Le guide de survie d'un étranger en Chine : Les comportements sociaux dans la capitale
"Ne crachez pas, ne doublez pas dans les files, ne poussez pas", lançaient les panneaux d'affichage dans les rues de Pékin les mois précédant les Jeux Olympiques. Et ceci n'est qu'un simple exemple de comment les citoyens chinois ont été priés de se comporter lors de l'événement sportif le plus important au monde. Pour nous, occidentaux, ces interdictions vont de soi (du moins en théorie), mais à Pékin, où la loi de la jungle semblent souvent définir les comportements en société, des rappels aussi explicites sont indispensables.
Dans cette ville de plus de 16 millions d'habitants, les femmes, les enfants et les personnes âgées qui désirent traverser la rue n'ont droit à qu'à peu de considérations. Le comportement qui prévaut semble plus être celui du "chacun pour soi". Si vous ne vous faîtes pas rapidement aux modes sociaux locaux en les imitant comme en dépassant dans les files, vous serez très vite dépassés. Les taxis passeront devant vous, vous ne parviendrez jamais à monter dans la rame de métro, et vous attendrez sans fin dans les files à la banque. Ces règles s'appliquent également au trafic, dès lors, en tant que piéton, être rapide n'est pas seulement une qualité, c'est aussi une nécessité vitale.
Les vieilles habitudes sont les plus dures à faire disparaître
Au début de mon aventure en Chine, lorsque j'étais encore un peu naïve, je voulais encore croire à la théorie de la critique constructive pour m'aider à m'adapter à ma vie de tous les jours dans la capitale chinoise. Je ne râlais pas, ni ne jurais sur les gens qui me dépassaient dans les files d'attente. Dans la plupart des cas, cela sembla porter ses fruits. Après j'ai tenté de montrer certaines manières occidentales en tenant la porte aux gens qui me suivaient, ou en cédant ma place aux personnes plus âgées dans les transports en commun. Mais, après être passée pour la bonne et m'être faite marcher sur les pieds, je suis arrivée à la conclusion qu'être polie ne marche pas.
Mais le summum vînt lorsque j'ai réalisé deux choses. La première, la compréhension du proverbe anglais "when in Rome, do as the Romans do" (À Rome, fait comme les Romains), ensuite que j'étais bien plus grande qu'eux. J'ai alors décidé de mettre en pratique la très efficace tactique du coude lors de mes déplacements au milieu de la foule du métro ou pour garder ma place dans les files. Je n'ai pas pour autant pratiquer de doublement dans les files, mais j'ai peut-être été la première à pouvoir préserver ma place grâce à mon agilité et à ma force. La seule mauvaise conséquence de ce genre de réaction est qu'il est ensuite très difficile de perdre cette habitude, même une fois rentrée en Europe.
Une lueur d'espoir
Malgré tout cela, je dois reconnaître qu'il m'ait arrivé d'avoir la chance de rencontrer certaines exceptions. Un des plus beaux exemples que j'ai en mémoire est celui des vendeuses de ticket dans les bus. À plusieurs occasions, une contrôleuse a demandé à un malchanceux membres de la junte masculine de me céder sa place. Il n'est pas dans mes habitudes de refuser ce type de cordialité et, qui plus est, la contrôleuse avait déjà dégagé le jeune homme de son siège. Personne n'oserait s'opposer à une contrôleuse de bus! Je n'ai jamais su pourquoi j'ai eu droit à ces preuves de gentillesse, peut-être à ce moment étais-je apparue trop fragile pour faire face à la cohue des heures de pointes pékinoises.
Les Pékinois, comme les Chinois en général, sont très polis avec les gens qu'ils considèrent comme faisant partie de leur cercle d'amis, voire même leurs voisins. C'est peut-être pour cette raison que la femme en charge de faire arrêter le bus près de mon immeuble s'arrangeait toujours pour que je sois à la meilleure place pour monter la première dans le bus. Il lui est même arrivé de retenir quelques instants le bus alors que j'étais un peu en retard. Pour autant je ne peux pas dire que les Chinois saluent leurs voisins lorsqu'ils croisent le matin ou le soir.
Le champs de mine urbain
Et puis, il y a évidement les crachats. La vision de quelqu'un expulsant une substance gélatineuse du fin fond de sa gorge, avec les bruits qui vont avec, peut facilement dégoûter. Malheureusement, cette vision ne peut être évitée dans une ville où 90% de la population masculine fume et qui est entourée d'un nuage épais de pollution. D'après les croyances chinoises, il n'est pas sain de garder le mucus dans le corps, il est donc normal pour eux d'éjecter toute glaire se faisant sentir. Personnellement, je suis convaincue que les hommes crachent aussi pour réaffirmer leur masculinité. Cependant, les hommes ne sont pas les seuls à cracher, ce qui désapprouve ma théorie. Cracher ne fait pas partie des habitudes que je recommande d'adopter lorsque vous êtes en Chine. À la place, je vous suggérerait de choisir entre deux approches plus subtiles : soit vous rester vigilant et apprenez à éviter le champs de mine de crachats, soit vous ignorez cette atrocité incessante. Pour ma part, j'avais opté pour la deuxième proposition en raison de l'indifférence totale des Chinois à mes réactions physiques et verbales de dégoût à la vue de leurs crachats.

