L'inflation chinoises atteint son plus haut niveau depuis 11 ans (Image: Radio86)
L'inflation chinoises atteint son plus haut niveau depuis 11 ans (Image: Radio86)Avec un taux de 7,1 % lors du mois de janvier, l'inflation chinoise bondit à son plus haut niveau depuis 11 ans. Pourquoi les prix à la consommation en Chine sont-ils en pleine croissance ? Quelles sont les conséquences pour l'économie chinoise et les autres ? Que peut faire Pékin pour enrayer la hausse des prix ?
Avec Françoise Lemoine, économiste senior au CEPI. Et Yann Rousseau, correspondant à Pékin du journal Les Échos.
L'inflation a atteint 7,1 % au mois de janvier, un niveau record sur les onze dernières années. À l'origine de ce bond spectaculaire, les intempéries de neige qui frappent l'Empire du Milieu depuis près d'un mois, mais pas uniquement.
Le mois de janvier a vu une hausse des prix de l'énergie en raison du manque d'approvisionnement des centrales de charbon, mais aussi en raison de la hausse des coûts des matières énergétiques, +30 % pour le pétrole brut et 14 % pour le charbon. De plus, comme le dit Françoise Lemoine, "comme on le voyait déjà l'année dernière, il y a une tendance à la hausse des prix en Chine qui est essentiellement due à la hausse des prix agricoles et alimentaires".
"Alimentaire", le mot est lâché. Sur douze mois, la moyenne des prix alimentaires a progressé en moyenne de 37 %, dont l'huile de table 18,2 %, mais surtout la viande de porc, la plus consommée par les Chinois, avec +59 %. Pour la majorité des produits touchés, c'est un fort déséquilibre entre l'offre et la demande qui est responsable de cette situation. Et en ce qui concerne le porc, la situation ne devrait pas s'améliorer avant plusieurs mois. Yann Rousseau explique la hausse des prix du porc par plusieurs épidémies, de peste porcine et de la maladie de l'oreille bleue, dans les élevages chinois, causant la perte de millions bêtes. Il faudra donc du temps pour recomposer un cheptel exploitable.
Pour les consommateurs, c'est principalement les Chinois vivants en zone rurale, et des villes les moins aisées qui sont touchés par l'augmentation des prix (+7,7%) et par la pénurie de certains produits. Dans les grandes villes, l'inflation est légèrement plus faible, +6,8 %.
L'inflation est actuellement le plus grand souci des autorités chinoises qui perçoivent l'augmentation des prix à la consommation comme le plus gros risque pour l'économie chinoise. Pour y répondre, Pékin a annoncé dimanche 24 février maintenir un politique monétaire resserrée avec des mesures "appropriées" et modérées". En 2006, la Banque centrale chinoise a relevé à onze reprises le taux de réserve des banques, et à six reprises les taux d'intérêt. Une politique qui est à double tranchant pour Françoise Lemoine. Car, "plus Pékin relève ses taux d'intérêts à terme, plus elle attire des capitaux étrangers et plus il lui coûte cher d'emprunter pour limiter les effets de l'afflux de devises" étrangères.
D'autre part, Mme Lemoine souligne que dans un pays dont la croissance économique est supérieure à 10 %, il "n'est pas anormal" d'avoir de l'inflation. Il est même plutôt "anormal", selon elle, qu'avec une croissance aussi forte "il n'y avait quasi-pas de hausse des prix". En outre, elle estime que l'inflation ne constitue pas qu'un inconvénient. À la fois en ce qui concerne les producteurs ruraux que pour l'économie en général, puisque la hausse des prix devrait amener une appréciation relative de la devise chinoise ainsi qu'une hausse des prix industriels qui diminueront la compétitivité des usines chinoises à l'export. Mais cette économiste ajoute que ce n'est pas en contradiction avec la volonté du gouvernement chinois. Certes, ce dernier souhaite pouvoir maintenir une croissance forte, mais il a également fait part de son intention de recentrer son économie sur le marché intérieur pour moins dépendre de ses exportations.
Pour les entreprises présentes sur le marché chinois, les effets de l'inflation chinoise ont aussi un coût. Cette semaine, le groupe de distribution alimentaire américain Wal-Mart a annoncé que ses achats directs de marchandises en Chine correspondent à une valeur de 9 milliards de dollars. Selon un responsable du groupe américain, les gains de productivité des fabricants chinois devraient contrebalancer la hausse des prix et l'Empire du Milieu rester un fournisseur important. " peut que nous baissions nos approvisionnements sur certains produits chinois, mais il y a d'autres catégories de produits que nous augmentons". "Ils sont en train d'utiliser la technologie pour fabriquer des produits de qualité d'une manière plus efficace, plus responsable", a fait valoir le vice-président de Wal-Mart, Mike Duke.
Auteur: Daniel Ernult
Source: Chine Nouvelle, Reuters, AFP