Programme Cunguan: la campagne plutôt que le chômage

Programme Cunguan: la campagne plutôt que le chômage

Forum de discussion pour les étudiants "Cunguan"
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La crise a durement frappé le marché de l'emploi en Chine et pour les jeunes diplômés, il est de plus en plus dur de trouver du travail. Certains d'entre eux ont choisi de réjoindre un programme officiel baptisé "Cunguan". Pendant trois ans, ils partent à la campagne pour aider les autorités locales. Les conditions de vie y sont parfois très précaires, mais c’est moins pénible, disent-ils, que de devoir subir la frustration du chômage en ville.

Ana Fuentes, journaliste à Pékin, a rencontré ces étudiants qui ont fait le choix de partir à la campagne.

Pour les rencontrer, j’ai du me rendre dans la petite ville de Qianjiadian, la plus au nord de la province de Pékin, à quelques 150 kilomètres de la capitale. Pour y arriver il faut rouler près de 4 heures en bus à travers les montagnes. Il y a deux ans, le chemin aurait été encore plus long puisqu’il n’y avait même pas de route. Le village n'a qu'une seule rue et 70% des bâtiments qui la longent sont officiels. Les cunguan habitent un ancien lycée de trois étages en béton. Il sont une vingtaine : 15 garçons et 5 filles âgés de 23 et 29 ans. Ils sont Venus ici pour des raisons très diverses. Voici les temoignages de Zhong Hai Tao et An Hao, de Pékin.

"J'avais pas mal de raisons de venir ici. D'abord, j'habite pas loin, donc c'est plutôt pratique pour moi. Et puis il y a les possibilités de développement de carrière. Mais le plus déterminant a été qu'après mes études je ne trouvais pas de travail. J'ai entendu parler des cunguan et j'ai voulu tenter" explique Zhong Hai Tao.

"Bien sûr que je suis là pour être utile aux gens du village, mais pour être franc ce que je veux c'est trouver un meilleur travail. Notre contrat dure 3 ans, mais si je trouve quelque chose de mieux avant, je m'en vais" poursuit An Hao.

Le gouvernement va chercher les cunguan dans les universités. Cette année dans la seule province de Pekín, ce sont 1.600 postes qui ont été créés. Il existe déjà plus de 8.000 cunguan à Pékin et le Parti Comuniste veut qu'en 5 ans, 200.000 jeunes soient passé par la campagne dans tout le pays. Pour l'instant, les candidats sont faciles à trouver des candidats, le marché du travail étant saturé à cause de la crise. Les chiffres officiels annoncent près de 40 millions de chomeurs pour cette année. Mais certains experts prévoient un nombre encore plus important.

Leur contrat, comme disait An Hao, dure 3 ans. Les trois premiers mois ils habitent chez les locaux pour apprendre comment fonctionne le village, comprendre qui fait quoi, puis les aider dans quelques tâches quotidiennes comme par exaemple installer la ligne téléphonique. Après, ils sont répartis dans des bureaux où ils deviendront les bras droits des autorités locales : ils vont écrire leurs documents et leurs discours, beaucoup de dirigeants locaux ne sachant pas taper à l'ordinateur. D'autres cunguan font plutôt des travaux de ménage et coordination. Ils disent que bien que ce ne soit pas le travail de ses rêves, ils gagnent tout de même 2.000 yuan par mois, quelque 200 euros, pour environ cinq heures de travail effectif par jour. Surtout, à la fin de leurs contrats, ils auront le hukou de Pékin, c'est à dire, le permis de résidence qui va leur permettre de vivre et de travailler dans la capitale.

"Mes parents ne comprennent pas pourquoi je suis venu ici. Je ne suis pas d'origine pékinois. Mon père voulait me faire rentrer à Tangshang pour trouver du boulot, mais moi je veux rester sur Pékin. Et si je travaille ici ils vont me donner le hukou"/ "Il y a du travail, mais ce que l'on trouve je n'aime pas. Puis je vois mes anciens camarades d'école, ils sont maintenant à Pékin et ils ont du mal à finir le mois. Donc ici d'une part j'aurais mon hukou, puis j'ai du travail et en plus j'apprend des choses" raconte Wang Man Man, 23 ans, qui vient de la province de Hebei.

Au village 5 restaurants et cinq magasins ouvrent de temps en temps, mais pas de gourmandises, ni de cinéma, juste une grande place déserte avec le drapeau chinois et les slogans du Parti. Dès le coucher du soleil, les jeunes cunguan jouent au poker, surfent sur internet et essaient de tuer le temps.

"[i]A mon arrivée ici je me suis senti mal à l'aise. Tout était différent: la nourriture, les rapports avec les gens... et même la langue. Les gens ne parlent pas mandarin et pendant deux mois j'ai eu du mal à communiquer avec eux, j'avais besoin de quelqu'un pour traduire. Mais vous savez, nous les Chinois, on est forts pour résister aux mauvaises conditions de vie" poursuit l'étudiant.

Quelquefois la vie culturelle du village s’anime avec du karaoke, des projections de films... qui servent également au Parti pour faire sa propagande auprès du gouvernement central : il profite en effet de ce genre d’évènements pour réaliser des petits films qu’ils iront ensuite montrer en haut Lieu.

Avec ce programme Cunguan, on ne peut pas s'empêcher de penser à ces étudiants envoyés, pendant la Révolution Culturelle à la campagne pour "apprendre -disait Mao Zedong- des paysans" appelés zhiqing, jeunes instruits.
De 1968 à la fin des années 70, près de 17 millions de jeunes chinois des villes, c’est-à-dire près de la moitié des jeunes urbains, ont été forcés de quitter leurs familles et de partir à la campagne dans des conditions très pénibles. Ils sont considérés maintenant comme une génération perdue parce qu’il a été très difficile pour eux de se réinsérer à leur retour.

Un grand nombre des parents de cunguan, ont donc fait partie de cette génération exilée à la campagne. Nous avons demandé aux cungan s'ils voyaient des similarités entre leur aventure et l’histoire de leurs parents. Wang Man Man était un peu gêné au début de sa réponse. "Pendant la Révolution Culturelle les jeunes ont été forcés d’aller dans les villages. Nous on reçoit un salaire, c'est la plus grande différence. Et puis les zhiqing étaient obligés de rester, alors que nous, on peut partir quand on veut".

Après trois ans, il est assez facile pour les cunguan de faire carrière au sein de l'État. Mais ces jeunes ne se disent pas attirés par la politique locale, qui est souvent synonyme de corruption. Le gouvernement chinois reconnait lui-même qu'en 2008 près de 5.000 cadres et 146.000 fonctionnaires locaux ont été sanctionnés pour corruption.