La révolution du travail a t-elle commencé Chine ?

La révolution du travail a t-elle commencé Chine ?

La condition des travailleurs chinois va t-elle continuer à s'améliorer ?
La condition des travailleurs chinois va t-elle continuer à s'améliorer ? (Source: Radio86)
Found this interesting? Share it with your friends!

Ces derniers semaines, la société chinoise est passée d'un extrême à l'autre. Les grèves chez Honda et les vagues de suicides chez Foxconn ont laissé place à des hausses de salaires spectaculaires dans les deux entreprises. Faut-il y voir un signe ? La révolution du travail est-elle en marche en Chine ?

On peut en effet se demander si la Chine n'est pas à un moment charnière de son histoire sociale. Les grèves et protestations ouvrières récentes ont débouché sur des augmentations spectaculaires de salaires (24% chez Honda, 70% chez Foxconn). Des augmentations visiblement approuvées et encouragées par les autorités chinoises, qui ont elles-mêmes récemment augmenté le salaire minimum national de 20%, alors que les hausses annuelles sont généralement bloquées à 10%.

La victoire des travailleurs sur les employeurs ?

Ces améliorations salariales ont une allure de victoire pour les travailleurs chinois, et soulève certaines questions, comme celle de savoir si cette évolution aura des répercussions majeures sur l'économie chinoise.

L'impact de la situation actuelle doit être relativisé car les revendications ouvrières ne sont pas un phénomène nouveau en Chine. En 2007 déjà,beaucoup de grèves avaient éclaté dans la région fortement industrialisée du Guangdong, et plusieurs "victoires" ouvrières s'étaient dessinées.

La crise financière mondiale a interrompu ce mouvement en parallèle des fermetures d'usines et de la dégradation de la sécurité de l'emploi dans le pays.

Il est donc logique de voir la relance économique mondiale déboucher sur de nouvelles contestations. D'autant plus que sur le plan de la condition des travailleurs, la Chine a encore une énorme marge de progression, peu d'amélioration ayant été recensées depuis les années 90 malgré la forte croissance.

Plusieurs raisons peuvent expliquer les contestations d'aujourd'hui : l'inflation, mais aussi la volonté de certains de ne pas être laissés sur le bas côté alors que le pays profite d'une incroyable croissance économique.

Un marché du travail en mutation

De plus, le marché du travail voit aujourd'hui apparaître une nouvelle génération d'ouvriers, mieux éduqués que leurs parents, donc plus exigeants. Ils bénéficient en outre de moyens de communication tels la messagerie mobile et les messageries instantanées internet (QQ, MSN) qui facilitent la propagation de leurs mouvements.

Les 19 à 30 ans quittant les campagnes pour travailler dans les usines de la côte est sont désormais moins nombreux, en raison de la politique de l'enfant unique mais aussi de la naissance de projets dans les provinces intérieures de l'ouest.

Le marché du travail devient donc plus difficile pour les entreprises, qui peuvent parfois avoir quelques manques en main d'œuvre, et plus avantageux pour les salariés, qui paradoxalement sont parfois soumis à de trop nombreuses pressions, comme l'obligation d'accepter des heures supplémentaires.

Pékin favorable aux hausses salariales

Pékin s'inquiète clairement des risques d'instabilité liés à ces conflits sociaux, même si ceux-ci ne remettent pas en cause l'autorité du Parti communiste.

Les augmentations salariales ne sont pas le seul moyen évoqué pour améliorer la vie des ouvriers et travailleurs chinois : la généralisation de la sécurité sociale, avec notamment la suppression du système du Hukou, est dans les cartons. Elle permettrait néanmoins de régler le problème des travailleurs migrants.

Cela étant, dans les faits, la mesure est encore loin de voir le jour et les travailleurs migrants restent bien souvent sans la moindre couverture sociale.

Quelles conséquences pour l'économie chinoise

La Chine part de très loin, et à encore beaucoup de marge afin de rester compétitif en termes de salaires et coûts de production. D'autant plus que le pays compte d'autres avantages concurrentiels comme les agglomérations industrielles et les zones spéciales comme à Shenzhen.

Mais il est certain que la Chine doit anticiper dès aujourd'hui son avenir, et passer du statut d'atelier du monde à celui de producteur à haute valeur technologique. L'inflation, qui l'a longtemps épargnée malgré une forte croissance, a quelque chose d'inévitable et c'est par une production à haute valeur ajoutée que l'Empire du milieu pourra l'assumer.

Mots-clés: