L'alpaga: la bête favorite des internautes chinois? par Julie Desné

L'alpaga: la bête favorite des internautes chinois? par Julie Desné

L'alpaga est devenu le symbole de la lutte contre la censure en Chine
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es internautes chinois sont passés maîtres dans l'art du contournement de la censure. C’est ainsi qu’une comptine un peu particulière fait le tour de la toile chinoise depuis quelques semaines et que l’alpaga est devenu la bête favorite des internautes.

Par Julie Desné, à Shanghai

L'alpaga, cette sorte de lama des Andes est devenue le symbole de la dérision de la censure. Tout a commencé avec un clip qui met en scène l’animal. Dans un décor bucolique, les bêtes paissent tranquillement sur l’air d’une comptine. Des cœurs d’enfants racontent gaiement comment l’alpaga, courageux et tenace, a bravé les dangereux crabes d’eau douce. La fin de la chanson raconte la victoire des gentilles bêtes qui ont pu continuer à vivre librement sur leurs prairies.

Rien de bien subversif, me direz-vous… et c’est fait pour. Mais les internautes chinois, eux, ont bien ri en lisant entre les lignes. La langue chinoise est truffée d’homophones. Et les jeux de mots utilisent ces ressemblances pour des blagues inépuisables. Il se trouve qu’en chinois, l’alpaga se dit caonima, dont la prononciation est presque la même que le juron très utilisé ici, "nique ta mère".

Mais les sous-entendus ne s’arrêtent pas là. Le mot crabe d’eau douce, hexie, se prononce quasiment comme harmonie. Un thème cher au président Hu Jintao, dont la politique vise à construire une société harmonieuse et qui est devenu pour les internautes chinois le nom de code pour la censure. Un bloggeur peut même dire "Je me suis fait harmoniser". Et tout le monde comprend que son site a été censuré.

Avec ce décodage, la comptine qui vante la victoire "pour toujours" des alpagas sur les crabes d’eau douce prend une autre tournure. Et les autorités ne peuvent rien y faire. Impossible de censurer une chanson dont le texte brut n’a rien de contestataire. Car si les prononciations se ressemblent, les idéogrammes, eux, sont bien distincts et ne peuvent pas être retenus comme de sérieux chefs d’accusation par la propagande. Le clip a fait un carton sur internet. Il a été vu 1 million et demi de fois en l’espace de quelques semaines.

C’est une réponse directe au resserrage de vis, entrepris par Pékin en début d’année. Après la signature en ligne de la Charte 08, qui appelait en décembre à la démocratie en Chine, le pouvoir a décidé de mener une grande campagne de nettoyage de la toile chinoise. Sous couvert de lutter contre la pornographie, les services de la propagande ont fermé sur les deux premiers mois de l’année presque 2 000 sites et 250 blogs. Il reste l’alpaga aux internautes chinois pour au moins en rire.