Accord Chine-Taïwan : un pas de plus vers la réunification ?

Accord Chine-Taïwan : un pas de plus vers la réunification ?

Chen Yunlin (à gauche), responsable chinois de l'association des liens avec Taïwan et son homologue taïwanais Chiang Pin-kung
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Mardi 29 juin 2010, la Chine continentale et Taïwan ont signé un accord commercial historique. Pour l'opposition, il s'agit ni plus ni moins d'un mouvement politique vers l'unification des deux rives du détroit.

Dans les faits, cet accord de libre échange doit faire baisser les droits de douanes pour des centaines de produits des deux entités politiques. Si le parti au pouvoir à Taipei, le Guomindang, estime que l'économie locale sera renforcée, le DPP (parti pro-indépendance) pense que les entreprises taïwanaises risquent de souffrir.

Si bien que trois jours avant la signature officielle, ils étaient plusieurs dizaines de milliers de Taïwanais (32 000 selon la police, 100 000 selon les organisateurs) à manifester contre ce qui est un indéniable rapprochement Pékin-Taipei.

Une symbolique forte

Il faut souligner que cet accord, bien que commercial, à une grande signification politique, que les deux signataires n'ont d'ailleurs pas hésité à mettre en avant. Il symbolise la réconciliation entre les deux rives du détroit de Taïwan depuis que Ma Jing-yeou, du Guomindang, est au pouvoir. D'ici la fin de son mandat en 2012, il ne devrait pas y avoir de nouveaux accords d'une telle ampleur.

L'histoire entre la Chine continentale et Taïwan depuis 1949 est finalement l'histoire de la lutte entre deux factions politiques : le Guomindang qui s'est exilé sur l'île après sa défaite, et le Parti communiste, vainqueur de la guerre civile, qui a pris le pouvoir sur le continent.

Si le deux Etats, encore aujourd'hui, ne se reconnaissent pas mutuellement, ils n'hésitent pas pour autant à faire du business. Les dirigeants des deux camps ont ces dernières années nouées des relations para-diplomatiques fortes, ce qui peut surprendre en Occident : d'un côté, ils semblent au bord d'une guerre, en particulier quand Taipei achète des armes aux Etats-Unis, et de l'autre, ils développent des liens commerciaux qui rendent leurs deux économies de plus en plus interdépendantes.

Cette évolution "positive" a commencé avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement actuel. Contrairement aux partis pro-indépendance -particulièrement virulents à l'égard de Pékin- le Guomindang revendique une identité culturelle chinoise (Parti nationaliste) et ne souhaite pas l'indépendance. Sa différence avec Pékin réside principalement dans ses convictions démocratiques et sa diplomatie pro-occidentale (allié de Washington).

L'objectif absolu du Guomindang, c'est de réhabiliter la République de Chine (nom officiel de Taïwan) sur le Continent, ou tout du moins d'y importer un vrai système démocratique. A Pékin, le Parti communiste n'a pas vraiment l'intention de se faire dicter ce qu'il doit faire, ce qui peut expliquer sa complaisance à garder le statu quo : un indépendance de fait, mais aucune reconnaissance de Taïwan comme Etat devant l'ONU.

L'économie taïwanaise menacée par l'accord

Les manifestants qui protestaient contre la signature de l'accord de libre échange mettaient avant l'idée qu'il créerait du chômage sur l'île, les entreprises locales ne pouvant résister face à la compétitivité des produits continentaux.

Dans les faits, c'est le Guomindang qui dit vrai : l'Accord cadre de coopération économique va booster la croissance de l'archipel. Cela s'explique assez simplement : deux fois plus de produits taïwanais bénéficieront de tarifs douaniers préférentiels.

La "générosité" de Pékin n'est pas irréfléchie : préserver l'économie du petit frère, c'est favoriser le rapprochement, notamment politique, en rendant l'économie taïwanaise plus dépendante de celle du continent.

De plus, pouvait-il y avoir meilleur moyen pour couper l'herbe sous le pied du DPP ?