Les pérégrinations vers l'Ouest de Wen Jiabao

Les pérégrinations vers l'Ouest de Wen Jiabao

Le premier ministre chinois Wen Jiabao et Klaus Schwab, fondateur du Forum Économique Mondial
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Dans une interview accordée au Financial Times lors de sa tournée en Europe, le premier ministre chinois Wen Jiabao a annoncé que de nouvelles mesures, en plus du plan de relance, allaient être adoptées pour stimuler l'économie. Il a également rejeté la responsabilité de la Chine dans la crise financière.

Dimanche à Londres, lors de la dernière étape de son " voyage de confiance" en Europe, le premier ministre a accordé une rare interview au Financial Times dans laquelle il a exposé sa vision d'une sortie de crise : stimulation intense de l'activité domestique et prudence concernant les engagements à l'international. Autrement dit, ceux qui pensaient que la Chine allaient utiliser une partie de ses colossales réserves de changes (200 milliards de dollars) pour recapitaliser le Funds monétaire international vont être décus. La priorité chinoise est de tout mettre en oeuvre pour stimuler la croissance avant que le ralentissement ne se transforme en véritable récession.
Ainsi au-delà du plan de relance annoncé il y a deux mois, un nouvel effort est nécessaire aujourd'hui a t-il annoncé.

Nous devons prendre des décisions énergiques. Dans certaines circonstances, des mesures nécessaires et extraordinaires sont requises a déclaré Wen Jiabao. Nous ne devons pas nous limiter. Le succès ou l'échec dépend du rythme et de l'intensité de ces mesures".

Le gouvernement chinois veut donc se battre sur plusieurs fronts: Investir massivement dans les infrastructures mais aussi encourager la consommation domestique. "Nous croyons que la consommation des ménages est vital pour le développement économique"  a t-il dit au FT.

Pour de nombreux observateurs et économistes, la Chine doit opérer un rééquilibrage de son économie mais pour développer la consommation des ménages, il faut également les délivrer de la pression que représentent l'éducation, les soins et la retraite. Wen Jiabao a rappelé que la Chine avait pour ambition de mettre en place un filet de sécurité sociale. Il a également rappelé que Pékin allait investir 850 milliards de yuans (96 milliards d'euros) au cours des trois prochaines années dans la réforme de son système de santé.

L'économie rurale est aussi au coeur des priorités avec notamment la recapitalisation de l'Agriculture Bank of China, a annoncé Wen Jiabao. La dernière des cinq grandes banques devrait recevoir près de 30 milliards de la part de l'Etat a t-il dit au Financial Times.

Aux questions abordant la responsabilité de la Chine dans la crise, le premier ministre a adopté un ton plus défensif. Il réfute notamment les propos de l'ancien Secrétaire d'Etat au Trésor Henri Paulson qui avait déclaré que l'épargne chinoise était en partie responsable de la crise actuelle. “Je pense que la raison principale de cette crise financière globale se trouve dans les déséquilibres de certaines économies. Depuis longtemps, elles ont un double déficit et maitiennent une consommation importante grâce à l'emprunt. Lorsqu'une telle bulle explose, c'est le monde entier qui est exposé au désastre" a t-il dit.

D'un revers de la main, il a également balayé la question de la "manipulation"  du yuan. "C'est complètement infondé" a t-il rétorqué. "Le yuan s'est apprécié de 21 % depuis 2005".

Le premier ministre s'est également refusé à tout engagement de ne pas dévaluer le yuan durant la crise. "Je veux que cela soit très clair, maintenir la stabilité du yuan à un niveau équilibré et raisonnable n'est pas seulement dans l'intérêt de la Chine mais du monde entier. Nombreux sont ceux qui n'ont pas encore vu que s'il y avait une fluctuation importante du taux de change du renminbi, ce serait un désastre" .

Concernant les bons du Trésor américains, Wen Jiabao a déclaré que la Chine qui en est la première détentrice, continuerait de jouer un rôle important mais qu'elle réfléchissait à sa stratégie d'investissement de long terme de ses réserves de change pour l'après-crise. "Nous devons prendre en compte la sécurité et le bon rendement pour nos réserves de changes" a t-il fait observer.

Très attendu sur la question des responsabilités internationales de la Chine, Wen Jiabao a répondu qu'il n'entendait pas être contraint à des engagements trop coûteux. Il a rejeté toute idée d'utilisation d'une partie des réserves de change pour recapitaliser les organisations financières internationales, notamment le FMI. "Tout processus de réformes du FMI doit commencer par une réorganisation des droits de vote afin de donner un plus grand poids aux pays émergents et non par une injection de capitaux" a t-il déclaré au FT. Le premier ministre a rappelé que la Chine restait un pays relativement pauvre et que les défis qui l'attendent limitent nécessairement sa générosité. Il a d'ailleurs utilisé le même argument pour rejeter tout engagement de réduction de gaz à effet de serre dans la cadre de la révision du protocole de Kyoto. "La Chine va fixer ses propres objectifs afin d'améliorer l'efficacité mais pour un pays émergent cela va être difficile de mettre en place des quotas pour la réduction de nos émissions".

Quant aux questions concernant les réformes politiques et une éventuelle libéralisation du système, le premier ministre chinois a répondu que contrairement à une idée largement répandue en Occident, la Chine n'a pas peur des élections et de la démocratie. " C'est seulement si vous avez la confiance de votre peuple que vous resterez au pouvoir" a t-il répondu.