Que cache l'affaire Rio Tinto ?
Du lundi 22 au mercredi 24 mars s'est tenu le très attendu procès des employés de Rio Tinto à Shanghai. Le résultat n'est pas encore prononcé, mais déjà beaucoup d'entreprises occidentales se posent des questions quant à la viabilité de faire des affaires en Chine.
Pendant trois jours, l'Australien Stern Hu et ses trois collègues chinois de Rio Tinto Shanghai ont fait les choux gras de l'actualité, notamment en Australie. Il faut dire que l'affaire, bien que relativement obscure, est particulièrement sérieuse.
Arrêté en juillet, Stern Hu et les trois employés chinois sont accusés d'avoir reçu des pots-de-vin, et chose plus grave encore, d'avoir volé des secrets commerciaux -l'accusation initiale parlait de secrets d'État-.
Leur arrestation s'était effectuée dans un contexte relativement tendu de négociations sur les prix du minerai de fer, période durant laquelle Stern Hu et ses coéquipiers auraient obtenu certaines informations sensibles de manière non-réglementaire. Chose courante et tolérée selon des personnalités de la profession citées par Reuters, cette méthode est visiblement devenue un prétexte pour la justice chinoise afin de faire payer Rio Tinto.
D'après Eric Meyer, récemment invité dans Chine Hebdo (écouter le podcast), Stern Hu serait actuellement dans le viseur de la justice chinoise pour une faute beaucoup moins officielle et plus nébuleuse : avoir fait du tort à un personnage très haut placé de l'administration chinoise.
Le délai entre la fin du jugement et l'annonce du verdict (lundi selon des représentants australiens) accentue certaines suspicions occidentales voulant que le procès – à huit-clos dans sa seconde partie traitant des vols de secrets commerciaux- ne serait pas équitable.
Pékin, qui a notamment appelé à ne pas politiser l'affaire et ainsi minimisé les risques de brouilles avec Canberra, a indiqué que les droits des accusés seraient respectés...
Cette affaire, en parallèle du contentieux entre Google et Pékin, ou à un degré moindre les soucis de Danone avec son partenaire chinois Wahaha, rappelle aux investisseurs étrangers qu'il n'est pas si évident de s'installer et prospérer en Chine.
Dans un article faisant état de la baisse de confiance des entrepreneurs occidentaux en Chine, l'AFP diffusait il y a quelques jours des déclarations et chiffres saisissant :
-selon une récente étude de la Chambre américaine de commerce en Chine, 38% de ses membres se sentent de moins en mois bienvenus sur le marché chinois, ils n'étaient que 23% il y a un an.
-"Le gâteau devient plus gros, mais la porte d'accès au marché s'est considérablement rétrécie", Joerg Wuttke, président de la Chambre européenne de commerce
-"Les obstacles rencontrés par les entreprises étrangères sur les marchés chinois -dont Google est un bon exemple- montrent que la Chine n'a plus le sentiment d'avoir besoin comme autrefois de l'Occident", John Lee, partenaire du Centre for Independent Studies d'Australie
Beaucoup d'entreprises occidentales, au-delà de l'exemple actuel de Rio Tinto, auraient le sentiment d'avoir beaucoup investi dans le pays en termes d'argent, d'expertise et de savoir-faire, sans dans certains cas, recevoir de retour favorable...

