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Témoignage d'un Chinois originaire de Mianyang

Les secouristes travaillent sans cesse  la recherche de survivants et pour soigner les blessés (Image: China News Service)Les secouristes travaillent sans cesse la recherche de survivants et pour soigner les blessés (Image: China News Service)

Après le terrible séisme de magnitude 8 sur l’échelle de Richter, Radio86 a rencontré Hu Chengxi, un jeune Chinois originaire de la ville de Santai, dans le comté de Mianyang, un des comtés situés à l’épicentre du séisme dans la province du Sichuan. Ce jeune homme, qui effectue actuellement des études et un stage en Europe, a parvenu à joindre ses proches au pays. Il nous raconte.

R86: Comment avez-vous appris qu’il y avait eu un tremblement de terre?
Hu Chengxi: Je travaillais à mon endroit de stage et je discutais avec des amis chinois sur MSN. Soudainement, ils ont tous disparus du net. Dix minutes après j’ai entendu à la radio finlandaise qu’il y avait eu un tremblement de terre de magnitude 7,8 à Wenchuan. À peu près au même moment, la nouvelle est apparue sur des sites internet. C’est comme ça que j’ai appris la nouvelle.

R86: Avez-vous tenter de contacter immédiatement votre famille?
Hu Chengxi: Oui, j’ai immédiatement téléphoné à ma famille et mes amis. J’ai passé plus de cent coups de téléphone, mais je n’ai jamais pu avoir de connexion, j’ai même commencé à penser que le problème venait de mon téléphone. J’ai continué à essayer d’appeler pendant quatre ou cinq heures, j’étais si inquiet…
Les communications ne passaient pas, mais, heureusement les messages textes oui. Mes parents ont envoyé un message à ma cousine à Guangzhou peu après le tremblement de terre pour dire qu’ils étaient en sécurité et j’ai appris la bonne nouvelle par elle.

R86: Qu’en est-il de votre maison, de vos amis ou de vos connaissances?
Hu Chengxi: La maison, ça va. Mais de nombreuses choses à l’intérieur ont été détruites. Ma mère dormait à la maison après avoir travaillé la nuit d’avant. Elle a été horrifiée par les tremblements, elle s’est précipitée dehors. Après, elle s’est ruée à l’hôpital, elle est infirmière là-bas. Lorsque ce genre de choses arrivent, elle sait que beaucoup de personnes doivent être blessées et ont besoin de son aide.
Finalement, très tard le 12 mai, je suis parvenu à contacter un de mes amis. En fait, j’ai essayé de joindre toutes les personnes que je connais. La seule question que je posais timidement était “ comment tu vas? Et ta famille?”, après avoir eu de bonnes nouvelles, j’étais très soulagé.
Mes grand-parents ont été vraiment chanceux d’éviter cette calamité en venant me rendre visite en Finlande.

R86: Vos grand-parents ont donc appris la nouvelle en Finlande, ils doivent être inquiets?
Hu Chengxi: Ils sont toujours très inquiets. Ils ont habité presque toutes leurs vies, entre 50 et 60 ans, dans le Sichuan. Ils y ont beaucoup de famille et d’amis. Ils ont essayé de joindre toutes les personnes qu’ils connaissent, mais le temps est trop limité pour parler longuement. Chaque minute est un temps précieux pour les personnes des zones sinistrées, c’est assez compréhensible, et on essaye de se recontacter par après sur internet.

R86: Vous êtes assez jeune mais peut-être vos parents vous ont parlé du tremblement de terre de Tangshan?
Hu Chengxi: Oui. Mes parents et mes grand-parents l’ont vécu en 1976. Selon ce que j’ai entendu, Pékin, Tianjin et Shanghai avaient aussi été touchées, et particulièrement Shanghai où il y avait eu une croix qui est tombée du toit d’une église. 240.000 personnes avaient trouvé la mort dans ce tremblement de terre. À l’époque de ce tremblement de terre, les télécommunications n’étaient pas aussi développées que de nos jours, même la télévision n’était pas très courante. Les gens ne s’informaient qu’avec la radio. En plus, ma famille ne connaît personne à Tangshan. Ils n’avaient donc pas compris exactement qu’elle était la situation là-bas, mais elle avait été choquée par le nombre de victimes.
Cette fois-ci, toutes les informations ont été communiquées après le tremblement de terre. Comme je viens de cette région, je suis très touché.

R86: Votre mère est infirmière?
Hu Chengxi: Oui, elle est infirmière dans le service des urgences. Après le séisme, elle était très effrayée, mais elle tenait à être en salle d’opération. D’autres médecins et infirmières sont venus d’autres villes, les soldats sont en permanence sur le “front”. D’après ce que j’ai entendu, il y a du sang et des cadavres partout, c’est vraiment horrible à voir. Imaginez qu’ils doivent travailler dans de telles conditions, ils sont vraiment à louanger. Maintenant cela fait plus de 8 jours (au moment de l’interview), et ils ont probablement atteint leurs limites physiologiques, ils ont besoin de se reposer.

R86: Oui, en effet ça doit être dure.
Hu Chengxi: À la fois mentalement et physiquement! Peu importe quand j’appelle, ma mère est toujours sur son lieu de travail et me raconte les histoires qu’elles vues. Par exemple celle d’un homme de trente ans. Il a perdu tous les membres de sa famille dans ce tremblement de terre. Malheureusement sa jambe devait être amputée après avoir été sous une lourde pression pendant longtemps. Avant l’opération, il a dit aux médecins : “J’ai déjà perdu ceux que j’aime, je vais perdre ma jambe aussi, y a-t-il encore une raison pour moi de vivre?”
Cette histoire reflète la cicatrice mentale laissée par ce séisme.

R86: Aviez-vous l’intention de vous rendre dans le Sichuan cet été?
Hu Chengxi: J’avais prévu d’y aller le 21 juin avant qu’il n’y ait le tremblement de terre. À cause de ce séisme, ma mère refuse de me laisser rentrer. La savoir sous pression et fatiguée, j’ai vraiment envie d’aller la voir. Maintenant le gouvernement contrôle la catastrophe, si c’est sûr je rentrerai. Je ne sais pas ce que je peux faire pour eux, mais je ferai de mon mieux.
Un autre histoire est celle d’une de mes amies de classe qui vivait à Beichuan. Elle et son père sont descendus ensemble de l’immeuble. Le téléphone a sonné et elle est retournée en haut pour prendre l’appel. Son père l’attendait en-bas. Et puis il y a eu le tremblement de terre et l’immeuble s’est effondré. Le père de mon amie a vue sa fille unique et sa femme se faire enterrer vivantes. Seul lui et la grand-mère de mon amie ont survécu. Lorsque son père est revenu à Beichuan, il a décrit les choses comme “une ville à l’odeur de cadavres”.
J’ai essayé de faire tout ce que je pouvais pour l’aider, en l'occurrence, un don. C’est la manière la plus directes pour aider. Evidement il y a plein d’histoires similaires, et nombreux sont ceux qui ont aussi besoin de notre aide.

R86: De nombreux Chinois qui vivent à l’étranger tentent d’aider.
Hu Chengxi: Oui de nombreux pays ont procuré à la Chine une aide humanitaire, et de nombreux Chinois de l’étranger ont beaucoup aidé. En Finlande, l’ambassade de Chine a organisé une collecte samedi dernier. En un jour, ils ont réuni 100.000 yuans. Cela s’est fait grâce à la Croix-Rouge.

R86: Merci d’avoir répondu à nos questions.
Hu Chengxi: Merci.

Interview par: Terhi Mikkolainen


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