De nombreux Chinois se sont rassemblés sur la place Tiananmen pour prendre part aux trois minutes de silence (Image: China News Service)
De nombreux Chinois se sont rassemblés sur la place Tiananmen pour prendre part aux trois minutes de silence (Image: China News Service)Le lundi 19 mai 2008, à 14h28 toute la Chine s’est émue dans le silence. La nation de 1,3 milliard d’habitants a marqué son émotion par trois minutes de silence à l’heure exacte où le séisme de magnitude 8 a frappé la province du Sichuan une semaine plus tôt.
Dans tout le pays, les sirènes et les klaxons ont retenti. Les gens ont quitté leur travail et leur foyer pour se rasembler dans les rues et afficher leur unité et leur solidarité avec ceux qui ont été touchés par le tremblement de terre. Dans la foule, de nombreuses personnes ont pleuré.
Les dignitaires de haut-rang, comme le président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le président du comité permanent de l’assemblée populaire de Chine Wu Bangguo se sont également tenus en silence au siège du gouvernement central, Zhongnanhai (l’équivalent de l’Elysée), à Pékin.
Du Chunlian, un survivant du tremblement de terre de Tangshan, en 1976, et qui est paralysé depuis, a voyagé deux heures pour venir participer à ces trois minutes de silence dans le centre de la ville de Tangshan. D’autres ont confectionné des fleurs de papier blanches pour les remettre à leurs compatriotes proches des défunts.
Dans les monastères tibétains, les lamas ont énoncé des prières et tenu des bougies blanches au moment où la vie quotidienne s’est interrompue partout ailleurs. La chaîne de télévision nationale, CCTV, a obscurci les écrans. Les marchés boursiers chinois ont aussi suspendues toutes les transactions. Pas un endroit dans le pays n’a échappé au chagrin.
Le 19 mai, la Chine a tenu a montré son unité dans la douleur (Image: China News Service)
Le 19 mai a aussi marqué le début de trois jours de deuil national en hommage aux victimes du séisme. La dernière fois que le gouvernement a décrété un jour de deuil national, c’était il y a près de trente ans, à la mort de Mao Zedong en 1979.
Les drapeaux nationaux ont flotté à mi-mât en l’honneur de ceux qui ont perdu la vie.
Les cinémas, les théâtres, les karaokes… Tous les lieux de divertissements publics sont restés fermés.
Le relais de la torche olympique n’a pas dérogé à la règle. Ce relais étant vu comme une fierté nationale, il ne pouvait décemment se poursuivre dans un tel moment de douleur.
Mais la Chine veut surmonter cette épreuve.
Les médias chinois ont immédiatement suivi les trois minutes de silence par la diffusion de la foule qui s’est amassés sur les places des grandes villes et qui ont crié “Allez, allez la Chine !”, “La Chine courageuse et forte!”, “Nous reconstruirons!”
Et les citoyens ordinaires semblent prêts à relever le défi. Les dons affluent. Selon des estimations, plus de 85% des dons collectés pour les victimes du séisme viennent de l’intérieur de la Chine. Et l’argent n’est pas venu que des Chinois aisés. Un travailleur migrant a, par exemple, donner l’équivalent d’un mois de son salaire. Des retraités, comme Du, ont donné autant qu’ils pouvaient se permettre ce qui rend leurs dons encore plus significatifs.
Ceux qui n’ont pas d’argent tels que les étudiants, ont donné de leur temps dans les rues pour collecter des fonds. “Nous ne pouvons pas aller au Sichuan pour aider les efforts des sauveteurs, mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas aider”, a déclaré un jeune adolescent devant les caméras.
Un autre exemple de solidarité est un gala télévisé qui a rassemblé les artistes les plus populaires et a permis de rassembler plus de 1,5 milliards de yuans.
Les Chinois de l’étranger ont aussi tenu à montrer leur solidarité avec leurs compatriotes. Un peu partout, des projets de collecte de fonds ont été lancés pour permettre l’envoi d’aide dans les régions fortement touchées du Sichuan.
Il en est de même en Chine où de nombreuses personnes prennent des initiatives. Ils remplissent leur voiture avec de la nourriture, des vêtements, des couvertures et les conduisent là où des organisations ou des officiels pourront les amener sur place. Il y a tellement de gens qui ont amené des biens que certaines autorités ont dû déplacer les centre de collecte en dehors des villes afin d’assurer une route dégagée pour les véhicules de l’armée et de secours.
Un deuil national de trois jours a été décrété pour rendre hommage aux victimes (Image: China News Service)
Dans les heures qui ont suivi le tremblement de terre, de longues queues se sont formées à l’extérieur des centres de collecte de sang. En raison du nombre important de donneurs, les centres ont demandé aux volontaires d’appeler avant de venir.
Même dans les régions les plus touchées, le travail de reconstruction a déjà commencé. Des écoles, construites avec du matériel donné par des entreprises de construction et développement, ont petit à petit été assemblées par des volontaires. Certains écoliers ont même déjà repris le chemin des cours mais avec une détermination supplémentaire comme le montre la déclaration d’une élève :“étudier plus durement de sorte que nous puissions reconstruire notre région encore mieux”.
Avec un telle solidarité, le proverbe chinois "Zhòng zhì chéng chéng" (众志成城) prend tout son sens. Ce sont les gens, et non les structures, qui créent une communauté.
Auteur: Geni Raitisoja