Qui sont les maîtres du monde?
Alors que le sommet du G8 s'ouvre aujourd'hui au Japon, les dirigeants du monde entier s'interrogent sur la légitimité de cette structure. Sans la Chine, l'Inde ou le Brésil, est-il vraiment possible et pertinent de "discuter des affaires du monde"?
Le G8 a d'abord été G6 lors de sa création en 1975 sur l'initiative du président français Valéry Giscard d'Estaing lors d'un sommet entre les six chefs d'États fondateurs au château de Rambouillet du 15 au 17 novembre 1975 afin de traiter les questions économiques et financières de façon informelle. Six pays y participaient ( Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, l'Angleterre et Italie) avant que le Canada ne rejoigne le groupe en 1976. Le G6 devient alors le G7 puis le G8 en 1988 avec l'arrivée de la Russie.
En 1975, lors de la créaction du G8, la Chine vit les dernières heures de la Révolution culturelle. C'est un pays exsangue. Aujourd'hui son développement économique tire les prix de l'énergie à la hausse, problématique essentielle abordée lors de la réunion du G8."Si vous considerez le G8 comme le club des pays les plus influents pour l'économie globale, c'est difficile d'imaginer que la Chine et l'Inde n'y soient pas" a déclaré Hal Hill, professer d'économie à l'Université nationale de Canberra cité par Reuters. Une conviction partagée par le président Nicolas Sarkozy qui a affirmé samedi 5 juillet devant les militants de l'UMP qu'il n'était pas "raisonnable de continuer de se réunir à huit pour régler les grandes questions du monde, en oubliant la Chine – un milliard 300 millions d'habitants –, en n'invitant pas l'Inde – un milliard d'habitants –, en n'ayant aucun pays arabe, aucun pays africain, et en n'ayant aucun pays de l'Amérique latine". Nicolas Sarkozy propose d'ailleurs l'élargissement du club à cinq nouvelles puissances: la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud. Leurs dirigeants ne sont conviés qu'au troisième et dernier jour de la réunion du G8.
"Il doit y avoir une extension du G8 car toutes les problématiques, qu'il s'agisse de l'inflation, des prix du pétrole, de l'environnement, sont interconnectées et que par conséquent elles ne pourront trouver de solution qu'à travers la coopération entre les pays développés et les puissances émergentes comme la Chine, l'Inde et éventuellement la Corée du Sud" a declare D.H. Pai Panandikar, président de la fondation RPG, un think-tank privé de New Delhi.
La Chine a t-elle sa place au G8
"Vous êtes les grands du monde de demain. Vous devez avoir les droits, mais aussi les responsabilités", lançait, samedi, le chef de l'Etat aux grands pays émergents et aux candidats à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Concernant les responsabilité, certains reprochent à la Chine de ne pas s'impliquer assez notamment dans le cadre de l'OMC. De son côté, la Chine justifie sa réserve sur la scène internationale en invoquant son statut de pays en développement même si son économie va bientôt supplanter celle de l'Allemagne.
Que va donc devenir le G8?
Selon Washington, l'extension du G8 n'est pas nécessaire aujourd'hui. Le Japon y est également opposé. Selon Alan Wheatley, spécialiste de l'économie chinoise chez Reuters, l'option la plus plausible est que le G8 se métamorphose en un organe plus gros et plus représentatif sur le modèle par exemple du groupe sur le changement climatique qui comprend 16 pays: les membres du G8 , l'Australie, le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique, la Corée du Sud et l'Afrique du Sud. Ces pays appartiennent également au Groupe des 20 fondé en 1999 après la succession des crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d'un dialogue élargi tenant compte du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Ses membres sont les ministres des finances et les directeurs des banques centrales. Le G20 représente les deux tiers du commerce et de la population mondiale et plus de 90 % du produit intérieur brut (PIB) soit deux fois plus que le G8.
William Drozdiak, le président du think-tank American Council on Germany, souhaite que le futur président américain transforme le G8 sur le modèle du G20."La structure du G20 offre plus d'espoir quant à la possibilité de restaurer la confiance dans les institutions de la gouvernance globle" écrivait-il la semaine dernière dans le Financial Times cité par Reuters.
Selon
Selon le professeur australien Hal Hill, la réflexion autour des institutions capables de faire face aux problèmes planétaires s'impose comme le grand défide notre époque.

