Attaques dans les écoles : la Chine en plein traumatisme

Attaques dans les écoles : la Chine en plein traumatisme

Un garde de sécurité devant une école chinoise
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Depuis le 23 mars, la Chine a été meurtrie par au moins cinq violentes attaques dans des écoles. Les schémas sont à chaque fois les mêmes : un homme armé pénètre dans un établissement scolaire et agresse les bambins. Au-delà de la psychose qui semble s'emparer du pays, les observateurs en appellent à une remise en cause concrète de la société actuelle.

Depuis le 23 mars dernier, la Chine est entrée dans un véritable cauchemar. Le drame s'est déjà répété officiellement quatre fois -la dernière attaque a eu lieu le 12 mai- faisant de nombreux morts et blessés. A chaque fois, il s'agit d'un homme, le plus souvent avec un profil respectable (un ancien médecin et un ancien professeur parmi les agresseurs). L'arme est soit un couteau, un hachoir de boucher voire un marteau, et l'attaque se produit au sein même de l'école, de jeunes enfants sont les cibles. Le résultat est toujours catastrophique : huit morts le 23 mars, sept le 12 mai.

Malgré une tentative de contrôle de l'information par les autorités -qui souhaitent limiter l'expression du mécontentement populaire tout autant que les risques d'imitation- ces différents actes de sauvagerie inouïe créent une véritable psychose. Dans un pays qui pratiquent la politique de l'enfant unique, c'est facilement compréhensible.

Ce qui choque peut être le plus l'opinion publique aujourd'hui, c'est le profil de la plupart des agresseurs : des personnes jugées calmes et modérées par leur entourage, mais qui auraient subi récemment de grandes frustrations sur les plans professionnel, social ou affectif.

Aujourd'hui, la problématique consiste à comprendre les motivations de tels gestes de folie, envers des êtres sans défense et innocents. De nombreux observateurs, qu'ils soient sociologues, chercheurs voire même blogeurs se sont d'ailleurs penchés sur la question pour tenter de démêler le puzzle.

Les avis ont tendance à se rejoindre sur un point essentiel : la désintégration sociale née de 30 ans de réformes serait directement source du phénomène, l'enrichissement de certains ayant poussé à ignorer l'exclusion dont était victimes d'autres.

Les auteurs des différentes attaques sont ainsi perçus comme victimes récentes de frustrations intenses, des caractères devenus anti-sociaux car se sentant exclus, et souhaitant donc se venger de la société. Or, pour faire mal à la société, il faut attaquer ce qu'elle a de plus précieux, ses enfants.

Pour ces différents hommes, tuer un enfant semble être apparu plus fort qu'un simple suicide ou l'attaque d'un représentant des pouvoirs publics pour donner de la résonance à leur révolte.

Bien que difficilement contrôlable, la situation vaut de nombreuses critiques à l'encontre des autorités chinoises, une partie du public reprochant les efforts consentis pour assurer le prestige d'événements comme les Jeux olympiques, l'Exposition universelle, alors qu'a contrario la sécurité des enfants du pays n'est pas assurée.

En réponse aux attaques, les dirigeants chinois n'ont pourtant pas perdu de temps pour prendre des mesures : mise en place de policiers devant les écoles, cours d'auto-défense pour les enfants dans certains établissements, et condamnation rapide de certains coupables.

Les observateurs s'exprimant sur le net approuvent globalement ces mesures mais les jugent insuffisantes car elles ne traitent pas la source du problème, liée aux contradictions et tensions dans la société chinoise.

Un professeur de sociologie de la prestigieuse université de Tsinghua a d'ailleurs indiqué sur son blog que selon lui, la société chinoise devait faire face à ses vrais problèmes (crise des valeurs sociales, perte d'éthique, creusement des inégalités sociales) sous peine de courir à la catastrophe.

Alors que l'harmonie reste le maître mot dans la terminologie qu'aiment utiliser les dirigeants du Parti, la société chinoise souffre de certaines formes de tensions fortes et a besoin de soupapes. Or, le contrôle de certains médias comme internet, ou de voies de protestations comme le recours à des avocats rend ces ressentiments encore plus forts.

Il semblerait que pour sortir de son cauchemar actuel, la société chinoise doivent se décider à aider ceux qui n'ont pas su suivre le rythme effréné de ses réformes.