Entretien avec Yves-Thibault de Silguy

Entretien avec Yves-Thibault de Silguy

Yves-Thibault de Silguy
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Ancien Commissaire européen de 1995 à 1999, aujourd'hui président de Vinci, Yves-Thibault de Silguy a été l'artisan du succès de Suez en Chine. Réflexions sur la Chine en sa compagnie.

Yves-Thibault de Silguy, d’où vous vient cette passion pour la Chine?
Lorsque j’étais Commissaire européen à Bruxelles, j’ai participé à de nombreux sommets sino-européens. J’ai alors découvert ce pays et j’ai été fasciné par cette société ancestrale, pleine de contradictions, très ouverte et très capitaliste.

Vous êtes aujourd’hui le président de Vinci, comment expliquez-vous que la Chine ne soit pas un marché prioritaire pour le leader français de la construction?
Vous travaillez en Chine si vous apportez quelque chose à la Chine : soit avec les transferts de technologies, soit avec les transfert de savoir faire. Hormis quelques « niches » très technologiques comme les précontraintes ou les fondations spéciales où nous sommes présents en Chine avec Freyssinet ou Solétanche, je ne vois pas ce que Vinci pourrait apporter à la Chine en matière de construction. Travailler plus en Chine signifie acheter des sociétés, développer des implantations et aujourd’hui ce n’est pas la priorité du groupe aujourd’hui qui se concentre principalement sur l’Europe.

Parlez-nous de vos années Suez et quelles sont, selon vous, les clés de son succès en Chine?
Le développement de Suez en Chine se caractérise par une relation très étroite avec notre partenaire de Hong-Kong, New World. Cette combinaison entre les compétences chinoises et la technologie française nous a permis de remporter une série de succès.

En tant que président d’un grand groupe très convoité, vous sentez-vous visé par ce que l’on appelle le « capitalisme rouge » venu de Chine?
Je pense que tout groupe industriel ou toute société cotée en bourse peut faire l’objet d’un OPA qui peut venir de toute part et notamment de la Chine. Ce, peut être dont on se rend pas compte c’est la montée en puissance de certains groupes et notamment chinois qui pourront lancer des OPA sur des sociétés américaines ou européennes. Il faut s’y préparer pour savoir comment y répondre, tout en respectant les règles de l’économie de marché mais en évitant le le dépeçage de nos groupes. Si un groupe chinois souhaite entrer au capital d’une société française, pour accompagner son développement, ce n’est pas anormal de faire rentrer les actionnaires chinois au sein du conseil d’administration.

En tant qu’ancien commissaire européen, quelles seraient selon vous les initiatives à développer pour renforcer la position de l'Europe vis-à-vis de la Chine?
Je pense que l’Europe a un atout majeur dont elle ne sait pas se servir, c’est sa monnaie.
Les chinois ont beaucoup soutenu le lancement de l’euro et étaient prêts à basculer une partie de leurs réserves en euro. Si l’euro était plus développé dans son usage, le rapport de force dans le monde changerait. Les Américains ne pourraient plus continuer à faire financer leur déficit intérieur par l’épargne extérieure puisque celle-ci serait placée en actifs en euro pour un montant équivalent voire supérieur aux actifs en dollars. L’Europe pourrait alors se servir de l’euro pour « redistribuer les cartes » et les Chinois peuvent nous y aider. D’une part, ils n’ont pas intérêt à être complètement liés aux Etats-Unis et d’autre part, ils pourraient se démarquer du Japon en affichant une politique plus européenne.
Je crois également que nous devons accompagner cette effervescence économique chinoise par un renforcement des contacts politiques et en développant les relations humaines notamment en matière universitaire.