Quand les blogueurs deviennent justiciers

Quand les blogueurs deviennent justiciers

"Duomaomao": jouer à cache-cache
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Une partie de cache-cache qui tourne mal. Des autorités pénitentiaires qui mentent et des blogueurs qui jouent les justiciers. Ce sont les ingrédients de la dernière histoire qui agite la toile chinoise.

par Julie Desné, journaliste à Shanghai

Tout a commencé dans la province du Yunnan, dans le sud de la Chine, le 12 février dernier. Un prisonnier décède des suites d’un traumatisme crânien. Les autorités pénitentiaires sont formelles : Li Qiaoming est mort après une partie de cache-cache. Un des prisonniers aurait poussé le jeune homme de 24 ans contre un mur. Il meurt des suites du choc quelques jours plus tard à l’hôpital.

L’explication est tellement grosse qu’elle provoque l’hilarité générale sur le web. "Jouer à cache-cache" (duomaomao en chinois) devient l’expression favorite des internautes. Et la nouvelle se répand vite. Les médias restent plutôt discrets. Mais rappellons qu’internet en Chine, cela représente 300 millions de personnes. Plus besoin de la presse donc pour faire circuler les nouvelles. A tel point que les autorités locales réagissent. Le directeur adjoint du Bureau de la propagande du Yunnan dépêche une équipe d’enquêteurs sur place. Mais pas n’importe lesquels. 15 blogueurs ont été selectionnés par les autorités pour mener eux-mêmes l’enquête et mettre ensuite leur rapport en ligne.

C’est du jamais vu en Chine. Les blogueurs et les autorités ne font pas très bon ménage, en général. Les dirigeants chinois apprécient moyennement la liberté de ton de la toile chinoise. Et les blogueurs se voient toujours dans la ligne de mire du gouvernement.
Comme le montre cet épisode, les choses changent. Ancien journaliste lui-même, Wu Hao, le responsable de la propagande à l’origine de l’enquête, a bien compris l’intérêt de mettre un support de communication tel qu’internet à son service plutôt que de se le mettre à dos.

Et même si les blogueurs ont déçu leurs lecteurs en repartant sans avoir eu accès à des pièces essentielles du dossier, comme des enregistrements video, leur action n’aura pas été vaine. Les responsables de la prison ont fini par reconnaître que le jeune Li, arrêté à peine onze jours plus tôt, avait été battu à mort par un de ses co-détenus. Et cette semaine, deux gardiens ont été arrêtés pour répondre de leurs mensonges.

Les affaires étouffées par la police sont nombreuses en Chine. Mais avec les blogueurs, les Chinois ont peut-être trouvé leurs justiciers modernes.