"Génération perdue" : retour sur l'une des actions les plus radicales de Mao Zedong

"Génération perdue" : retour sur l'une des actions les plus radicales de Mao Zedong

Génération perdue, de Michel Bonnin
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En plein contexte de Révolution culturelle, 17 millions de jeunes instruits chinois, issus des villes, ont été envoyés à la campagne entre 1968 et 1980, sur ordre de Mao Zedong. Au-delà des motivations socio-économiques, politiques ou idéologiques, le résultat a été une "Génération perdue" car elle ne croyait plus en l'idéologie révolutionnaire, et voyait se tracer un avenir très difficile...

Le mouvement d'envoi des Zhiqing, les jeunes instruits des villes, dans les campagnes chinoises entre 1968 et 1980 est un des moments les plus emblématiques de la Chine post-1949. En plein contexte de Révolution culturelle, Mao Zedong s'est retrouvé devant son incontrôlable création : le chaos, et ses Gardes Rouges refusant de mettre fin au mouvement initié par le Grand Timonier.

C'est en partie pour dissoudre ces groupes, auteurs de terribles excès comme la destruction de pièces du patrimoine culturel et l'humiliation voire l'exécution d'intellectuels, que Mao Zedong a décidé de lancer son mouvement massif d'envoi des jeunes citadins éduqués dans les campagnes afin de les rééduquer au contact des paysans...

Officiellement, cette politique était motivée par des problèmes sociaux (manque de place dans les écoles et usines), mais elle répondait probablement avant toute chose à un besoin idéologique : pour Mao Zedong, les intellectuels de la nation devaient se lier aux masses non éduquées...

On peut considérer ce mouvement d'envoi des jeunes instruits dans les campagnes comme la dernière grande utopie du maoïsme (empêcher la Chine de suivre les pas de l'URSS).

La vie des Zhiqing

Les Zhiqing, ou jeunes instruits, étaient envoyés dans des villages ou dans des fermes d'État militaires avec l'idée de se transformer à vie en paysans. Cela en était donc terminé pour eux de tout ce qu'ils avaient appris auparavant, leur vie consisterait à travailler la terre...

Mais l'idéalisme d'origine a pour beaucoup d'entre eux laissé la place à la désillusion : inutile à la campagne, déjà en excédent de main d'œuvre, ils ne pouvaient pas plus continuer la révolution ni user de leurs connaissances pour enseigner aux illettrés, à ce moment supérieurs à eux socialement parlant...

Mais cette politique irréaliste de Mao Zedong, si elle devait théoriquement se prolonger indéfiniment, a été dans les faits remise en cause via plusieurs vagues de retours en villes après quelques années d'exil en campagne.

Il en reste que cette génération a perdu ses illusions et sa foi envers l'idéologie de ses dirigeants d'alors. Encore plus grave, la majorité des Zhiqing ont perdu la chance d'une vie normale, faite d'études et d'une carrière valorisante : la plupart ont été déphasés par la politique de Deng Xiaoping, ceux qui avaient pu rentrer en ville se retrouvant sans diplômes aux niveaux les plus bas de l'échelle sociale.

Il serait faux néanmoins de considérer que toute cette génération a été gâchée. Certains ont pu reprendre les études, le célèbre réalisateur Zhang Yimou en est un exemple magnifique. D'autres ont réussi à se forger une existence enviable en faisant du business...

Ironie de l'histoire, le prochain président chinois devrait être issu de cette génération sacrifiée.

Génération perdue
Michel Bonnin
Editions d'EHESS, 2004
39,00 euros