Entretien avec Laurence Barron, Président d'Airbus China
Présent en Chine depuis vingt ans, Airbus engrange succès et commandes et a même installé depuis peu à Tianjin une ligne d’assemblage du moyen-courrier A320. Sur un marché qui devrait doubler de taille tous les quatre à six ans, Airbus,la filiale du géant européen de l’aéronautique et de la défense EADS, espère renforcer son poids face à son rival Boeing.
Entretien avec Laurence Barron, président d’Airbus en Chine.
Chine Hebdo: Laurence Barron, quelques mots du salon aéronautique Asian Aerospace qui s’est tenu à Hong-Kong début septembre. Vous avez engrangé de nouvelles commandes pour Airbus?
Laurence Barron:Non, pour nous en Chine il n’y a pas eu de commandes. Le salon s’est très bien passé et il a surtout été pour Airbus l’occasion de faire voler l’A380 à Hong-Kong. Les médias ont d’ailleurs été ravis de publier de belles photos de cet avion volant entre les tours de Hong-Kong.
Laurence Barron, le gouvernement chinois a annoncé au printemps dernier son projet de construction d’un avion gros porteur 100% chinois venant concurencer Airbus et Boeing. Comment accueillez-vous cette nouvelle?
C’est une nouvelle que nous prenons très au sérieux, bien sûr. Pour l’instant, nous n’avons pas beaucoup de détails concernant le type ou la taille de cet avion. Nous attendons pour en savoir plus. Mais pour nous, Airbus, nous sommes nés dans la concurrence, nous avons réussi contre la concurrence. Nous avons l’habitude et cela ne nous fait pas peur. Ce serait naïf de notre part de penser que le marché sera pour toujours dominé par Airbus et Boeing. Il y a d’autres pays comme la Chine, la Russie, le Brésil ou le Canada qui souhaitent développer leur industrie aéronautique. La concurrence, cela fait partie du jeu
Vous avez annoncé récemment vouloir externaliser davantage en Chine. A l’heure où la polémique bat son plein sur la qualité des produits « made in China », on frémit un peu en pensant que vous allez confier à des entreprises chinoises des équipements assez complexes comme des ailes d’avions?
Nous faisons fabriquer des pièces en Chine depuis plus de vingt ans, donc je pense que la polémique sur les jouets ou les dentifrices ne nous concerne pas. Dans l’industrie aéronautique, toutes les pièces doivent être numérotées et certifiées. Toutes les pièces, qu’elles soient fabriquées en Chine, en France aux Etats-Unis doivent correspondre aux normes et aux besoins du fabriquant. Nous sommes dans un domaine où nous n’avons pas à nous inquiéter de la qualité des pièces faites en Chine. Nous avons déjà pris livraison du premier jeu d’ailes fabriqués en Chine au mois de juillet. Si nos ingénieurs et les autorités n’avaient pas été totalement satisfaits de la qualité de ces structures, nous n’aurions pas accepté cette première livraison.
Laurence Barron, pouvez-nous donner quelques chiffres concernant les capacités futures de la ligne d’assemblage de l’A320 installée à Tianjin?
Nous projetons de livrer le premier avion assemblé en Chine au milieu de l’année 2009, donc d’ici deux ans à peu près et de passer à un rythme de quatre avions par mois, deux ans plus tard, c’est à dire en 2011.
Laurence Barron, la flotte chinoise devrait doubler dans les prochaines années, pour faire face au triplement attendu du nombre de passagers.Combien de commandes espérez-vous, pour quel montant, et peut-être combien de gros porteurs?
Il est difficile de prévoir le volume des commandes. Notre dernière commande enregistrée s’est élevée à 150 avions mais cela s’étend sur un certain nombre d’années de livraisons. Disons que nous estimons les besoins de la Chine d’ici 20 ans à 3000 avions de plus de 100 places donc nous envisageons des livraisons de 100 à 150 avions par an environ même si les commandes peuvent être passées de façon irrégulière. Mais le marché sera encore soutenu pendant de longues années.
Laurence Barron, est ce qu'Airbus envisage de développer le projet d’autobus aérien à destination des pays émergents qui intéressent vivement la Chine?
Chez nous, la gamme commence avec les A318 d’une centaine de places et nous n’avons pas le projet de nous lancer sur ce que nous appelons,le marché régional, car la concurrence y est déjà rude. Il existe notamment un avion chinois, l’ARJ21, qui devrait entrer en service en 2009 avec 70 et 90 places. Je ne pense donc pas que nous allons nous lancer sur ce secteur.
Enfin, Laurence Barron,on a entendu tout récemment le président de votre maison mère critiquer la façon dont le russe VTB est entré dans EADS. Peut-on imaginer le même type d’épisode avec un acteur chinois?
C’est tout à fait possible puisque n’importe qui peut acheter des actions sur le marché libre. Ceci dit, un investissement de cette taille ferait l’objet de discussions préalables...Mais pour l’instant, je ne suis pas au courant d’un tel projet.
Lien vidéo sur le vol de l’Airbus A 380 au dessus de Hong Kong.


