Climat : Etats-Unis-Chine, symboles du clivage nord-sud
Alors que se profile la conférence de Copenhague, on semble bien loin d'un accord dans la lutte contre le réchauffement climatique. Etats-Unis et Chine apparaissent comme les portes drapeaux des deux camps qui s'opposent. Compte rendu de la situation et interview d'Eric Meyer, un journaliste spécialiste de la Chine et auteur d'une étude sur le sujet.
Le mystère de l'après 2012
Du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague se jouera en partie l'avenir de notre planète, menacée par le réchauffement climatique. Malgré l'urgence, les négociations risquent d'être difficiles pour déterminer l'après 2012, fin du protocole de Kyoto. Chacun a leur manière, la Chine et les Etats-Unis sont devenus les fers de lance des deux principaux camps à s'opposer : les pays en développement qui veulent garder leurs avantages actuels, et les pays riches qui veulent désormais répartir l'effort.
Ce clivage existe autant à l'échelle mondiale, que régionale, comme l'ont montré les difficultés rencontrées par les pays de l'Union européenne à adopter une stratégie commune. Si bien qu'à l'heure actuelle, la tendance est plus au pessimisme qu'à l'optimisme concernant la future conférence de Copenhague.
"Un nouveau traité international à part entière dans le cadre de la Convention [Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ndlr], je ne crois pas que cela va arriver. (...) Si vous voyez le peu de temps qui reste avant Copenhague, c'est clair" avait récemment déclaré au Financial Times Yvo de Boer, principal responsable aux Nations unies sur le dossier du réchauffement climatique.
Mais qui veut tuer Kyoto ?

Le principalement point d'achoppement aux négociations concerne l'après Kyoto. Le protocole, non signé par les Etats-Unis, s'achève en 2012 et se révéle majoritairement contraignant pour les pays développés l'ayant signé, comme les membre de l'UE ou le Japon.
Les pays riches, en particulier les Etats-Unis, voudraient réajuster les efforts dans la réduction des émissions de CO², ce que les pays émergents comme la Chine ou l'Inde refusent catégoriquement au nom de la responsabilité historique des pays du nord.
L'Empire du milieu est d'ailleurs monté au front le 5 octobre par la voix de son représentant à Bangkok, Yu Qingtai, accusant les pays riches de vouloir "tuer" le protocole de Kyoto : "Nous assistons aujourd'hui clairement à des déclarations et des actes qui entraîneront la fin du protocole de Kyoto".
Or, pour l'officiel chinois, les termes de l'accord signé en 1997 doivent être préservés : "C'est comme si, dans les cinq dernières minutes d'un jeu, un joueur mettait en avant un ensemble de nouvelles règles, un nouveau format, un nouveau mandat et attendait de l'autre joueur qu'il accepte cela comme une condition préalable à tout progrès."
La Chine et les Etats-Unis finalement sur la même longueur d'ondes ?

La situation apparaît donc dans une impasse, d'autant plus que selon Eric Meyer, que nous avons invité à réagir dans l'émission Chine Hebdo du 17 octobre (à écouter en podcast lié à cet article), les arguments avancés par chaque partie sont "légitimes". Le principal problème reste que la situation actuelle n'est pas viable à long terme.
Ce qui devrait donc pousser les différents pays à trouver un terrain d'entente. La Maison Blanche a ainsi fait état d'une conversation téléphonique entre Barack Obama et son homologue chinois Hu Jintao : les deux présidents se seraient promis d'oeuvrer ensemble pour le succès de la conférence de Copenhague, l'agence Xinhua citant même des propos du numéro un chinois sur "les défis et intérêts communs".
Ces arguments ont été réiterés ce mercredi à Pékin par le Premier ministre chinois Wen Jiabao en marge de l'ouverture du Forum Stratégique pour la Coopération Chine/Etats-Unis sur les énergies propres.

