Les provinces prêtes à tout pour relancer la croissance? par Julie Desné
En Chine, tous les moyens sont bons pour soutenir l’économie. Dans la province du Hubei par exemple, les autorités ont demandé à leurs fonctionnaires de fumer plus. En Chine, tous les arrangements sont possibles pour faire repartir la croissance ?
C’est en tout cas l’avis des autorités de Gong’An. Ce petit comté du centre de la Chine a imaginé une mesure très simple pour sauver l’industrie locale. Faire consommer ses fonctionnaires davantage. Seulement, la consommation ne porte pas sur n’importe quel produit puisqu’il s’agit de cigarettes. Donc en clair, le gouvernement local demande à ses fonctionnaires de fumer plus pour aider l’économie à repartir.
La localité avait des objectifs très clairs : écouler 23 000 paquets de cigarettes 100 % locales sur un an, soit l’équivalent de 440 millions d’euros injectés dans l’économie de la région. La sentence est claire. Les cadres du parti qui rechigneront à prendre quelques taffes de cigarettes produites dans le Hubei seront passibles d’amende. Et pas question de se faire attraper avec des cigarettes produites dans une autre province.
Derrière cet ordre inhabituel se cache une vieille querelle de clochers. La province voisine du Hunan est connue pour son tabac et ses cigarettes se vendent mieux que celles du Hubei. Dans un élan de patriotisme local, les autorités de Gong’An se sont donc dit qu’elles devaient encourager la vente des cigarettes de leur province.
La croissance avant la santé ?
En Chine, la consommation de cigarettes est largement répandue et les campagnes anti-tabac plutôt timides. Il faut savoir qu’ici, près de deux tiers des jeunes hommes sont des fumeurs et les paquets de cigarettes de luxe restent un des must pour faire plaisir aux officiels chinois.
Mais dans le même temps, une prise de conscience émerge face à ce problème de santé publique. Et la presse locale a été la première à tirer la sonnette d’alarme en apprenant l’ordre donné par le comté. Avec un million de morts par an liées au tabac et un fumeur sur trois dans le monde sur son territoire, la Chine n’a pas fini de souffrir des effets de la cigarette.
Les officiels de Gong’An avaient sans doute perdu de vue ces éléments. Et devant le tollé provoqué dans les médias, le petit comté a fait marche arrière en promettant de lever les amendes.
Il faudra être plus créatif pour relancer la croissance à Gong’An. En février, une ville du nord de la Chine avait, elle, promis une Audi aux dirigeants d’entreprises qui embaucheraient des gens de la région. Rappelons que les collectivités locales supportent près des trois quarts du plan de relance à 450 milliards d’euros annoncé par Pékin. De quoi avoir envie de recourir au système D
Julie Desné, journaliste à Shanghai
