Le rôle de la Chine au sommet climatique de Copenhague
Les leaders mondiaux se réunissent cette semaine à Copenhague dans le cadre de la conférence mondiale pour le changement climatique organisée par les Nations-Unies, pour tenter de conclure un accord sur le climat.
Bien que le futur de notre planète soit dans la balance, d'aucuns sont pessimistes sur le fait que la conférence accouche d'avancées significatives dans la lutte contre le réchauffement climatique global.
Dans une interview exclusive accordée à Radio86, Jørgen Delman, professeur des études chinoises à l'université de Copenhague, porte un regard plus précis sur les obstacles éventuels et le rôle de la Chine, dans les négociations.
R86: Pouvez-vous nous dire quels sont les objectifs principaux de la Chine? Quels sont les arguments utilisés par les Chinois lors de ces négociations?
JD: Je pense que l'argumentation principale de la Chine réside dans le fait qu'elle ne veut pas d'un accord qui repose sur sa propre réduction d'émissions de CO2. La Chine est toutefois prête à contribuer, de manière constructive, à l'obtention d'un accord global. La Chine a d'ailleurs annoncé, il y a quelques jours, une réduction de ses émissions de carbone de l'ordre de 40 à 45% par unité de PNB. Cela veut dire qu'il n'y aura pas de limites fixées sur les émissions de CO2 chinois. Cela signifie également que la Chine veut s'assurer, dans un premier temps, de la continuité de sa croissance économique et à partir de là, mettre en place une politique de réduction graduelle de ses émissions de CO2. La condition non-négociable est le maintien de cette croissance économique. La proposition devient dès lors acceptable pour les Chinois, dans la mesure où ces accords n'entravent pas leur croissance et leurs possibilités de rejoindre les pays développés.
Dans quels domaines la Chine est-t-elle prête à des compromis?
Je pense que les propositions chinoises de réduction des émissions, à horizon 2020, sont le signe d'une bonne volonté, mais l'on peut négocier davantage. Il existe encore de la place pour faire quelques concessions, peut-être augmenter ce pourcentage de réductions ou éventuellement réduire la période, on peut encore en discuter. Une autre priorité pour la Chine est le financement. La Chine est un pays en voie de développement et tous ces pays (en voie de développement) se sont mis d'accord pour que les pays développés participent de manière considérable au financement des mesures qui doivent être mises en place pour modifier la donne climatique actuelle. La Chine a réclamé que les pays développés contribuent à hauteur de 1% de leur PNB en supplément de ce qu'ils attribuent déjà aux systèmes internationaux de développement. Bien entendu, cela constitue un idéal, mais je crois que, la aussi, tout est négociable. J'ai entendu des voix chinoises dire “Bon, 0.25, 0.5, peut importe, du moment que les pays développés s'engagent.” Un autre point sur lequel la Chine et les autres pays en voie de développement se focalisent est l'assurance que les mécanismes qui se mettront en branle sous ce nouveau régime d'après-Kyoto, favoriseront les transferts de technologie en direction des pays émergents. La Chine, notamment, est à l'affût de transferts substantiels de technologie, elle n'est pas seulement intéressée par l'achat d'équipements mais également par l'observation des systèmes des pays développés avec l'objectif de hisser sa propre capacité pour la production de ses propres technologies. Bien sur, on parle ici de technologies qui permettent une amélioration de l'efficacité énergétique dans un nombre de secteurs différents. On parle de moyens qui permettent de développer la capacité des énergies renouvelables, de développer tous ce que les Chinois appellent ironiquement les technologies indigènes.
Ce sont donc tous les domaines dans lesquels les Chinois peuvent faire des concessions?
Je pense que ce sont les principaux en tous cas. Il existe aussi les détails de financement, de mise en œuvre et les détails techniques, je pense que durant ce processus de négociations, on assistera à des compromis. Mais je pense que j'ai mentionné auparavant les domaines importants.
Quel sera le rôle de la Chine dans ces négociations?

Je pense que la Chine se voit essentiellement elle-même comme un pays en voie de développement. La Chine sera donc l'alliée voire le leader des pays émergents. Mais la Chine n'a jamais tenté ni d'ailleurs acquis la légitimité pour être le leader des pays en voie de développement. On a toujours assisté à une compétition entre la Chine et l'Inde pour s'approprier ce rôle. La Chine réalise, pour l'heure, qu'elle peut constituer un allié de valeur pour les pays émergents en raison du poids qu'elle représente dans la négociation. Dans le même temps, la Chine est le pays qui émet le plus de CO2 dans le monde à l'heure actuelle, elle a même surpassé les États-Unis en 2007. Cela fait de la Chine un partenaire de négociation quasiment au même rang que les pays industrialisés. En deux mots, la Chine sera intercalée entre les pays en développement et les pays riches et c'est peut-être la position idéale pour un pays qui pourrait jouer un rôle de courtier. Je pense que la Chine détient la confiance des pays en développement ainsi que celle de la plupart des pays développés et cela lui donne la légitimité de jouer ce rôle d'intermédiaire. La Chine est suffisamment grande, son économie est suffisamment puissante et les efforts qu'elle produit sur un plan national pour opérer un redressement du changement climatique sont suffisamment sérieux et significatifs pour qu'elle revendique, à juste titre, ce rôle de médiation dans le processus. Je pense que c'est sous cette forme que la Chine se verrait bien participer aux négociations. Je pense que la Chine possède les ressources diplomatiques et l'influence politique nécessaires pour remplir cette fonction.
Comment se trouvera la Chine au sortir de ces négociations?
En imaginant que des accords soient trouvés, je pense que la Chine sera considérée comme un sérieux protagoniste de l'échiquier mondial et prendra une part prépondérante dans le développement du nouveau régime d'après-Kyoto. Ces négociations pourraient définitivement asseoir la position internationale de la Chine, ce qu'elle essaye d'ailleurs de faire avec un certain succès depuis dix-quinze ans. La Chine se veut être une puissance responsable, pas une super-puissance, mais une puissance majeure. La Chine pourrait profiter de ces négociations pour jouer un rôle plus important à l'échelon de la politique mondiale.
Quel genre d'accord pourrait-on obtenir?
Il est très difficile de le dire mais je pense que ce sera un accord politique, que tous les grands leaders auront approuvé. Nous avons besoin d'un accord politique, nous devons être en mesure de signaler au monde que cette nouvelle donne implique que l'on doit observer des progrès par rapport à la situation actuelle. La seule chose que nous avons observé pour l'heure est l'annonce faite par les grandes puissances des objectifs qu'elles estiment réalistes. Nous allons assister à des concessions de part et d'autre.
La principal question est de savoir comment mettre en œuvre cette nouvelle donne climatique et comment la financer. Je ne suis pas certain qu'on arrive à voir dans cet éventuel accord des messages suffisamment clairs par rapport à ce qui se fera dans le futur, mais le plus clair sera le mieux. Nous aurons en tous cas une forte demande d'indications claires à propos de ce qu'il va se passer. D'un côté vous avez les États-Unis, qui semblent affaiblis politiquement car leur président, Barack Obama n'a pas obtenu le support nécessaire du Congrès avant les négociations et de l'autre, les pays en développement, qui ont clairement indiqué qu'ils voulaient voir un progrès, car ils seront les plus sérieusement touchés par les changements climatiques et enfin, au milieu, vous avez la Chine. C'est la raison pour laquelle la Chine est si importante dans le processus d'obtention d'accords.

