Déficit commercial chinois : le début d'une nouvelle tendance ?
Début avril, les douanes chinoises officialisaient ce que les autorités avaient pressenti quelques semaines plus tôt : un premier déficit commercial sur un mois depuis six ans pour la Chine. Les chiffres du mois de mars sont-ils l'annonce d'un changement durable ou un simple phénomène isolé ?
Le déficit commercial de 7,2 milliards de dollars annoncé par la Chine pour le mois de mars 2010 a de quoi surprendre quand on sait à quel point le géant asiatique s'était illustré ces dernières années par des balances commerciales largement excédentaires.
Depuis six ans, et le mois d'avril 2004, Pékin avait toujours connu des résultats mensuels positifs... Alors que les États-Unis et la Chine débattent sur la revalorisation éventuelle de la monnaie chinoise -accusée de favoriser les exportations- l'annonce du déficit commercial chinois n'a pas forcément surpris tout le monde.
Selon Jacques Mistral de l'IFRI (voir le podcast), invité samedi dernier dans Chine Hebdo, le déficit commercial chinois n'est qu'une semi-surprise : la tendance se dessine depuis plusieurs mois, avec la réduction dès 2009 de l'excédent commercial dont jouissait la Chine avant la crise financière mondiale.
Depuis plusieurs mois d'ailleurs, le commerce extérieur n'est plus un des moteurs de la croissance chinoise, contrairement à ce que prétendent certaines idées reçues...
Bien sûr, le résultat négatif de la balance commerciale chinoise en mars est à relativiser : il ne s'agit que d'une tendance sur un mois. Cependant, il sera erroné d'y voir un phénomène isolé et exceptionnel. Il traduit un changement profond actuellement en marche concernant l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale : le géant asiatique, encore en développement, n'en est pas moins chaque jour un peu plus proche des pays dits riches. Et va donc devoir faire face à des problématiques de riches.
On peut considérer que la crise économique a joué un rôle d'accélérateur dans cette évolution. D'une part, la demande internationale en baisse a de facto ralenti la croissance des exportations chinoises. D'autre part, sur le plan interne, les autorités chinoises ont encouragé un achat massif de matière première via leur plan de relance, ce qui a forcément contribué à augmenter les importations...
Si à court terme la politique économique chinoise semble partie pour porter ses fruits, à moyen terme certaines questions se posent quant à l'après plan de relance. Et c'est peu dire que pour le moment, la Chine n'est pas dans une posture figée : un véritable débat existe dans les arcanes du pouvoir -le Parti communiste- pour savoir quel modèle le pays va devoir suivre.
Pour les dirigeants les plus conservateurs, ceux-là même réticents à revaloriser le yuan, la Chine doit continuer de privilégier les exportations et une balance commerciale positive afin de soutenir sa croissance. Pour les plus favorables aux réformes, il faudrait au contraire orienter la croissance sur le développement de la demande intérieure. Une frange des décideurs chinois pour qui une appréciation contrôlée du yuan est vue comme la solution à de nombreux problèmes, en favorisant notamment la hausse du pouvoir d'achat et l'orientation des forces du pays vers des industries à plus forte valeur ajoutée...

