.
Quand nous sommes “officiellement” allés à Hefang, deux jours plus tard, nous avons été surprises, Sara et moi, de voir combien il restait à explorer. Bien trop pour une enquête journalistique approfondie. Nous avons appris qu'il existait dans la rue Hefang, des entreprises qui dépassaient le siècle d'existence. Nous avons savouré une tasse de thé médicinale, une de ces tasses que les pharmacies en médecine traditionnelle chinoise offrent gratuitement à qui en veut.
Une des bonnes choses que d'être accompagné d'une équipe vidéo était de voir que les vendeurs se prêtaient volontiers, sans forcer, à “faire leur cinéma” devant les caméras. L'équipe du salon de thé, par exemple, nous a fait de démonstration de thé kung fu, balançant de ci de là la théière à long bec verseur. Dans un autre magasin, un jeune homme faisait des gâteaux avec des graines de sésame fraîches, pour notre délice.
Je regrette cependant de ne pas avoir goûté à la nourriture des échoppes de rue. Il y a une allée à Hefang, uniquement dédiée aux vendeurs de rue de nourriture. Sara et moi avions manqué cela lors de notre première visite et toutes nos tentatives auprès de nos hôtes pour goûter quelques échantillons, sont restées vaines, poliment ignorées.
Si jamais vous allez un jour à Hangzhou, ne ratez la rue de Hefang sous aucun prétexte. Les magasins sont ouverts jusqu'à 22 heures, inutile de se presser. Et si d'aventure vous trouvez un homme dans un coin qui vous promet un film si vous jetez un coup d'œil dans une boîte, faites le! Sara et moi n'avons pas compris le moindre mot de ce qu'ils disait, mais nous avons aimé la performance.
Regardez une vidéo de la rue de Hefang: http://experiencechina.radio86.com/en/gozhejiang-day-3/video/hefang-street-comes-alive-night




