A qui profite la relance du crédit en Chine?
Les prêts octroyés en janvier en Chine ont totalisé 1 620 milliards de yuans (181 milliards d'euros), soit une hausse de près de 50 % en glissement annuel, selon les derniers chiffres de la Banque de Chine. Cette poussée du crédit bénéficiera t-elle aux petites et moyennes entreprises très fragilisées par la crise et y a t-il un risque de revoir surgir le spectre des créances douteuses qui avaient, il y a quelques années, plombé les banques chinoises?
Avec Hervé Liévore, stratégiste, spécialiste de la Chine chez AXA Investment Managers
Alors que la plupart des économies sont en proie à la crise du crédit, l'économie chinoise, elle, ne manque pas de liquidités. Les nouveaux prêts en yuan ont atteint en janvier un niveau record de 1620 milliards de yuan (181 milliards d'euros) contre 771,8 milliards (86, 23 milliards d'euros). 814,1 milliards de yuans (91 milliards d'euros) de prêts supplémentaires ont été accordés en janvier 2009 par rapport à janvier 2008, selon les derniers chiffres publiés par la Banque de Chine, jeudi 12 février.
Alors que les autorités chinoises avaient ordonné un resserrement du crédit en 2007 et 2008 pour lutter contre la surchauffe, aujourd'hui au contraire, dans le cadre de la politique de relance, elles ont donné le feu vert aux banques chinoises pour injecter des liquidités. Selon Hervé Liévore, stratégiste chez AXA Investment Managers, les entreprises concernées par ces prêts sont celles qui bénéficieront des mesures de relance budgétaire adoptées par le gouvernement. "Il s'agit essentiellement des entreprises qui travaillent dans la réalisation d'infrastructures et dans l'approvisionnement de ces infrastructures précise le stratégiste. En revanche, les petites et moyennes entreprises des secteurs les plus touchés par la crise comme le textile ou les biens de consommation risquent elle d'être en "en retrait" par rapport à cette poussée du crédit".
Cette relance du crédit ravive également le spectre des créances douteuses. "La réduction des ratio de créances douteuses pendant la décennie s'est fait par un accroissement très fort du volume total des credits et ceux qui qui venaient en défaut ont plutôt stagné, ce qui est logique dans une économie dont la croissance en valeur était de l'ordre de 16 à 20%" explique Hervé Liévore. Aujourd'hui avec des taux de croissance beaucoup plus faibles, le risque défaut de paiement des entreprises devrait augmenter. "[i[Le risque est bien réel, je dirais même que ce n'est pas un risque, c'est une quasi certitude: il faut s'attendre à une remontée des créances douteuses[/i]" poursuit le stratégiste d'AXA IM.
Mais ce risque s'il est présent ne doit pas être surestimé selon Hervé Liévore. Grâce à l'extrême liquidité du système bancaire, les banques dans l'ensemble disposent des ressources nécessaires pour faire face à une remontée des créances douteuses. "Même si l'ampleur du problème venait à dépasser toutes les prévisions, le principal actionnaire de ces banques, autrement dit l'état chinois, aurait largement les moyens de venir à la rescousse du système bancaire souligne Hervé Liévore. Parmi les facteurs de risque sur l'économie, la solidité du système bancaire et la remontée des créances douteuses ne figurent pas en tête".

