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Jacques Attali : "Les Jeux de Pékin, ce n'est pas Berlin !"

Jacques Attali (Image: Wikipedia)Jacques Attali (Image: Wikipedia)

Abordant des thèmes tels que la démocratie, le rôle de la Chine dans l'économie mondiale, ou les Jeux Olympiques, Jacques Attali tient à recadrer certains faits ou comportements. Il nous présente aussi sons essai sur "le scénario du pire", paru dans Le Figaro.

Avec Jacques Attali : philosophe et président de PlaNet Finance.

"Un côté un peu ridicule". C'est de cette manière que Jacques Attali exprime sa pensée quant à la transposition de nos idéaux occidentaux sur les questions chinoises. Refusant un jugement purement ethnocentrique, Jaques Attali stigmatise cette attitude. "60 millions de personnes qui veulent imposer à 1,3 milliard d'autres une façon de vivre (...) ça a un côté un peu ridicule".

Et il interpelle ceux qui prônent une démocratie immédiate en Chine. "Nous avons mis combien de temps pour devenir une démocratie ?", questionne-t-il. Il répond lui-même : "huit siècles !". Il rappelle aussi qu'il y a un peu plus de soixante ans, les femmes n'avaient toujours pas le droit de vite en France. Il n'est donc pas anormal que la Chine, elle aussi, ait besoin de temps pour parvenir à une démocratie au sens occidental du terme. Entre un et deux siècles, estime le philosophe soulignant que cela serait déjà bien plus rapide que dans l'histoire de France.

Selon lui, "ce qui compte c'est la direction", et la Chine est sur la bonne voie.

Pékin , ce n’est pas Berlin

Avec les Jeux Olympique en point de mire, médias et citoyens européens s'insurgent contre le manque de démocratie en Chine et avance la menace d'un boycott des Jeux de Pékin. Dans ce contexte, les médias retracent l'histoire des événements politiques aux jeux Olympiques et bon nombre de journalistes ou d'analystes n'hésitent pas à comparer les Jeux de Pékin avec ceux tenus à Berlin en 1936.

"Les Jeux de Pékin, ce n'est pas Berlin", insiste Jacques Attali. Le gouvernement nazi avait un projet écrit de génocide de peuples qui annonçait des années sombres. Or, "personne ne peut dire cela aujourd'hui de Pékin". Il y a un début de démocratie locale, un début de transparence, une classe moyenne en expansion, la Chine s'ouvre petit à petit au monde via son économie.

L'essentiel des intérêts chinois, c'est la Chine

Une autre source du sentiment antichinois en occident est l'économie chinoise. Pékin a accumulé d'énormes réserves de change grâce à ses surplus commerciaux réalisés ces dernières années. Et si dans son essai d'économie-fiction "le scénario du pire", paru dans Le Figaro, Jacques Attali conclut par la domination chinoise sur le système financier mondial, il ne le pense pas.

"Une Brève historique de l'avenir", le dernier livre de Jaques Attali (Image: fnac.com)"Une Brève historique de l'avenir", le dernier livre de Jaques Attali (Image: fnac.com) Il entrevoit une autre utilisation des 1 700 milliards de dollar de change que possède la Chine, la construction d'infrastructures urbaines en Chine. Parce que "l'essentiel des intérêts chinois, c'est la Chine", il est probable que le gouvernement chinois investisse dans des infrastructures modernes à l'intérieur du pays pour améliorer les conditions de vie de sa population et, par là, éviter tout mécontentement qui remettrait en cause la légitimité du parti communiste. Il espère, d'autre part, qu'une partie de fonds d'investissements chinois profitera aux entreprises européennes.

Sur le marché monétaire, le philosophe ne croit pas au changement de la domination du dollar au profit du yuan, du moins il estime trop tôt pour le dire. Par contre, il n'exclut pas un jeu d'équilibre entre l'euro, le dollar et, peut-être aussi, le yuan.

Le dernier livre de Jacques Attali, "Une brève histoire de l'avenir", Fayard 2006

Auteur: Daniel Ernult


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http://www.radio86.fr/pekin-2008/autour-des-jeux/6081/jacques-attali-les-jeux-de-pekin-ce-nest-pas-berlin