Zhang Yin: La construction d’un empire dans le papier

Zhang Yin: La construction d’un empire dans le papier

Zhang Yin est la self-made woman la plus riche du monde
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Zhang Yin a la réputation de se tenir éloignée des feux de la rampe. En tant qu'entrepreneur, elle ne voit pas l'utilité de se montrer aux yeux du public. Elle n'a toutefois pu éviter de faire les choux gras de la presse, quand le Hurun Report la nomme première fortune de Chine, en 2006. Avec une fortune estimée à 27 milliards de yuans (environ 2,6 milliards d'euros), Zhang est la première femme à avoir jamais atteint la plus haute marche du podium de ce classement.

Des débuts humbles

Zhang a fondé Nine Dragons Paper en 1985, après avoir perdu son job de comptable dans une société de Hong-Kong qui a fait faillite. Il est quasiment inconcevable que ce véritable empire des affaires qu'elle a bâti ait débuté avec la modique somme de 30,000 yuans (2,895 euros), qu'elle était parvenue à économiser. Mais Zhang, qui est issue d'une famille de militaires de Heilongjiang est rompue à une vie de dur labeur.

Money Week rapporte, dans une des rares interviews qu'elle accorde, que Zhang se souvient de son enfance. Elle a vécu au sein d'une famille nombreuse et se souvient n'avoir eu de la viande dans son assiette que durant les vacances. Elle indique que l'absence de possessions matérielles lui a appris la valeur des choses. Elle ajoute que ses parents ont toujours encouragé leurs enfants à faire face à la vie et à régler leurs problèmes en toute indépendance.

Ces mots sages constituent sans aucun doute une part importante de la réussite de cette femme qui est devenue la plus riche du monde devant des femmes comme Oprah Winfrey, la célèbre présentatrice américaine de télévision ou encore la romancière britannique J.K. Rowling, auteur de la série des Harry Potter.

La lente route vers le succès

En 1990, Zhang et son mari, Lai Ming-chung, un docteur taïwanais qui a grandi au Brésil, s'installent à Pomona en Californie d'où ils démarrent une société de collecte de papier. Ils décident d'acheter du papier destiné aux décharges publiques californiennes pour l'envoyer en Chine où il sera recyclé en emballages pour les produits de consommation d'un marché en pleine expansion. La société en question, American Chung Nam, Inc. (ACN), est maintenant le plus gros exportateur de déchets de papier des États-Unis.

In 1996, Zhang revient sur le delta de la rivière des perles pour fonder Nine Dragons Paper. Deux ans plus tard, elle diversifie son activité en produisant du carton afin de satisfaire la demande en emballages, toujours grandissante. Aujourd'hui, Nine Dragons est le plus gros producteur chinois de cartons d'emballages avec une clientèle qui comprend des multi-nationales géantes comme Sony, Nike ou Coca-Cola.

L'étape suivante a consisté à faire de ce business un business familial, Zhang, son mari et son frère Zhang Chingfei, accaparent 72% de la société en lançant une OPA. (Offre Publique d'Achat) sur le groupe. La société entre en cotation à la bourse de Hong-Kong en 2006, la valeur du titre grimpe même de 40% au premier jour de son introduction.

Zhang confie à l'agence de presse officielle chinoise, Chine Nouvelle, que la prévoyance est le facteur clé de sa réussite dans les affaires. "Alors que la plupart des producteurs du marché domestique utilisaient des machines avec des capacités de production inférieures à 50.000 tonnes, notre première machine développait, elle, une capacité de 200.000 tonnes. Nous étions tout simplement plus ambitieux.

La société envisage désormais d'investir 593 millions d'euros dans le doublement de sa capacité en 2009. L'entreprise est également sur le point de construire une usine capable de produire annuellement 800.000 tonnes de papier, qui lui permettra de s'approcher de son but, à savoir la première place mondiale dans le classement des producteurs de papier pour emballages.

De multiples challenges en perspective

Sa position de précurseur est également un facteur qui a contribué au succès de ACN. Les décharges publiques américaines étaient plus que ravies de vendre leurs déchets à bas prix. Le transport maritime était également relativement bon marché dans la mesure ou les bâtiments chinois rentraient généralement à vide après avoir déchargé leurs cargaisons dans les ports américains. Quoi qu'il en soit cette tendance pourrait bien changer. Aux États-Unis, les déchets de papier sont considérés comme des produits et selon Bloomberg, les prix ont grimpé de 100USD (74 euros) la tonne en 1990 à 135USD (100 euros) la valeur actuelle du marché. Le gouvernement américain pourrait également restreindre l'exportation de papier usagé vers la Chine.

L'industrie chinoise du papier est fortement dépendante de l'importation de papier usagé. Le secteur a grandi bien plus vite que n'importe quel autre dans le monde. Le marché chinois est actuellement le second au monde en termes de production avec 49.5 millions de tonnes en 2004, et en termes de consommation avec 54.4 millions de tonnes. La Chine compte en plus quelques 10 millions de tonnes annuelles qui sont brûlées ou enterrées sans servir à la production.

Li Jianhua, un membre du Congrés National du Peuple, a proposé que la Chine légifère sur le système de recyclage du pays en établissant des agences et des standards qui unifieraient le processus. Li y voit un moyen de lutter contre le manque de matières premières qui sévit dans l'industrie du papier et de construire une société efficace dans le domaine des ses ressources.

Zhang réalise également que la protection de l'environnement est partie prenante de son activité. Nine Dragons consacre une moyenne de 2 à 3% de ses coûts pour un projet de prévention de la pollution et l'entreprise surveille l'émission et le traitement de ses eaux sales 24 heures sur 24.

Zhang souligne egalement qu'elle n'a pas fait fortune dans le recyclage de papier. Dans une interview accordée à Women of China, elle déclare: “Qui pourrait devenir riche en recyclant du papier? En fait, ce que j'ai fait toutes ces dernières années, c'est de recycler du papier recyclé en papier manufacturé.”