La Chine a soif
Trop peu et trop polluée, l’eau est devenue en Chine une préoccupation majeure du gouvernement chinois. 7 millions d’hectares touchés chaque année par la sécheresse, 320 millions d’habitants des campagnes ne disposent pas d’eau potable sûre, plus de 400 villes souffrent d’un approvisionnement en eau insuffisant, et 110 d’entre elles se trouvent dans une situation critique. Le manque d’eau pourrait-il menacer la survie de la nation chinoise comme le redoutait déjà il y a huit ans l’actuel premier ministre Wen Jiabao?
Avec Jacques Gravereau , Président de l’Institut HEC Eurasia
Dans le nord de la Chine, 400 millions de personnes vivent avec 700m3 d’eau par habitant soit en dessous du "seuil de pauvreté en eau" fixé par la FAO à 1000 m3 d’eau par habitant. Dans la région de Pékin et de Tianjin, ces réserves en eau ne sont que de 230 m3 par habitant. Selon Jacques Graverau, " le Nord de la Chine est en voie de Sahélisation et Pékin risque de ressembler à Tamanrasset ".
La Chine est en effet confrontée à un double problème de quantité et de qualité de l’eau. Le Nord de la Chine est en proie à une désertification progressive en partie liée à la déforestation. " Il n’y a plus de barrière entre le désert de Gobi et le nord de la Chine explique Jacques Gravereau. A Pékin, l’intensité des nuages de sables a été multiplié par deux ou trois en quelques années seulement ". Quant à la qualité de l’eau, elle est aujourd’hui la victime de vingt années de développement économique à marche forcée. "Nitrate, métaux lourds et même arsénic…dans de nombreux cas l’eau est tellement dense en métaux lourds que sa consommation devient dangereuse" déplore le président de l’Institut HEC-Eurasia.
Agir: la course contre la montre
Le 11e plan quinquennal a fixé de nombreux objectifs afin d’améliorer la gestion des ressources en eau. De nombreuses municipalités se dotent de partenariats public/privé avec des entreprises étrangères pour la construction de stations d’épuration, d’usine de traitement d’eau. Face au problème d’eau dans le Nord de la Chine, le gouvernement chinois a remis à l’ordre du jour le projet pharaonique pensé par Mao en 1952 visant à transférer l’eau du Sud vers le Nord. Un projet qui porte sur 10km 3 d’eau permettant ainsi d’étancher la soif du Nord de la Chine. "Ce projet pharaonique est techniquement faisable mais c’est une course de vitesse car la situation hydrique de la Chine se dégrade jour après jour " explique Jacques Gravereau.

