Les tribulations d'un collectionneur belge en Chine
Depuis le mois de novembre, Pékin a désormais son premier centre d’art contemporain, déjà baptisé le "Moma chinois". Un musée qui a pour vocation d'"exposer l’art chinois aux chinois" et c’est au collectionneur belge Guy Ullens que la capitale chinoise le doit.
Avec Guy Ullens
C’était un pari un fou et pour tant il n’a pas fallu plus de deux ans pour que le Centre Ullens pour l’Art contemporain (UCCA) voit le jour à Dashanzi, le cœur artistique de la capitale chinoise.
La Chine a bercé l’enfance de Guy Ullens dont le père diplomate à Pékin lui a transmis la passion pour ’Empire du milieu. Après une carrière dans les sucreries familiales, il consacre son temps et son argent à l’art contemporain chinois, avec l’aide de Fai Dawei, critique d’art chinois, aujourd’hui le directeur artistique du centre. Aujourd’hui, la collection d’art chinois de Guy Ullens et de sa femme Myriam, est considérée comme l’une des plus importantes au monde forte de 1500 œuvres. Pourtant le nouveau musée pékinois n’a pas pour objectif principal d’accueillir uniquement les pépites chinoises du baron belge. Il accueillera également des artistes chinois, étrangers des peintures, photos, sculptures et installations.
Pour concrétiser son rêve "Exposer l’art chinois aux chinois", Guy Ullens est allé du côté de Dashanzi à Pékin, ancien complexe militaro-industriel de style bauhaus, devenu en quelques années, le poumon artistique de la capitale. Pourtant dans un premier temps, Guy Ullens pensait s’installer à Shanghai mais Fei Dawei, le diretceur artistique lui a conseillé de choisir Pékin. "C’est à Pékin que tout se passe. Tous les artistes chinois viennent à Pékin. C’est un peu comme à Paris : si vous n’êtes pas dans la capitale, on vous considère comme un provinciale même à Shanghai". En 2005, il apprend qu’un immense bâtiment de 8000m2 de béton, de verre, d’acier est disponible. Effrayé un temps par le gigantisme du lieu, le collectionneur se laisse convaincre par l’architecte Jean-Michel Willmotte à qui il a confié la mise en lumière et en volume du lieu. Pour financer le projet,qui comprend 3 halls d’exposition, une immense bibliothèque et un restaurant dirigé par un grand chef, Guy Ullens a dû céder 14 aquarelles de Turner pour 15 millions d’euros. "Je n’ai pas la fortune d’un Pinault alors il faut faire des choix" raconte le collectionneur .
Pour la première exposition "85 New Wave", Guy Ullens et son équipe ont choisi de rendre compte du foisonnement artistique des années 80, une période charnière pour l’art contemporain chinois.
Guy Ullens espère désormais faire grandir son projet mais reste à voir si le succès sera au rendez-vous et si les visiteurs chinois seront nombreux. "On n’en sait rien du tout avoue Guy Ullens. Il y a 40 millions de pianistes en Chine, est ce qu’il y aura 40 millions de passionnés de l’art, tout cela est à découvrir. Un vrai pari !

