Yangshuo vue du toit de l'école Long Tou Shan (Image: Radio86)
Yangshuo vue du toit de l'école Long Tou Shan (Image: Radio86)C’est au milieu des collines du Yangshuo que l’on peut trouver une école de Taiji unique : celle de Luo Mei Juan. Cette école est la concrétisation des rêves de Mei de pouvoir s’installer loin de la cohue des villes surpeuplées. Ce lieu, éloigné de tout, permet à ces visiteurs de recevoir des formations en Taiji, Qigong, yoga, thérapie par les massages et même comment préparer des plats végétariens aux saveurs chinoises.
La propriétaire du lieu, Mei, utilise tous ses talents pour pouvoir enseigner toutes les différentes disciplines de son école. Malgré qu’elle ait les arts martiaux dans le sang grâce à son père et son grand-père qui sont eux-mêmes maître Taiji, devenir la propriétaire de l’école Long Tou Shan n’a pas été chose aisée.
“Malheureusement mon père pensait que les filles ne devaient pas pratiquer le Taiji. Chaque fois que je me faufilais pour voir mon père donner une leçon, j’étais sèchement priée de partir. C’était mon frère qui était supposé continuer la tradition du Taiji dans la famille mais il n’était pas du tout intéressé”, se souvient Mei.
À l’âge de 18 ans Mei s’est trouvée elle-même un professeur de Taiji et a commencé à étudier les différentes formes d’arts martiaux très sérieusement. Après des années d’entraînement, elle est revenue voir son père et lui a montré ce qu’elle avait appris. Son père, pas vraiment satisfait du style dont elle avait suivi l’enseignement, a alors décidé de revenir sur sa promesse de ne jamais enseigner le Taiji à Mei.
“Depuis ce moment, il est très fier de mes développements et de mes réalisations dans les arts martiaux internes et externes”, sourit Mei, visiblement très fière de posséder aujourd’hui sa propre école.
En plus des arts martiaux, Mei a également appris différentes thérapies de massage et d’acupuncture, des pratiques inhérentes à la vie d’un pratiquant de Taiji. Le Taiji et des traitements par les massages lui ont d’ailleurs permis d’éradiquer les sérieux problèmes qu’elle avait aux genoux.
“Je me sens bien mieux maintenant que lorsque j’avais 18 ans”, affirme Mei qui y voit également une preuve que la beauté et des exercices physiques intenses ne sont pas réservés à un corps jeune. Elle a un fils qui entre dans sa dixième année, mais elle-même ne parait en avoir que trente.
Une journée à l’école de Mei
6 heures 30, le réveil sonne. Un petit groupe d’étudiant se rassemble dans la cour de l’école. Aujourd’hui, le groupe se compose d’élèves venant de différentes parties du globe. Chine, Allemagne, Finlande, Danemark et Israël sont les pays d’origine de ces élèves matinaux. Avant de se lancer pour un jogging dans les environs, Mei frappe aux portes des élèves absents pour être sûr qu’ils ne veulent pas prendre part aux premiers exercices de la journée.
Les raideurs du matin ne réduisent pas l’enthousiasme du groupe qui suit la foulée énergique du maître Taiji vers les bords de la Rivière Li. Chaque matin, cet endroit sert de lieu pour les exercices traditionnels de Qigong.
Eal vient d’Israël et a connu l’école Long Tou Shan grâce à un ami qui avait visité Yangshuo. “J’ai passé plus de six mois à l’école et je prévois de rester encore un an ou deux. J’ai épargné pendant un an en Israël juste pour pouvoir venir à Yangshuo étudier les arts martiaux chinois. Si je tombe à court, je pense pouvoir gagner un peu d’argent en donnant des cours d’anglais aux gens de la région” dit Eal alors que le groupe s’exerce à accroître le niveau de l’énergie Qi selon les instructions de Mei. Les premiers exercices Qigong terminés, le soleil se lève et on peut entendre des cris venant de la rivière où quelques locaux se baignent par ce matin frais d’octobre.
“Mon grand rêve est d’un jour pouvoir enseigner le Taiji. En Israël, j’ai étudié pour devenir masseur. Je le sentiment que le Taiji peut aider les gens – un genre de thérapie du corps. Le Taiji apprend aux gens à relaxer leur corps et à s’accepter comme ils sont”, considère cet Israëlien après une heure d’entraînement.
La séance d’exercice à l’aube a rendu le petit groupe détendu, mais lui a aussi ouvert l’appétit. De retour à l’école, tous les élèves sont ravis de pouvoir profiter d’un bon petit-déjeuner.
Les étudiants de l’école qui dorment et mangent à l’école ont le plaisir de profiter des délicieux et abondants repas végétariens préparés par la cuisinière de l’école, Ma. Si Mei est aussi responsable des cours de cuisine, c’est mademoiselle Ma qui s’occupe généralement des petits-déjeuners, déjeuners et dîners. Le menu du jour offre des mélanges de plats végétariens et beaucoup de “tofu”. Les légumes viennent directement du potager de l’école et sont associés avec des fruits de mer, du riz et de riches protéines faites à base de soja que Mei considère comme la base d’un régime sain.
“Je suis une exception ici. Je suis le seul à avoir le luxe d’avoir un chouïa de bœuf”, rigole Eal, “je ne peux pas imaginer vivre sans manger de viande !” Mei réagit à son propos en secouant la tête et en souriant. Pour elle, Eal mange trop de viande et de sucre. Lorsque Ma dépose un cinquième plat pour le petit-déjeuner, Mei sert tout le monde. À la fin du repas, elle s’assure que tout le monde a eu assez avant qu’ils aillent faire une petite sieste.
Après ce petit temps de repos, il est temps pour les étudiants d’aller faire quelques exercices de Taiji. Les cours de Mei conviennent aux étudiants de différents niveaux car chacun peut progresser à son propre rythme. De temps en temps, un étudiant défie Mei en combat singulier, c’est fois-ci c’est un élève danois qui s’y colle. Et, doit-on avouer, c’est assez fascinant de voir ce petit bout de femme parvenir à mettre si aisément au sol le solide gaillard scandinave.
“Pour moi, le plus important dans le Taiji n’est pas d’acquérir des capacités pour le combat, mais de maintenir un bien-être physique. Les gens acceptent plus facilement qu’une femme pratique le Taiji pour assurer un bien-être physique plutôt que pour battre un ennemi”, répond modestement Mei lorsque les gens lui expriment leur admiration pour sa technique.
Le Taiji pour les personnes de tous les âges et les aptitudes physiques
Actuellement, il y a moins de dix élèves permanents résidant à l’école de Mei. Nombre d’entre eux sont arrivés là par hasard, lors de voyage de tourisme, et c’est leur curiosité, saisie par les publicités pour l’école, qui les ont poussés à se rendre sur place, au milieu des montagnes, pour voir de quoi il s’agissait exactement. Tout le monde est le bienvenu pour rester à l’école et participer au cours de Taiji, même les novices. De même, l’âge ne représente pas un obstacle, car le Taiji est une forme d’exercice qui convient à tous ceux qui peuvent réaliser des mouvements physiques et qui sont intéressés par le développement de soi.
“Si tu peux marcher, tu peux pratiquer le Taiji", affirme Mei. "En fonction des buts que tu as, tu peux soit utiliser le Taiji pour améliorer ton niveau de bien-être physique ou pour apprendre des techniques de combat que tu pourras utiliser pour te défendre. Mais surtout, le Taiji est une manière d’apprendre à écouter son corps et soi-même en général”.
Pour plus d’informations sur cette école de Taiji, www.longtoutaichi.com
Auteur: Jutta Valkeinen
Interview par: Jutta Valkeinen
Links:
[1] http://www.longtoutaichi.com/