On compte plus de 2000 quotidiens en Chine (Image: Intérêt-général.com)
On compte plus de 2000 quotidiens en Chine (Image: Intérêt-général.com)Avec plus de 2200 chaînes de télévision, 2000 quotidiens, 9000 magazines et 300 chaînes de radio, le secteur des médias représente la 4ème industrie de Chine. Un secteur en pleine schizophrénie avec d’un côté la nécessité de rentabilité et l’arrivée de capitaux privés et étrangers et de l’autre le maintien d’un contrôle éditorial.
Etat des lieux des médias en Chine avec Pierre Haski, ancien correspondant de Libération à Pékin et fondateur du site d'informations Rue89, Lucy Liuyi,correspondant à Paris pour Phoenix TV, Pierre-Yves Lochon, spécilaiste des médias chinois et fondateur de ChinaNewsMedia, un blog sur l'actualité des médias en Chine et Jean-Louis de Rauglaudre, Directeur exécutif de Tang Média.
Les médias chinois: entre marché et contrôle politique
Depuis 1995, plusieurs organisations chinoises de médias, subventionnées jusqu’alors par l’Etat, sont devenues plus autonomes financièrement et doivent désormais être rentables. Pour s’adapter à cette nouvelle donne économique, les différents médias ont dû se moderniser et évoluer. Plus de chaînes de télévisions ainsi que de nombreux journaux et magazines ont vu le jour. Il n’y a pas si longtemps pourtant la Chine ne comptait que quelques journaux nationaux et de chaînes de télévision et radio, principalement Le Quotidien du Peuple, La Radio du Peuple et la chaîne CCTV. La Chine compte désormais des centaines de radios, plus de 2000 chaînes de télévision, des milliers de quotidiens , plus de 9000 magazines et plus de 150 millions d’internautes. Moins austères qu’autrefois, les programmes et contenus se sont adaptés aux centres d’intérêts de la classe moyenne émergente. Une évolution qui touche bien plus la forme que le fond. "Il y a une modernité absolue sur la forme et sur la gestion des médias mais du côté du contrôle politique , rien n’a changé" explique Pierre Haski. Les consignes du Parti restent la norme".
Les médias en Chine: un appétissant marché mais les acteurs étrangers restent encore sur leur faim
En 2005, les revenus générés par les secteurs de la presse, de l'audiovisuel, de l'édition, des services télécoms (SMS) et de l'internet ont atteint 320.5 Milliards de Y (40 Mds $ US) selon les chiffres de ChinaNews Media. Un chiffre encore modeste mais qui connaît une progression annuelle de 12%. Une progression qui devrait se poursuivre notamment avec les bonnes prévisions du marché publicitaire. Un marché juteux qui attire les grands opérateurs médias internationaux. Mais pour l’instant la marge de manœuvre des acteurs étrangers est encore limitée. "La diffusion radio, télé et l’exploitation d’un journal restent des monopoles d’Etat" explique Pierre-Yves Lochon. "Les étrangers peuvent avoir des activités commerciales, de régie ou de fourniture de programmes seulement". Mais les règles du jeu ne sont pas toujours claires et les autorités chinoises soufflent régulièrement le chaud et le froid. A titre d’exemple, en avril 2004 une loi chinoise a autorisé les joint-ventures avec des acteurs étrangers dans la production télévisuelle et cinématographique. Les groupes américains se sont alors "engouffrés dans le brèche". Six mois plus tard, la SARFT (l’autorité chinoise de régulation audiovisuelle) a limité cette autorisation à un accord par groupe et 3 mois plus tard, il n’y avait plus d’accord. "Pour réussir, il faut être opportuniste et savoir jongler entre les phases d’ouverture et les phases durant lesquelles le gouvernement resserre la vis" explique Pierre-Yves Lochonnel. Si l’accès au média traditionnel est encore largement verrouillé, il existe des pistes d’investissement pour les étrangers dans la sphère des médias électroniques : internet ou les service mobile.
Internet : le dilemme chinois
Ce n’est qu’en 1994 qu’Internet a véritablement commencé à croître en Chine. En 1995, on comptait à peine 5 000 internautes en 1995, l’année de la commercialisation de l’Internet. En 2007, le nombre des internautes en Chine a été estimé fin juin à 162 millions, avec environ 100 personnes connectées pour la première fois chaque minute, selon le Centre d’information sur le réseau Internet de Chine (CIRIC) mercredi. Près de 122 millions de Chinois ont accès à l’Internet à haut débit. Un quart des internautes chinois, soit 44,3 millions, accèdent à Internet par téléphone, en raison principalement du prix moins élevé, alors qu’un tiers se connectent à l’aide de dispositifs sans fil. 70% des internautes ont moins de trente ans. Avec un taux de pénétration de l’Internet de 12,3%, la Chine compte à l’heure actuelle 9,18 millions de noms de domaine, dont 6, 15 millions se terminant par “cn”.Le nombre de portails Internet était de 1,31 million, le nombre de noms en “cn” augmentant de 137,5% par an pour arriver à 810 000, dépassant le nombre de noms “com” pour la première fois. Entre 2006 et 2007, le marché Internet en Chine a augmenté de 35.6% pour atteindre 10.18 milliards de RMB au premier trimestre. Des chiffres qui donnent le vertige aux géants du web comme Google, Yahoo, Ebay ou encore Amazon mais qui ont pourtant des difficultés à pénétrer le marché chinois. En effet, celui-ci reste encore largement dominé par les acteurs locaux: Google est devancé par Baidu , dans le domaine du e-commerce, eBay est devancé par Taobao ainsi que par Tencent avec son site d’enchère PaiPai. Quant à l’informations généraliste, c’est sina.com qui domine, damnant le pion Yahoo. Mais pour profiter de cette incroyable croissance du net, plusieurs investisseurs étrangers ont révélé des prises de participation dans des sociétés internet chinoises. Selon China News media, l'américain Intel a annoncé un investissement de 12 M$ dans 51.com le principal site communautaire chinois avec plus de 60 millions d'internautes inscrits (soit 44% des intrenautes du pays). e groupe publicitaire britannique WPP a investi une somme non révélée dans la société chinoise de capital risque China Broadband Capital Partners. Quant à Google, il racheté Tianya Club, l'un des principaux sites communautaires chinois. Le montant de l'investissement n'a pas été révélé.
Formidable marché, l’internet en Chine n’en reste pas moins étroitement surveillé par les autorités politiques.Reporters sans frontières en partenariat avec l’organisation Chinese Human Rights Defenders vient d’ailleurs de publier une étude très complète sur la censure imposée par le Parti Communiste chinois. Ce rapport montre et démontre comment les organes gouvernementaux responsables de la censure chinoise organisent le contrôle très strict de l'Internet chinois.Malgré les inquiétudes de certains concernant l’utilisation d’internet pour renforcer la propagande du pouvoir, pour d’autres comme Pierre Haski, cette technologie permet néamnoins une transformation inexorable de la société chinoise. "Le gouvernement a appris à utiliser internet comme un baromètre de la société chinoise explique t-il. Les forums internet sont devenus un petit espaces de liberté surveillée relativement tolérés dans lequel les citoyens peuvent exprimer ce qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs, ni dans les partis politiques, ni dans la presse officielle". Ces deux dernières années ont d’ailleurs été marquées par l’essor des blogs en Chine. Selon l’agence de presse Xinhua, La Chine comptait 34 millions de blogs à la fin du mois d'août 2007, soit 30 fois plus qu'il y a 4 ans.Sur les 123 millions d'internautes chinois, 17 millions (14%) écriraient un blog (28 millions selon une autre source publique) et 75 millions (61%) en liraient régulièrement. Fait marquant, certains blogueurs se mobilisent sur des questions sociales et trouvent un vrai public. " On voit apparaître du journalisme citoyen raconte Pierre Haski. En Chine où les journalistes professionnels peuvent difficilement faire leur travail, les internautes prennent le relais".
On pense notamment à ce blogueur Pékinois qui s’est emparé de l’affaire de la "Maison clou" de Chongqing et de sa propriétaire Madame Wu qui a tenu tête aux autorités et aux promoteurs. Zola Zhou, le blogueur, s’est rendu, sur place , a pris des photos et a rendu cette affaire publique grâce à son blog. Cette histoire a fait le tour de la Chine et Mme Wu a finalement obtenu des compensations financières pour la destruction de sa maison.
"Personne ne sait où est la ligne rouge à ne pas franchir pour ne pas avoir d’ennuis explique Pierre Haski. Mais on voit quand même des choses sur internet qu’on ne verrait pas ailleurs, à la fois au niveau de l’expression d’opinions mais aussi des revendications".
En savoir plus sur les médias chinois:
China News Média: l'obesrvatoire français sur les médias chinois
Auteur: Marion Zipfel
Links:
[1] http://sinapsesconseils.typepad.com/chinanewsmedia/chinanewsmedia/index.html