Carte postale : la marée noire de Dalian

Carte postale : la marée noire de Dalian

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Le 16 juillet dans le port de Dalian (Nord-Est), principal site de réserves stratégiques en pétrole de la Chine (57 tonnes par an), deux oléoducs ont explosé dans le terminal réservé aux hydrocarbures. Résultat, 1500 tonnes de fioul (officiellement) se sont déversées dans les eaux de la Mer Jaune, s'étalant sur une surface entre 430 et 800 kilomètres carrés.

C'est une mauvaise manœuvre de désulfuration dans deux oléoducs, lors du déchargement d'un pétrolier, qui aurait conduit à un incendie dans un réservoir de Xingang, le terminal du port de Dalian réservé aux hydrocarbures.

Officiellement, 1500 tonnes de pétrole brut se sont déversées dans la Mer Jaune. En comparaison, pour le naufrage de l'Erika en Bretagne en 1999, il s'agissait de 10 000 tonnes. Mais ces chiffres sont peut être sous-estimés par les médias officiels. La seule certitude est que les conséquences négatives seront nombreuses car Dalian est un pôle pour la pêche, le tourisme et l'industrie.

Moyens mis en œuvre

De nombreux volontaires, des pompiers et des militaires ont été sollicités pour nettoyer les plages et les eaux. Certains des pêcheurs réquisitionnés auraient touché 30 euros par bidon de fioul récupéré (4-5 euros à payer pour le bidon vide).

Selon le vice-maire de Dalian, 8500 bateaux de pêche et 266 navires spécialisés ont été réquisitionnés au plus fort de la catastrophe. S’y sont ajoutés 40 kilomètres de barrières et 65 tonnes de tapis absorbants. Pas loin de 15 millions d'euros ont été investis pour lutter contre cette marée noire

La crise déjà enrayée ?

Le 28 juillet, les médias officiels chinois parlaient de victoire sur la marée noire : sous contrôle et nettoyée.

Dans les faits, le tableau est plus sombre. Certaines ONG et médias dont le South China Morning Post de Hongkong ont expliqué que les autorités avaient contrôlé la communication autour de la catastrophe écologique : ampleur minimisée et travail des médias sous étroite surveillance.

Les autorités chinoises ne veulent pas agir au détriment des intérêts de l'industrie touristique mais aussi de leur propre image. L'un des premiers compte rendu sur le désastre a consisté à déclarer que la marée noire de Dalian n'était pas de la même ampleur que celle touchant les Etats-Unis.

Depuis le mot d'ordre est d'indiquer que la marée noire est sous contrôle et que les eaux internationales ainsi que la mer de Bohai n'ont pas été touchées.

Qui sont les principales victimes ?

Dame nature est la première victime de l'incident industriel : les dégâts prendront plusieurs années à être réparés pour la faune et la flore. Sur le plan humains par contre, ce sont les pêcheurs qui sont les plus à plaindre, car à court terme leur activité est menacée : difficile de vendre leurs poissons dans les semaines à venir même si avant la marée noire, les produits de la mer de Dalian étaient parmi les plus réputés de Chine. Difficile de savoir aujourd'hui s'ils seront indemnisés.

Une autre question concerne les conséquences éventuelles sur leur santé : beaucoup ont manipulé le fioul à mains nues... Zhong Yu, la représentante de Greenpeace sur place, a à ce titre critiqué les entreprises responsables du désastre, dont une filiale de Petro China, pour ne pas avoir fourni de combinaisons de protection à ceux qui nettoyaient.

Cet accident lance un débat important sur la qualité des infrastructures liées à la manipulation de ressources comme le pétrole. Deuxième importateur mondial, peut être bientôt le premier, la Chine va être de plus en plus souvent sous la menace de ce type d'accidents industriels. La responsabilité des industriels et des autorités de surveillance doit être reconsidérée

Selon le National Business Daily, basé à Shanghai, la Dalian Petrochina International Warehousing and Transportation -société qui gère le site où a eu lieu l'explosion- avait été prévenue des risques par une enquête d'évaluation pointant du doigt les lacunes en termes de sécurité de l'endroit

Pour le South China Morning Post, basé à Hongkong, les réservoirs concernés par l'incident étaient depuis 2006 sur la liste noire de l'Agence chinoise de protection de l'environnement. Quant à CNPC et sa filiale Petrochina, concernées par l'incident, elles sont déjà impliqués dans plusieurs autres scandales de la sorte.

Selon les responsables de Greenpeace en Chine, les autorités cherchent à minimiser l'incident alors qu'il s'agit d'une catastrophe majeure. Espérons que les autorités jouent la montre et non pas l'étouffement de cette situation de crise.

N'oubliez de réécouter la chronique de Nicolas Jucha dans Chine Hebdo : en podcast en haut à droite de cette page