Le scandale du lait frelaté souligne les déficiences du système alimentaire en Chine

Le scandale du lait frelaté souligne les déficiences du système alimentaire en Chine

Li Changjiang est le premier officiel de haut-rang à être éclaboussé par le scandale
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Le scandale qui touche la Chine de plein fouet démontre avec quel «flou» les entreprises achètent des produits laitiers, de la viande et des légumes et augmente l’inquiétude liée à une propagation des contaminations chimiques dans l’industrie alimentaire du pays, selon des experts et des cabinets d’avocat.

La plupart des entreprises s’approvisionnent auprès de filières non réglementées de fermiers locaux, ce qui rend difficile le contrôle de la traçabilité et de la qualité des produits, explique Brian Yu,l'un des associés de JL McGregor & Co, une société de recherche spécialisée sur la Chine.

``Nous faisons face à un échec du système'' dit Yu, cité par Bloomberg, qui dirige des études sur les industries agricoles chinoises et plus particulièrement sur les engrais, le bœuf et l’alimentation biologique. ``Ce n’est pas uniquement le problème d’un seul fermier ou d’une société, c’est le problème de la chaîne d’alimentation dans sa totalité'' poursuit-il.

Le lait frelaté a causé la mort de quatre enfants et affecté quelques 53.000 bébés à travers la Chine. Ce scandale a fait baisser les ventes des produits laitiers chinois dans de nombreux pays, du Japon en passant par le Gabon en Afrique de l’ouest. Le superviseur en chef de la qualité a été mis à pied dès que les informations qui concernent l’ajout de mélamine dans le lait ont été révélées.

``Le contrôleur de qualité, qui supervise une gamme très large de domaines devrait se concentrer davantage sur la sécurité alimentaire,'' dit Wilfred Feng, un scientifique de Shanghai qui travaille pour le cabinet d’avocat Keller & Heckman LLP, spécialiste en droit alimentaire, sur le site de Bloomberg.

``Ils établissent tout un tas de règlements pour des produits comme les feutres et les stylos à bille, qui sont des produits totalement sans risque,'' rajoute Feng à nos confrères de Bloomberg. ``C’est un gaspillage des ressources gouvernementales. On ferait mieux de se consacrer sur les industries et les produits qui présentent un réel danger pour la santé publique.'' conclut-il.

Non homologuées

Le ministère de l’agriculture explique que les entreprises de produits laitiers s’approvisionnent auprès de centrales de collecte. Il n’existe pas de régulations nationales et d’organismes de contrôle dans le domaine. La plupart de ces centres n’est même pas homologuée par le gouvernement.

Le groupe Sanlu, basé dans la province de Hebei, est la première entreprise chinoise à avoir été frappée par le scandale. La société aurait acheté du lait contaminé à la mélamine auprès de 372 centrales de collecte différentes, et ce, depuis avril 2005, précise Yang Chongyang, le gouverneur adjoint de la province, dans les colonnes de Bloomberg.

China Mengniu Dairy Co, Inner Mongolia Yili Industrial Group Co et Bright Dairy & Food Co, les plus grosses entreprises chinoises de produits laitiers, si l’on se réfère à la valeur des marchés boursiers, font partie des 22 sociétés impliquées dans le scandale, selon le gouvernement chinois.

Un échec retentissant

``C’est un échec du modèle de business utilisé par l’industrie alimentaire du pays. La confiance des consommateurs est particulièrement touchée'' ajoute Yu, sur Bloomberg.

Certaines banques, comme Merrill Lynch & Co. Inc. et Morgan Stanley ont réduit les prévisions de chiffres d’affaire de plusieurs sociétés, estimant que l’entaille faite à la confiance des consommateurs aura des répercussions. Le premier ministre Wen Jiabao, a ordonné une restructuration de l’industrie laitière.

L’agence officielle Chine Nouvelle rapporte que Li Changjiang, le directeur de l’administration de la supervision de la qualité, de l’inspection et de la quarantaine a été limogé hier, devenant ainsi l’officiel de plus haut rang atteint par le scandale.

La mélamine permettait de donner au lait un aspect plus riche en protéines et de limiter les coûts pour les producteurs. Les produits chimiques ont également été mis à l’index, l’année dernière, lorsque des milliers de chats et de chiens ont trouvé la mort aux États-Unis, suite à l’importation de produits chinois frelatés.

``L’industrie alimentaire est pleine de pratiques peu scrupuleuses,'' dit Tommy Xiao, directeur de recherches à Shanghai JC Intelligence Co., spécialiste de l’alimentation destinée aux animaux, sur le site de Bloomberg.

Un peu plus tôt dans l’année, des quenelles empoisonnées aux pesticides avaient affecté et rendu malade une dizaine de personnes au Japon. Ces deux dernières années, les autorités avaient également trouvé du colorant industriel dans des œufs de canard et des fongicides cancérigènes dans du poisson.

Le plus gros challenge

``Le plus gros challenge auquel on doit maintenant faire face est de contrôler étroitement ce que font les producteurs,'' dit Dennis L. Erpelding, responsable des relations avec le gouvernement pour Elanco Animal Health, une division de Eli Lilly and Co. qui fabrique des additifs alimentaires. ``La définition du volume pur et le nombre de fermiers représente un vrai problème.'' confie-t-il au journaliste de Bloomberg.

L’augmentation des coûts pour les fermiers laitiers qui «gèrent» le lait avant de le vendre aux producteurs, les a conduit à trouver des solutions de «rattrapage», déclarent les analystes, parmi lesquels figurent Heather Hsu et Janet Lai de CLSA Asia Pacific Markets.

``En rognant sa marge, l’économie de la chaîne laitière, devient pauvre, fragile et problématique.'' annoncent conjointement nos deux analystes sur le site de Bloomberg. ``Cet empoisonnement du lait n’est que la conséquence inévitable de l’étreinte qui se resserre autour des fermiers laitiers'' concluent-elles.

"Des problèmes, comme ceux qu’on a connu avec les 21 millions de jouets Mattel, rappelés l’année dernière sont faciles à régler en comparaison, du fait de la possibilité de contrôler les chaînes de production", termine Yu.

Source du texte:
Bloomberg