A Urumqi
Après quatre jours de violence et deux nuits de couvre-feu officiel, le calme semblait être revenu à Urumqi jeudi.
Reportage de notre envoyée spéciale, Ana Fuentes, dans la capitale du Xinjiang.
Urumqi, semble revenir peu à peu à la normale mais la ville est toujours sillonnée par l'armée de libération populaire, les paramilitaires et la police. On peut circuler dans les rues, la plupart des magasins sont ouverts même au quartier ouigur, mais on sent la tension. Les forces de sécurité sont moins nombreuses mais surveillent tous les accès au quartier ouigur et aux bâtiments publiques. Les camions portent des banderoles où on peut lire "Ramener la paix dans la ville" mais aussi "Ecraser les séparatistes", "Ce n'est pas un conflit ethnique" diffusaient des hauts parleurs, "mais un conflict d'ordre". "Le Xinjiang nous appartient à tous, il faut respecter la loi" peut-on aussi entendre.
Quelle est la situation pour les journalistes étrangers?
Elle s'est beaucoup améliorée niveau sécurité. Mardi et mercredi, nous avons eu beaucoup de problèmes. Les forces de sécurité avaient complètement bloqué les accès au quartier ouigur et la tension était vraiment forte. Nous allons écouter un morceau du moment ou des ouigurs, nous disaient que des han qui n'ont pas respecté le couvre feu sont venus les chercher. A un moment, nous avons entendu du bruit, ondes dizaines de militaires qui voulaient nous expulser du quartier.
Un collègue a été bousculé par un militaire qui lui a pris son caméra. On a dû supplier pour qu'il la lui rende, finalement il a juste pris la puce de mémoire, mais on avait déjà caché sa cassette donc ce journaliste a pu garder ses images.
Il faut dire que maintenant que la tension a baissé on ne se sent plus en danger. Côté information, nous avons toujours des gros ennuis : le Net est coupé dans toute la région autonome du Xinjiang. Il n'y a qu'un hôtel au centre ville, où tous les journalistes sommes logés, avec Internet. Nous ne pouvons pas téléphoner à l'étranger, nos portables ne marchent pas correctement, parfois il faut une demie heure pour nous joindre depuis l'étranger.
Bref, il est difficile de confirmer les informations. Mercredi, par exemple, les médias officiels n'avaient fait état d'aucune victime dans la soirée mais des ouigours nous disaient que six d'entre aux avaient été tués à coup de bâton par les han. Il faut donc faire très attention avec les témoignages.
Quelle a été l'ambiance pendant cette semaine et comment a-t-elle évolué?
L'image la plus impressionnante a été peut-être celle de mardi dernier. Quelques 10.000 han sont sortis dans les rues, des familles entières, des grands, des petits... tous munis de bâtons, de couteaux, de morceaux de fer. C'était une espèce de chasse aux ouigours, leur revanche après avoir été leur cible lors des émeutes dimanche. Quelques uns étaient très en colère: "Nous devons nous protéger disaient-ils, autrement le gouvernement ne fera pas grande chose, ils sont trop moux avec les ouigours qui nous pourrisent la vie".
Il y a bien sûr des han plus modérés qui nous racontaient que les rapports sont compliqués et qui sont très surpris de constater que tout se soit tellement dégradé et qui veulent juste vivre en paix. Une remarque importante: pendant cette chasse la police a juste empêché les han de rentrer dans la mosquée centrale mais elle n'a pas réagi lorsque la foule trouvait un ouigur et le tabassait.
Mercredi l'armée a pris le contrôle des rues, puis jeudi tout était beaucoup plus calme. Nous avons vu beaucoup de gens qui parcouraient la vingtaine d'hôpitaux de la ville à la recherche d'amis ou familiers morts depuis dimanche. A l'entrée des hôpitaux il y a des listes de noms, avec l'étnie de chaque victime, à peu près dans l'hôpital le plus grand de la ville il y avait 200 cadavres affichés, 50% han et 50% ouigour, à peu près. Nous avons rencontré un homme han qui cherchait son ami puis une femme ouighour qui ne trouvait pas son petit frère.
Si dans tous les hôpitaux les listes sont si nombreuses, on imagine que le nombre de victimes est beaucoup plus large. En tout cas dans la rue ni han ni ouigur ne croient que le chiffre officiel de morts se corresponde avec la réalité.

