Multiplication des accidents industriels en Chine: comment réagit Pékin?

Multiplication des accidents industriels en Chine: comment réagit Pékin?

Pékin a décidé de réagir face aux dangers que représente l'industrie sur un plan environnemental
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La marée noire de Dalian et les récentes fermetures d'usines polluantes, sur ordre de Pékin, ont fait ressurgir le spectre des accidents industriels en Chine et de la pollution liée à ces activités. Comment le gouvernement chinois aborde-t-il ce problème écologique?

Benoît Vermander, sinologue et politologue, auteur du livre "Chine verte ou Chine brune, les défis de l'Etat-parti" paru aux presses de Sciences-Po, nous livre le fruit de son travail et de ses rélexions. (pour écouter la totalité de l'entretien, vous pouvez cliquer sur le fichier audio, en haut à droite de l'article).

Devant la fréquence et l'ampleur des derniers accidents d'origine industrielle, Pékin hausse le ton et vient d'ordonner la fermeture de plus de 2.000 usines du pays, jugées obsolètes et dangereuses pour l'environnement. Simple effet d'annonce ou intention véritable de saisir à bras-le-corps un problème qui "empoisonne" le pays?

Pour Benoît Vermander, la Chine a réellement pris conscience de ses soucis d'ordre environnementaux. L'opinion publique chinoise est très mobilisée sur les problèmes liés à l'environnement et dès qu'un accident survient, les internautes s'emparent de l'information et la diffusent dans de larges proportions. La médiatisation grandissante est également un vecteur qui permet d'accélérer une forme de conscience écologique qui se développe sans cesse. La Chine ne peut plus, désormais, dissimuler les problèmes qu'elle rencontre.

Pékin se rend compte que sa croissance économique n'est pas le garant de sa stabilité sociale. Le pouvoir chinois réalise en effet que l'importance de se développer rapidement met entre parenthèses les nécessités écologiques, le pays bute sur les contradictions de son modèle de développement.

Le gouvernement chinois prend donc des mesures et, parmi elles, cette fameuse fermeture de 2.000 usines, considérées comme dangereuses pour l'environnement. Un proverbe chinois dit: "Il faut tuer le poulet pour effrayer les singes". La mesure fixée par Pékin fait office d'avertissement pour tout le monde, surtout pour les grosses entreprises qui ignorent superbement, depuis des années, les recommandations du gouvernement central. Fidèle à sa tradition, le Chine procède à des essais sur des échantillons avant de dupliquer à grande échelle sur le pays, l'approche est graduelle.

La tâche qui attend le gouvernement central est énorme. Pékin doit contourner les obstacles qui se présentent sur sa route. La corruption est le principal écueil rencontré par le pouvoir chinois. La Chine est minée par des groupes puissants qui ont des intérêts contradictoires. La diffusion des responsabilités rend difficile la mise à l'écart des fautifs en cas d'incidents. Les contrôles sont rendus quasiment impossibles à effectuer.

La dépendance énergétique au charbon est le second problème de taille qui est proposé aux dirigeants chinois. La Chine a d'ores et déjà commencé à favoriser des coopérations techniques avec d''autres pays et notamment les États-Unis avec l'objectif d'obtenir des entreprises plus grosses dans ce domaine d'activité et qui seront capables d'investir dans des technologies très développées qui favoriseront la réduction des émissions polluantes.

Pression internationale ou non, la Chine veut réformer sa gouvernance écologique. Les Chinois ont conscience de l'impact négatif du pays lors du sommet de Copenhague et souhaitent rétablir l'image de ce dernier au prochain sommet de Cancun. On verra donc une stratégie chinoise offensive avec des propositions concrètes.