Amitiés sans frontières: Le guide de la survie des étrangers en Chine

Amitiés sans frontières: Le guide de la survie des étrangers en Chine

Cette statue symbolise l'amitié entre Macao et l'occident
Found this interesting? Share it with your friends!

J’ai rencontré pour la première fois celui qui allait devenir mon meilleur ami en Chine, en 2002, dans un train à destination de Xi'an. C’était mon premier voyage touristique en Chine et j’étais venue avec une de mes amies.

Dans le train, nous étions continuellement entourées de passagers chinois enthousiastes qui cherchaient à faire connaissance ou bien qui souhaitaient juste pratiquer leur anglais. Une fois lassés, ils ont stoppé les discussions et seul un jeune homme a continué à deviser avec nous.

Le matin suivant, le même jeune homme courtois a insisté pour nous accompagner jusqu'à notre hôtel et vérifier que tout était en ordre. Suspicieuses de nature, nous sommes restées sur nos gardes en craignant le piège.

Notre nouvel ami nous a donc accompagnées jusqu'à l'hôtel, ce qui finalement s'est avéré être une bonne chose dans la mesure où notre réservation avait mystérieusement disparu des tablettes. Il a rapidement arrangé l'affaire et nous a même réservé une visite touristique de la ville. Il nous a alors invité à dîner. Le jour suivant il nous a invité chez lui et nous a joué de la guitare, il était rocker dans l'âme.

De manière tout à fait cynique, je lui ai alors demandé ce qu'il attendait de nous en retour de ses faveurs. En Chine, cela constituerait certainement une étape naturelle dans la construction d'une amitié naissante mais pour une finlandaise comme moi, ce genre de processus est particulièrement inconfortable. Quoi qu'il en soit, avec lui, la question des “récompenses” à ses bonnes grâces ne s'est pas posée.

Les Chinois ont facilement tendance à étiqueter leurs relations amicales, péngyǒu en chinois. En particulier s'ils cherchent à faire des affaires avec vous. Quels sont les étrangers visitant la Chine et qui n'auraient pas entendu le fameux: “Prix spécial pour vous, mon ami!”? Ceci est peut-être dû également aux différences linguistiques. La majorité des hommes chinois que j'ai rencontré éprouvaient quelques difficultés dans leur approche avec moi, alors que les femmes, elles, me trouvent plutôt dégourdie et directe. Parfois, j'ai l'impression que nous venons de planètes différentes, un sentiment peu mitigé par des années d'études sur les cultures.

Un ami dans le besoin est un ami pour toujours

Jiabao et moi dans les steppes de Mongolie intérieure
Jiabao et moi dans les steppes de Mongolie intérieure (Source: Radio86)

Lorsque, plus tard, je suis revenue sur Pékin, j'ai été contente d'apprendre que le jeune homme avait changé de résidence et habitait désormais la ville. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, allant au restaurant ou boire des verres, lorsqu'il n'était pas trop occupé à me sortir de l'embarras. Je me suis également confiée à lui, je lui ai raconté mes affaires personnelles, choses dont je ne pouvais pas parler à quelqu'un d'autre que lui. Quand il rencontrait ses partenaires en affaires, les sujets de discussions ne tournaient qu'autour du business, dans une atmosphère formelle et rigide. À dire vrai, machisme serait le mot approprié. En moi, il a trouvé quelqu'un capable d'écouter ses doléances et parfois une épaule pour s'appuyer. Chaque homme a besoin d'une amie femme et c'est peut-être encore plus vrai dans le cas des Chinois. Ceci dit, une relation platonique entre un homme chinois et une femme occidentale semble défier les lois de la nature, ceci explique peut-être la façon avec laquelle les gens nous dévisageaient dans les rues, alors que nous marchions ensemble. Nos physiques respectifs ne faisaient qu'accroître nos différences; mon ami est relativement petit par la taille (il ressemble d'ailleurs un peu à l'acteur de Hong Kong, Tony Leung), alors que moi, je suis plutôt une “grande blanche”. Belle prise!, auraient pu lui dire certains de ses congénères, à grands renforts de clins d'œil.

Afin d'éviter tout ambigüité, nous avons expliqué en détails la nature de notre relation à sa femme. Dans toutes les cas, il a toujours été présent pour m'aider, que je sois dans la situation la plus ubuesque ou simplement que je sois dans un soir d'ennui, toute seule dans mon appartement. Il s'est toujours comporté en parfait gentleman et ne m'a jamais laissé payer quoi que ce soit, une vraie aubaine pour une femme finlandaise, peu habituée à ce traitement.

Du temps de qualité ou une vie de qualité

Jiabao et sa femme Chenmei
Jiabao et sa femme Chenmei (Source: Radio86)

Grâce à mon ami, j'ai également eu la chance d'observer la vie de famille en Chine. En occident, on évoque toujours le temps de qualité et la façon dont les gens devraient passer plus de temps avec leur famille. En Chine, la première préoccupation est de subvenir aux besoins de sa famille, des enfants en particulier, une attitude probablement engendrée par les événements du passé récent de la Chine.

Pour mon ami donc, la priorité est de nourrir sa famille et il n'hésite pas pour ce faire à voyager aux quatre coins de la Chine pour développer son business. Tout cela est parfaitement normal en Chine où des millions de familles vivent de la même manière. Pour ma part, cette implication et cette prévoyance indique un sens fort du sacrifice. Par exemple, mon ami espère pour moi que mon mari trouvera rapidement une situation et gagnera beaucoup d'argent pour pourvoir normalement sa famille. Dans son esprit, mon mari et moi, formons un couple romantique et pas très réaliste, des hippies en somme.

Bien que l'amour et l'amitié soient des sentiments généralement perçus comme universels, ils prennent des caractéristiques différentes en Chine, tout du moins dans leurs perceptions. Dans tous les cas, il est tout à fait possible de nouer des relations sincères avec des gens, en dépit de ces limites culturelles. Merci donc à mon chevalier chinois, pour tout ce temps passé avec moi, et qui accourait à chaque fois sur son destrier aux couleurs des taxis pékinois, pour me secourir!