Allo Pékin – Le sport en Chine
Cette semaine, notre correspondant à Pékin, Thomas Rippe, nous donne quelques indications sur les sports et les athlètes les plus populaires du pays ainsi que sur le challenge que représente la pratique sportive dans la capitale chinoise.
1. La Chine a obtenu une médaille d’or aux derniers championnats du monde d’athlétisme de Berlin. Quel retentissement cela a-t-il engendré dans l’Empire du milieu?
C’était leur première médaille d’or, les gens se sont passionnés pour l’événement. Nous en avons parlé dans notre émission, d’autant plus qu’il s’agit d’une femme. Elle a remporté l’événement des courses de longue distance. Ce sont souvent les femmes, au demeurant, qui se distinguent dans les compétitions internationales, nous avons trouvé la situation intéressante.
2. Avez-vous pu suivre les mondiaux de Berlin à la télévision chinoise?
Personnellement non, mais les gens ici ont porté une attention particulière aux athlètes chinois et se sont montrés très excités quand les performances étaient bonnes. En particulier dans les disciplines où ils n’étaient pas très bons par le passé. Les Chinois ne brillent habituellement pas dans des disciplines comme les courses ou les sauts et ne remportent pas beaucoup de médailles lors de ces concours, quand ils y parviennent, les gens se prennent au jeu. Si nous prenons le cas du plongeon, par exemple, qui est un sport dans lequel les Chinois trustent les médailles, tout le monde s'attend à une domination de leur part, l'engouement n'est pas aussi intense. Pour l'athlétisme, les gens ne s'attendaient pas à une médaille, comme c'est quelque chose de nouveau, les gens se sont montrés enthousiastes.
3. Quel est le sport le plus regardé en Chine?
Je pense qu'en terme d'audience le football remporte la palme. Ils ont un championnat professionnel ici mais les gens s'intéressent davantage aux championnats européens. Les équipes chinoises masculines ne sont pas très performantes au niveau international. En terme de pratique sportive, le tennis de table est très important ici, il existe également un nombre surprenant de terrains de basket en Chine, je pense que la réussite de Yao Ming en NBA est pour beaucoup dans le développement de ce sport. De nombreux chinois jouent désormais au basket.
4. Est-ce que les Jeux Olympiques ont eu un impact sur l'intérêt des gens pour le sport?
Oui, absolument. Je pense que l'un des plus gros impacts, spécialement ici à Pékin, est la disponibilité des infrastructures. On peut aller nager dans le cube d'eau pour le même tarif qu'à la piscine de ma résidence. Ce n'est vraiment pas très cher. Il existe désormais beaucoup plus d'endroits à Pékin dans lesquels on peut pratiquer une activité sportive. Un de nos journalistes tient une rubrique nommée 'la communauté sportive', l'idée est intéressante et je pense effectivement que l'on peut voir le sport comme une chose communautaire. Aux États-Unis, nous avons la chance de posséder de nombreux parcs, des championnats bien organisés... Ici, tout cela est relativement nouveau et en pleine expansion depuis les Jeux. Les gens sortent jouer au basket ou au badminton, un autre sport extrêmement populaire. Je pense que de plus en plus de gens sont intéressés par le sport et sensibilisés par les bienfaits d'une pratique régulière. Il existe plus d'infrastructures que par le passé et plus d'argent public est disponible pour le financement des différentes compétitions.
5. Organise-t-on des activités sportives pour les enfants?
Je ne pense pas que ce soit aussi important qu'aux États-Unis. Les États-Unis et l'Europe s'impliquent beaucoup dans le sport pour les jeunes. Ici, cette implication n'atteint pas le même niveau. Je pense que c'est juste une question d'espace disponible. Une ville comme Pékin manque, à mon sens, de parcs publics. Il existe des espaces ouverts, comme la place Tiananmen, par exemple, mais pas d'endroits où on peut faire du sport. L'endroit dans lequel j'habite est doté d'une piscine, de nombreux enfants viennent tout le temps y prendre des cours de natation. En fait, nombre de mes collègues ne vont même pas utiliser cette piscine à cause du nombre d'enfants qui vont et qui viennent. Lorsque j'étais à Chicago ou Los Angeles, qui sont de très grandes villes américaines, on trouve de nombreux parcs, vous y voyez des enfants jouer au base ball, au football ou au basket. Il n'existe pas d'endroits comme cela ici. On voit des gens jouer au badminton sur les trottoirs, chose impensable chez moi. Je pense donc que l'espace disponible est la chose la plus importante.
6. Est-ce que les entreprises chinoises encouragent la pratique du sport parmi leurs salariés?
C'est une question pertinente. Je me suis renseigné sur le sujet et apparemment, de nombreuses entreprises possèdent des lieux de pratique. Nous en avons d'ailleurs un ici à Radio Chine Internationale. Pour nous, l'endroit est disponible et nous pouvons nous y rendre quand nous le souhaitons. De nombreuses entreprises privées possèdent des endroits similaires. La plupart des entreprises d'État organisent également des exercices physiques matinaux, avant le démarrage des journées de travail. Devant mon bureau se trouve une place sur laquelle les employés municipaux du bâtiment d'en face effectuent leur gymnastique chaque matin à 8 heures précises. Je pense que c'est obligatoire, qu'ils le veuillent ou non, ils sont là le matin, dehors, à effectuer leurs exercices. Je trouve cela fascinant, j'imagine le même scénario aux États-Unis où les entreprises nationalisées et les services de l'État imposeraient cette gymnastique matinale à leurs employés, cela ne marcherait jamais! Les gens diraient 'Je fais du sport quand j'en ai envie'. Quoi qu'il en soit, ici, ils font cela au son de musique patriotique. C'est assez amusant à observer.
7.Quels sont les sportifs les plus connus en Chine, actuellement?
Je pense que ce sont les plongeurs et les joueurs de tennis de table. Je suis malheureusement incapable de les nommer car je ne suis pas très au fait de ces disciplines. L'un des plus grands héros est, bien entendu, Yao Ming dont j'ai parlé précédemment. Quand vous regardez les kiosques à journaux dans les rues, vous voyez Kobe Bryant et Lebron James, deux basketteurs américains, à toutes les sauces. Le basket est vraiment populaire ici. Les Chinois suivent davantage les championnats étrangers que les compétitions domestiques. Quand vous regardez les pages sports des journaux ou des sites internet, comme le China Daily ou le site de Radio Chine Internationale, elles sont pratiquement entièrement consacrées au sport international. Le football européen et le basket américain sont les figures de proue. Quand un sportif chinois se distingue dans une compétition internationale comme dernièrement à Berlin ou aux Jeux Olympiques, on en parle beaucoup. À l'inverse, on ne voit jamais rien, par exemple, sur le football domestique, qui possède tout de même un championnat professionnel. Rien à la télévision, rien dans les journaux. Ils regardent le football européen, les stars du ballon rond du vieux continent sont également des stars ici.
8.Que pensez-vous de l'industrie du sport en Chine? Existe-t-il une industrie du sport ici?
Cette semaine, dans notre émission, nous parlons des équipement de plein air et plus particulièrement du matériel de camping, tentes, sacs de couchage, matériel d'alpinisme, etc...Tous ces équipement disponibles pour tous ces citadins chinois qui possèdent désormais les moyens financiers et le temps de loisirs nécessaire à la pratique de ces nouvelles activités de plein air. Je pense donc qu'en terme de business, tout cela s'est fortement développé ces derniers temps, comme tout le reste d'ailleurs. Ce business n'en est qu'à ses premiers balbutiements comme de nombreux autres domaines ici. Je pense que d'ici quelques années on verra encore plus d'équipement et plus de manufacturiers chinois. Les marques chinoises commencent à prendre de plus en plus de parts de marché. Auparavant, les consommateurs chinois préféraient acheter des marques internationales, notamment lors des soldes, maintenant les marques chinoises grappillent du terrain. Je pense également que les politiques d'urbanisation sont en train de changer par rapport au modèle communiste d'après-révolution où l'on privilégiait les espaces publiques pour organiser des manifestations à grande échelle, marches, parades et autres réjouissances populaires. Le style stalinien n'est plus de mise à l'heure actuelle. Les autorités songent à quelques démolitions pour installer des espaces verts. Je pense que le processus prendra un certain temps...
9. Que pensez-vous du système chinois de sélection et d'entraînement des futurs athlètes?

C'est une question difficile. Une des raisons des succès du plongeon chinois réside dans le fait que dès qu'un jeune présente des signes d'aptitudes élevées et de talent, on les retire de l'école traditionnelle pour les placer dans des sports-études où ils passent un temps significatif à s'entraîner et à progresser. On ne garde ensuite que les tous meilleurs. Pour ces jeunes, c'est désormais toute leur vie, qu'ils en aient envie ou pas. On imagine la vie de ces jeunes qui arrivent à 20-25 ans et qui n'ont par percé à un niveau suffisant pour faire partie de l'équipe olympique, ils n'ont jamais rien fait d'autre dans leur vie, que deviennent-ils? La Chine est toujours à la recherche de son identité dans le monde moderne, les Chinois recherchent des motifs de fierté et quand les athlètes gagnent, le pays tout entier gagne. Je pense que la majorité des gens soutient ces programmes de détection et d'entraînement. Les choses sont différentes dans les pays occidentaux, les athlètes qui dédient leur vie au sport le font sur une décision personnelle en totale liberté. Il n'existe que peu d'élus susceptibles d'évoluer à un niveau international. De plus, dans nos sociétés occidentales, il existe bien plus d'opportunités de reconversion pour les sportifs, ici, on ne sait pas ce qui se passe pour eux. La première fois que je suis venu ici, en 1995, j'ai rencontré une fille qui jouait au volley-ball. Je ne pense pas qu'elle ait évolué en équipe nationale mais elle était tout de même à un très bon niveau. Elle était arrivé à un point où elle n'aimait plus son sport, elle était comme épuisée. Dans le même temps, elle était contente de jouer à un certain niveau car cela lui lui procurait la chance de voyager et d'aller à l'université, ce qu'elle n'aurait jamais été capable de faire autrement. On voit cela avec des yeux d'Occidentaux et on se dit 'Quelle horreur de faire cela à ces enfants sans leur laisser le moindre choix'. Mais, nombre de ces enfants, n'ont pas d'autre choix, c'est ce qu'ils ont obtenu. Il est très difficile pour nous de porter un jugement sur ce système.

