Belle-mère et bru dans la même maison sont-elles comme deux chats dans un sac ?

30.04.2008, 10:55 GMT

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La série télévisée « 双面胶 » (Shuang mian jiao, littéralement adhésif double face) diffusée au terme de l'année 2007, s'est attiré les avis partagés des téléspectateurs, ce qui a provoqué un débat houleux relatif aux épineuses relations entre belles-mères et belles-filles en Chine et à l'énorme fossé qui sépare les différentes générations.

Adoptant comme toile de fond les relations délicates entre belle-mère et bru, cette série tisse l'histoire tragique d'une famille à Shanghai : Hu Lijuan, jeune shangaïenne pleine d'esprit, reçut tout ce qu'une fille puisse espérer de ses parents. Après avoir décroché son diplôme universitaire, elle convola avec Li Yaping, éphèbe originaire de la province du Heilongjiang (Nord-Est du pays), menant désormais ses activités professionnelles dans la Perle de l'Orient. En employant le pécule des généreux géniteurs de la jeune femme, les jeunes mariés acquirent un appartement et mènent une vie aisée et sans encombre. Jusqu'au jour où cette sérénité matrimoniale fut brisée par l'arrivée des ascendants septentrionaux du conjoint dans leur ville de résidence. Les racines traditionnelles qui peuplent l'esprit de la belle-mère la condamnent à dédaigner le mode de vie de Hu ; la tension s'exacerbe ... jusqu'à atteindre son paroxysme : la zizanie familiale.

Bien que d'aucuns soulignèrent la facture critiquable du feuilleton, la plupart des auditeurs ne rechignent pas à estimer qu'il s'agit d'une œuvre agissant comme un miroir de la société, et qu'ils peuvent retrouver une part d'« eux-mêmes » dans cette production télévisée.

« Au premier abord, je pensais qu'il s'agirait d'une comédie, l'intrigue progressant, le chagrin m'a progressivement envahi. La discorde entre la belle-mère et sa bru est empreinte de réalisme », ont jugé foule d'internautes.

Ces relations au sein de la belle-famille font l'objet d'incessantes discussions dans les familles chinoises, et sont considérées, depuis l'Antiquité, comme le talon d'Achille de la sérénité du mariage, chacun cherchant à se débarrasser de la patate chaude.

A peine une décennie auparavant, deux générations cohabitaient encore sous le toit marital. Parent pauvre de la communauté familiale, la belle-fille n'était pas considérée sur un pied d'égalité par rapport aux beaux-parents, au mari, aux enfants, voire même aux sœurs du mari. Malgré son statut secondaire, il semble que celle-ci n'y trouvait mot à redire.

Ces idées ont été balayées par un vent de modernité. Les personnes nées au lendemain de l'application stricte de la politique du planning familial (en 1978), plus particulièrement la génération post-80, évitent dès les premiers jours de leur idylle la coexistence entre générations. Ceci est l'un des facteurs qui peut expliquer l'engouement du marché immobilier chinois, en dépit de prix bien souvent inaccessibles.

« Je m'oppose résolument à coexister sous le même toit que mes beaux-parents, a déclaré une jeune pékinoise sur le point de se marier. Nos idées et conceptions, par exemple sur la valeur de l'argent, sont diamétralement opposées ; si nous cohabitons, d'innombrables querelles feront surface, ce qu'aucun d'entre nous ne souhaite. J'ai l'habitude de poursuivre mon sommeil jusqu'à midi pendant les week-ends, de laver mes vêtements sales une à deux fois par semaine, de ranger la maison une fois par semaine, quand le temps me le permet, ou d'acheter régulièrement des cosmétiques de marques renommées... Cependant les parents de mon futur mari, qui ont conservé une conception traditionnelle de la vie, ne l'entendront pas de cette oreille ».

« La pression que je subis au travail me suffit amplement. Je ne souhaite pas endurer au quotidien les exigences de mon patron durant la journée et devoir céder aux caprices de mes beaux-parents en dehors du travail », a-t-elle estimé.

Malgré le mur qui les sépare au quotidien, ces relations font encore ressortir un certain inconfort, voire même davantage d'embarras. La situation a évolué de fond en comble. Il y a de cela deux décennies, les brus devaient se montrer vertueuses et laborieuses, bien que cela ne satisfasse jamais assez leurs beaux-parents. Alors que ces dernières sont parvenues au bout du tunnel pour devenir belles-mères, des changements flagrants de société se sont produits. Ces dernières ne peuvent plus imposer leurs directives ou formuler des critiques à leur bru comme bon leur semble, et sont désormais contraintes d'évoluer avec leur temps en prenant en compte les nouveaux comportements de la jeune génération.

« Il semble que les belles-mères d'aujourd'hui ont un certain mal de vivre, a déploré Madame Liu avec un certain sourire, une jeune retraitée de 52 ans, qui réside dans le district de Tongzhou, dans le sud-est de la capitale. Quand nous étions jeunes, les belles-mères jouissaient d'une position élevée dans la hiérarchie familiale, quand nous sommes devenues belles-mères à notre jour, nous avons dû nous résigner que les temps ont changé. Les brus actuelles, transpirantes d' individualisme, sont insoumises et ne savent pas être économes. Dans tous les cas, si ces dernières ne dépassent pas la mesure, nous saurons passer l'éponge, en feignant d'ignorer leurs agissements ».

Les belles-filles semblent plus réticentes à mettre de l'eau dans leur vin, et leurs principaux griefs résident dans l'affection inconsidérée que portent les belles-mères pour leur fils, et l'ingérence des aînés dans leurs affaires familiales, des travers que rapporte fidèlement le feuilleton « Shuang mian jiao ».

« Je ne comprends pas l'attitude de la belle-mère envers son protégé et le traitement de faveur qu'elle accorde à son fils, qui a déjà atteint la trentaine ! Sa mine deviendra renfrognée, du moins à mes yeux, si elle surprend son fils à faire la moindre tâche ménagère. Selon elle, il est tout à fait normal que je m'occupe des corvées domestiques. Afin d'éviter de m'attirer ses foudres, je feins d'être stakhanoviste si ma belle-mère nous rend visite, mais j'exige que mon mari m'accompagne, même s'il doit rester les bras ballants à mes côtés», s'est exaspérée Madame Xie, une jeune fonctionnaire pékinoise.

(Rédigé par Wang Wenjie)


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