Huang Youyi – La traduction comme outil de communication inter culturel
Huang Youyi est le vice-président et secrétaire général de l’Association Chinoise des Traducteurs, ainsi que le vice-président de la Fédération Internationale des Traducteurs (FIT). Lors d’une visite récente en Finlande, Huang a évoqué les challenges auxquels doit faire face l’industrie globale de la traduction.
Alors qu’il se trouvait en Europe, Huang en a profité pour assister au forum 2009 de la CIUTI (Conférence Internationale Permanente d'Instituts Universitaires de Traducteurs et Interprètes) à l'université de Genève.
Pourriez-vous nous parler de la FIT et du rôle qui vous est dévolu?
La FIT est la plus grande association non-gouvernementale de traducteurs venus du monde entier. Actuellement nous comptons 120 organisations membres, réparties dans 60 pays à travers la planète. L'Association Chinoise des Traducteurs est une des plus grandes de cette instance internationale. La FIT possède de nombreuses commissions qui organisent des séminaires comme l'enseignement technique de la traduction et plein d'autres choses touchant à la littérature et à la communication inter-culturelle. Tous les trois ans, nous avons une conférence internationale des traducteurs. La dernière fois que j'étais venu en Finlande, c'était à l'occasion du 17ème Congrès Mondial de la FIT, organisé en 2005 à Tampere. L'année passée, en 2008, pour le 18ème Congrès, nous étions à Shanghai. Le prochain sera tenu aux États-Unis, en 2011. Je pense qu'il s'agit d'une plate-forme unique pour tous les traducteurs et interprètes du monde entier, qui se réunissent pour discuter de sujets qui les concernent tous.
Quels sont les problèmes que vous avez à gérer à l'heure actuelle?
L'un des soucis majeurs que nous avons concerne les droits de propriété intellectuelle des traducteurs, les écrivains et les auteurs sont bien protégés dans ce domaine mais pas les traducteurs, qui non seulement, ne sont pas bien payés mais qui voient en plus leur travail se faire pirater dans différentes parties du globe. La technologie est une bonne chose pour la diffusion des informations, si vous prenez Google Reader, par exemple, on y trouve un nombre incalculable de nouvelles techniques, mais d'un autre côté, on y retrouve aussi le travail de traduction de beaucoup de gens, qui ne reçoivent aucune compensation pour cela. C'est l'une de nos principales préoccupations. Vous avez aussi beaucoup de traducteurs ou d'interprètes qui doivent se rendre dans des pays en guerre, comme l'Irak en ce moment, beaucoup de ces personnes trouvent la mort sans la moindre reconnaissance.
Comment êtes-vous arrivé à vous impliquer dans cette fédération? Avez-vous un passé dans la traduction?
Oui, j'ai étudié l'anglais à l'université. Après cela, j'ai trouvé un job dans une entreprise, dans laquelle je suis d'ailleurs toujours, le Chinese International Publishing Group, qui publie beaucoup de choses en langues étrangères et où je travaille comme traducteur. C'est par ce biais là que je suis devenu secrétaire général de l'Association Chinoise des Traducteurs. Nous avons un demi million de membres à travers le pays. Mes collègues et moi, sommes peu à peu devenus très actifs dans cette association et nous avons beaucoup échangé avec d'autres traducteurs dans le monde. À la fin de cette année, nous organiserons le 6ème Congrès National des traducteurs chinois.
Parlez nous un peu de l'enseignement de la traduction en Chine...
C'est un gros truc. Nous avons deux facteurs qui nous indiquent à quel point l'industrie de la traduction a progressé en Chine. Le premier est l'enseignement, pendant des années, les gens pensaient qu'ils suffisait de parler des langues étrangères pour devenir traducteur ou interprète, professionnellement parlant, ce n'est pas le cas. La traduction ou l'interprétariat sont des matières à part entière, vous devez réellement les étudier. Nous ne parlons pas seulement de langues étrangères, mais nous parlons également de cultures. Les universités chinoises sont devenues très actives dans ce domaine et proposent des cours ainsi que ce que nous appelons le MTI, le master de traduction/interprétariat, je suis d'ailleurs le président de la commission nationale de ce cursus MTI. Beaucoup d'université sont en compétition pour proposer cette formation, le rôle du comité est de se rendre dans ces universités pour vérifier qu'elles ont les compétences pour dispenser ce genre d'enseignement. Nous devons nous assurer également qu'elles disposent des structures adéquates. Si vous enseignez l'interprétariat, par exemple, vous avez besoin d'équipements vidéos. Nous devons donc vérifier tout ce genre de choses, c'est une espèce d'audit. À l'issue de ce travail, la commission se réunit et débat à propos de l'homologation ou non de l'université concernée.
Avez-vous assez de traducteurs en Chine pour combler la demande croissante?
Habituellement, dans le monde de la traduction, on considère que la traduction de la langue maternelle en une autre langue est un mauvais choix. Mais pour nous les Chinois, c'est le seul choix, car nous n'avons pas beaucoup de personnes en dehors de la Chine, qui peuvent traduire du chinois en une autre langue, c'est une langue trop difficile. Alors, nous le faisons. Beaucoup d'universités chinoises se sont focalisé sur l'enseignement de la traduction du chinois vers l'anglais. C'est une discipline en plein essor.
Comment voyez-vous l'évolution de ce métier dans l'avenir?
Nous avons effectué des tests, traduction humaine contre traduction électronique. Quand nous touchons des domaines techniques, comme la chimie par exemple, la machine est capable de faire quasiment tout le travail, mais nous parlons ici de culture, comment les gens pensent, ce qu'ils ressentent, seul l'être humain peut mener bien à ce travail. Je pense que les avancées technologiques aident l'industrie de la traduction, mais elles n'élimineront jamais les traducteurs.

