Le Gao Kao, le baccalauréat des Chinois
Du 7 au 9 juin 2010, 10 millions de jeunes chinois ont passé le Gaokao, l'équivalent du Bac. Cet examen détermine l'avenir de ses participants : un score élevé permet l'admission dans une université et filière prestigieuses, un score trop bas peut signifie la fin du parcours scolaire. Particularité de l'édition 2010 : une sécurité renforcées en raison des récentes attaques dans les écoles.
Un moment redouté
Le Gaokao, ou Examen national d'entrée à l'université en Chine, est un moment redouté par l'ensemble des étudiants chinois et leurs familles. Car en trois jours, les participants doivent faire leurs preuves afin de pouvoir prétendre à l'enseignement supérieur. En cas d'échec, ce sont souvent les espoirs de toute une vie et toute la famille (politique de l'enfant unique) qui s'envolent..
A peine plus de la moitié des participants vont d'ailleurs accéder à l'enseignement supérieur, car parmi les moins «performant », seuls ceux issus de familles aisées pourront s'offrir un cursus dans une école privée, couteuse mais pas forcément bonne.
Pendant trois jours, chaque année à la même période, tout le pays retient son souffle. La circulation est bloquée près des 320 000 centres d'examens, le but étant de limiter le bruit alentour. En raison des récentes attaques dans les écoles chinoises, les mesures de sécurité ont également été renforcées cette année, ce qui a renforcé la traditionnelle tension autour de l'examen.
Petit historique
Le Gaokao a vu le jour en parallèle avec la naissance des grandes universités chinoises. Pendant la Révolution Culturelle, il a été mis en retrait car les potentiels lauréats étaientt envoyés en campagne pour effectuer le travail des champs, et être «rééduqués»...
Conscient du besoin de s'appuyer sur l'éducation universitaire, Mao Zedong avait néanmoins remis l'examen au goût du jour, à la simple différence que les critères de sélection concernaient fortement les convictions politiques des candidats et leur environnement familial. Ceux qui étaient jugés contre-révolutionnaires ou trop bourgeois n'avaient aucun espoir.
Après la mort du Grand Timonier, l'examen a repris une forme comparable à ce qu'il est aujourd'hui. L'édition 1977, qui a fait l'objet d'un film du même nom, est considérée comme l'année du renouveau post-Révolution culture : aucune restriction d'âge n'a été imposée -ce qui est à nouveau le cas depuis 2001- et des participants de tous bords se sont présentés. Mais au final, seuls 1% d'admis ont été recensés et considérés comme des privilégiés.
Le déroulement
Les épreuves du Gaokao se déroulent trois jours. Les scores peuvent osciller entre 100 et 900 points, un score élevé permettant à l'étudiant de choisir parmi les meilleurs établissements du pays. Les élèves au score bas doivent se résoudre à l'enseignement privé, pas forcément bon mais très cher. Les plus pauvres sont contraints d'arrêter leurs études. En général, il faut aux alentours de 500 points pour espérer entrer dans une grande université.
Trois sujets sont obligatoires : chinois, mathématiques, langue étrangère (le plus souvent anglais). Les étudiants doivent sélectionner les universités qu'ils visent avant l'examen, et ce choix est primordial : ils deviennent rivaux de ceux qui ont les mêmes premiers choix, et se retrouvent ainsi engagés dans des logiques de concours.
Les controverses autour du Gaokao
Le Gaokao est souvent critiqué en Chine pour la pression qu'il inflige aux étudiants : toute une vie jouée sur trois jours. Pour des enfants uniques, la pression est parfois insupportable. D'ailleurs, trois suicides ont été répertoriés par la presse chinoise pour l'édition 2010, mais il est difficile de comptabiliser toutes les victimes "indirectes", ces jeunes gens qui vont être victimes de troubles psychologiques ou qui ne se relèveront pas d'un éventuel échec.
Le système du Gaokao est lui aussi critiqué : il juge la capacité à mémoriser une grande quantité de connaissances (Questions-Réponses) mais occulte les qualités d'analyse et de réflexion.
Le Gaokao est aussi terni par des affaires de corruptions -certains parents essaient de faire jouer leurs relations pour connaître les sujets et réponses à l'avance- et de tricheries high tech : des procédés «technologiquement avancés» sont utilisés chaque année par certains étudiants pour tricher.
Un réseau démantelé cette année fournissait par exemple des émetteurs à soixante clients pour leur fournir discrètement les réponses pendant l'examen.
Enfin, la dernière grande controverse qui concerne le Gaokao porte sur les quotas d'admission jugés injustes, car favorisant certaines régions. Il est en effet plus facile pour un natif de Beijing -ou de Shanghai- d'intégrer l'enseignement supérieur car le score requis pour lui est souvent plus bas que celui requis pour le candidat d'une province "moins importante" comme le Henan ou le Zhejiang.
Ce qui explique que beaucoup de parents préfèrent déménager dans les zones les plus favorisées afin d'aider encore un peu plus leur fils ou leur fille. D'autres partent même étudier à l'étranger, afin de ne pas vivre le cauchemar du Gaokao...

