Le 4 juin 1989 vu par des jeunes de 20 ans

Le 4 juin 1989 vu par des jeunes de 20 ans

La place Tiananmen à Pékin
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Que pensent les jeunes générations du 4 juin 1989. Ce sujet les intéresse-t-il? La version officielle reflète-t-elle la réalité? Sont-ils curieux de savoir ce qu’il s'est passé? En parlent-ils avec leurs parents ou leurs amis?

Pour répondre à ces questions, la journaliste Ana Fuentes a rencontré quatre jeunes chinois originaires de différentes provinces et venus étudier les relations internationales à Pékin. Ils ont une vingtaine d'années et feront partie de la future élite chinoise.

Munis des livres et documentaires qu'ils considéraient importants à propos du "liu si" (6-4), le diminutif chinois du quatre juin, une théière de thé froid et une coupelle de cacahuetes sur la table, ces quatre ont entamé leur discussion. Ils ont tenu à être désignés par leur nom occidental, donc Nicole, Kevin, Emmanuel et Harry. Nicole a même demandé que sa voix soit déformée.

Première question: Que vous évoque le mot Tiananmen?
"Pour moi c'est l'évenément qui a le plus marqué tous les membres de la société chinoise. Et c'est pour ça que quelques gens ne veulent pas en parler”.

Des opinions il y en a des très différentes selon les gens. Il y faut parler aussi de la propagande et de ce qui disent les pays étrangers. Les chinois de la rue on croit souvent la propagande parce qu'après les évenéments de Tiananmen la Chine a éprouvé une période de stabilité”.

Ensuite on leur a demandé s'ils avaient entendu parler de ce sujet à la maison. Leurs parents leur en ont-ils parlé?

A cette époque-là les communications n'étaient pas très développées, mes parents n'avaient pas pas beaucoup de détails sur les incidents donc ils n'en parlent pas. Je crois que les gens qui habitaient en province ne sont pas au courant”.

Nicole, Kevin, Emmanuel et Harry étaient tout juste nés à l'époque, mais on s'imagine qu'ils ont certainement entendu parler du 20e l'anniversaire, le 4 juin. Deux décennies plus tard, en parler est-il toujours un tabou?
Les gens éduqués de Pékin s'intéressent plus à ce sujet, mais il y a plein de gens pauvres pour qui le plus grand souci c'est d'avoir de quoi manger”.

Ils sont d'accord sur le fond des protestations, mais pas sur sa forme. Ils insistent sur l’irrationnalité des étudiants de l'époque, un type de comportement qui mène toujours à l'instabilité sociale, disent-ils. Ils reprennent, pour tout dire, le discours officiel sur l'harmonie sociale mot à mot.

Ce n'est pas que maintenant on se fiche des problèmes, bien sûr que l'on déteste la corruption, par example. Mais maintenant on est plus rationnels, moins radicaux, on ne risquerait pas autant”.

Les questions que posent le 4 juin vont pourtant au délà de cet événement. En tant qu'étudiants de politique internationale, ils ont certainement besoin de chercher des informations sur Internet. Que pensent-ils de la censure des concepts comme démocratie?
Kevin s'explique: “Je pense qu'Il y a quelques sujets dont il vaut mieux ne pas parler avec les gens qui ne sont pas éduqués. Ce n'est pas méchant, ils risquent de ne pas comprendre, donc une certaine censure est acceptable".

Lors de l'interview, Ana Fuentes leur a montré un documentaire de la BBC sur le 4 juin 1989. Dès que les ambulances et le sang ont fait leur parution, ils se sont tous contractés, Nicole se couvrait même les yeux. On va écouter leurs réactions:

Assasins! C'est de l'essence.Il faut que je me calme là. C'est la première fois que je vois ça, j'avais vu des interviews avec des protagonistes de Tiananmen dans l'exile, ils racontaient ce que le gouvernement a fait mais je n'avais jamais vu un spectacle
aussi horrible
”.

Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé. Le gouvernement a toujours dit qu'il s'était juste défendu des attaques mais ici on voit que les soldats ont tiré sur les gens''.

Je pense que notre pays s'est beaucoup développé et cela a nécessité un grand effort, donc il faut regarder les événements de façon complète. Les gens ne s'interessent pas autant à la politique, mais à leur salaire". 

Après la projection, grand silence dans la pièce. Nicole est la plus touchée. Elle demande un moment pour retrouver ses esprits.