Pour survivre, des patients chinois ont créé leur propre centre de dialyse
Trop pauvres pour suivre leurs dialyses à l'hôpital, des patients souffrant d'insuffisance rénale ont mis en commun leurs économies pour créer en 2004 un centre de dialyse sous forme de coopérative. Mais jeudi dernier, les autorités sanitaires de Pékin ont fermé le lieu et pris les machine selon une information du South China Morning Post.
Originaire de Mongolie intérieure, Wei Qiang souffre d'urémie depuis 1998. Après avoir raté une occasion de greffe et dépensé près de 100 000 yuan en dialyse, il a décidé de trouver des solutions moins onéreuses pour survivre.
En 2004, M. Wei et trois autres malades décident de mutualiser leurs économies pour acheter deux machines de dialyse. Ils emploient alors une infirmière afin qu'elle leur montre le fonctionnement puis ouvrent leur centre, qui se réduit à une petite chambre dans une modeste maison, dans la banlieue de Pékin. Au maximum de sa fréquentation, le centre a accueilli 17 patients. Chacun d'entre eux devait au préalable signer une décharge comme quoi seul seul l'utilisateur est responsable des complications,y compris la mort, survenues lors des sessions de dialyse.
Dans cette « coopérative », un séance de dialyse coûtait 240 yuans mais le prix pouvant baisser jusqu'à 100 yuans en fonction du nombre de patients. En Chine, le coût mensuel pour les dialyses peut s'élever jusqu'à 10 000 yuans par mois, ce qui représente des années de salaires pour les ruraux.
Li Lidan originaire du Shanxi n'a aucune couverture sociale et chez elle une séance de dialyse coûte 500 yuans. Sa famille a déjà dépensé plus de 70 000 yuans pour son traitement avant qu'elle rejoigne le centre de Pékin. Ses parents et son frère ont également quitté leur province pour trouver un travail près de Pékin et aider leur fille à supporter les frais du traitement.
«Je n'ai pas d'assurance mais j'ai besoin de 10 séance de dialyses par moi. Où pourrais-je trouver 5000 yuans par mois? Ici, cela ne coûte que 1000 yuan. Sans cette coopérative je serais déjà morte» dit-elle cité par le South China Morning Post.
La couverture médicale minimale varie selon les provinces. Dans certains endroits, la dialyse est presque gratuite, alors qu'ailleurs seul 30% du prix du traitement est remboursé. A Pékin, le remboursement est à hauteur de 85 % mais seuls les résidants pékinois peuvent en bénéficier. De nombreux malades meurent faute de pouvoir assumer le coût des dialyses. D'autres comme M. Wei ont tenté de s'accrocher à la vie par tous les moyens en développant cette « coopérative » illégale, très loin de respecter les conditions d'hygiène nécessaires pour ce genre d'établissement.
«La coopérative fonctionne depuis des années maintenant et personne n'a eu d'infection. Le prix de la séance est de 100 yuans contre 500 à l'hôpital. Pourquoi? Parce que l'hôpital a le monopole du business explique He Sili qui apporte son soutien financier au centre. Les prix pourraient être consídérablement réduits si ce monopole était brisé» poursuit-il, cité par le quotidien de Hong-Kong.
Depuis jeudi dernier, le centre est fermé. Les autorités sanitaires ont promis que les dix usagers recevraient un traitement gratuit jusqu'à ce qu'un arrangement soit trouvé. Une promesse qui ne rassurent pas pour autant les usagers du centre.
«Je sais que c'est illégal mais nous ne gérons pas ce centre pour le profit mais pour sauver nos vies explique M.Wei. Sans cette machine, je serai parti d'ici un an et certains d'entre-nous sont si pauvres qu'il mourront dans moins d'un mois» .

