La Chine fait-elle la pluie et le beau temps sur les marchés boursiers ?
Les 26 et 27 mai derniers, les principales places financières mondiales ont vacillé puis retrouvé leur équilibre en l'espace de 48 heures. Tout avait commencé avec un article du Financial Times indiquant que la Chine réfléchissait à réduire ses investissements en Europe. Un démenti chinois plus tard, tout rentrait dans l'ordre. Faut-il en déduire que la Chine tient aujourd'hui les cordons de la bourse ?
Le 26 mai dernier, le Financial Times expliquait dans sa version en ligne que la SAFE (State Administration of Foreign Exchange) réfléchissait à réduire ses réserves en obligations souveraines de la zone euro. L'information a été prise très au sérieux par les différents marchés boursiers d'Amérique du nord et d'Europe, terminant à la baisse, tout comme l'Euro.
Dès le lendemain, les responsables chinois de la SAFE, mais également du CIC (China Investment Corporation), le fonds d'investissement souverain chinois, se sont empressés de démentir un éventuel désintérêt des investissements chinois pour l'Europe.
Résultat sans appel : aussi vite qu'elles avaient chuté, les bourses mondiales sont repassées dans le vert, l'Euro reprenant quant à lui de sa valeur pour s'éloigner confortablement de la barre symbolique des 1,22 dollars.
Selon Hervé Liévore, analyste stratégique chez Axa Investment, la publication de l'article du Financial Times a suscité une grande volatilité sur les marchés boursiers car une interrogation de la Chine sur son positionnement face à l'Euro serait légitime. Gao Xiqing, président de la China Investment Corporation, avait même admis le 27 mai qu'il y avait eu débat "sur le fait de savoir s'il fallait ou non sous-pondérer l'Europe", au moment même où il démentait une baisse d'intérêt pour la zone euro.
Ce double retournement rapide dans les marchés boursiers suite à la spéculation autour de la Chine montre que les réserves de change considérables de cette dernière sont pris très au sérieux. Cependant, il serait exagéré de dire que cela permet à Pékin de diriger les marchés boursiers.
Le bras armé de l'économie chinoise
La SAFE a été fondé dans la plus grande discrétion en 1978. Les années ont fait croître son poids et son influence au rythme où gonflaient ses réserves de change. Le CIC est quant à lui né en 2007 pour devenir le principal véhicule d'investissement chinois dans le reste du monde.
Ces deux entités sont aujourd'hui de véritables bras armés de la stratégie chinoise : ils investissent leurs énormes réserves là où la Chine trouve de quoi assouvir ses besoins.
Si le démenti des autorités chinoises le 27 mai avait pour but premier de calmer les marchés, on peut également penser que la Chine n'envisage pas -comme elle le prétend- un désengagement de l'Europe malgré les difficultés économiques de plusieurs pays.
Si Pékin cherche à investir de plus en plus dans les pays dotés des matières premières nécessaires à sa croissance et à son autonomie, l'Europe reste pour elle une zone où elle peut bénéficier de transferts de technologies. Or, le progrès technologique pourrait être à terme un besoin primordial pour l'Empire du milieu.

