Qian Xuesen, le cadeau de l'Amérique maccarthiste à la Chine communiste
Fin octobre 2009, Qian Xuesen s'est éteint à presque 98 ans. Ce scientifique de renom a été honoré en Chine comme le père du programme spatial national. Et pourtant, à l'origine, il devait servir les États-Unis, jusqu'à ce qu'il ne soit accusé de sympathie envers le communisme...
Qian Xuesen (钱学森 Qián Xuésēn)
A noter : un astéroïde découvert le 14 octobre 1980 par l'observatoire chinois de la Montagne Pourpre, près de Nanjing, porte son nom, 3763 Qian Xuesen
L'apprentissage américain
Qian Xuesen est né le 11 décembre 1911 à Hangzhou. Après avoir été diplômé à l'université Jiaotong de Shanghai en 1934 (génie méchanique), il s'en est allé étudier aux Etats-Unis, au Massachussets Institute of Technology, où il décrocha une maîtrise en sciences.
Son séjour américain lui conféra un goût certain pour l'expérimentation, à une époque où les étudiants chinois mettaient clairement l'accent sur la théorie. Il poursuivit ses études au Californian Institute of Technology, pour étudier sous les conseils d'un scientifique de renom : Theodore von Karman.
S'il obtint un doctorat en 1939, son arrivée à Caltech fut marquée par son association avec Franck Malina et Jack Parsons pour travailler sur les fusées. En 1943, il participa d'ailleurs à la fondation du Jet Propulsion Laboratory, qui proposait à l'armée américaine de développer des missiles pour concurrencer l'Allemagne et ses V-2. Cela mena en 1944 au lancement d'un premier type de missile américain, le Private A.
Accusé d'être communiste
Après la Seconde guerre mondiale, il devint consultant pour l'US Air Force sous les ordres de Von Karman, avec le titre de colonel. A cette même époque, réputé pour son éminence, il commença à travailler sur la préparation d'un premier engin spatial, qui allait inspirer le projet arrêté en 1963 du X-20 Dyna Soar, source d'inspiration lui-même pour la navette spatiale américaine.
Le scientifique d'origine chinoise semblait ainsi parti pour être le père du programme spatial américain, mais le destin, ou plutôt les mentalités de l'époque, le poussèrent vers une autre carrière.
Peu de temps après qu'il ait fait la demande de nationalité américaine, en 1949, Qian Xuesen fut l'objet d'accusation de sympathie envers le communisme. Le FBI justifia les charges avec un document d'un parti communiste présent aux Etats-Unis faisant état du nom de Qian Xuesen. Une preuve bien maigre, mais suffisante dans cette période de la «Seconde Peur Rouge » sous le Maccarthisme.
Douze pilotes de guerre américains contre un génie scientifique
Dans l'impossibilité de poursuivre sa carrière, Qian Xuesen décida de partir en Chine, mais il fut retenu aux Etats-Unis dans le Terminal Island près de Los Angeles. Pendant cinq années, le génie scientifique allait être au centre de négociations entre les Américains et Chinois. Les esprits les plus éclairés sur le sol américain regrettèrent amèrement la situation...
Il fut finalement rapatrié en Chine en échange de douze pilotes de guerre américains capturés pendant la guerre de Corée. Les dirigeants américains venaient de perdre un génie scientifique, et les Communistes chinois le savaient parfaitement.
Si bien que Qian Xuesen, rapidement après son arrivée en Chine, devint l'un des dirigeants du programme de missiles du pays. Avec la fondation de l'Institut de Mécanique de Pékin en 1956, Qian Xuesen occupe le poste de directeur et enseigne à des étudiants et ingénieurs chinois ce qu'il a appris aux Etats-Unis.
Des missiles au programme spatial chinois
Dès 1958, il finalisa les plans du missile Dongfeng, et contribua au développement du missile Silkworm.
Si Qian Xuesen prit sa retraite en 1991, son oeuvre, quelque peu perturbée pendant la Révolution culturelle, contribua à aider le programme spatial chinois, dans lequel il fut un pionnier : à partir de 1992, la RPC utilisa ainsi ses travaux antérieurs pour son programme spatial habité, ce qui permit de mettre sur pied les fusées Longue Marche, utilisée pour le lancement de Shenzhou V.
Celui qui aurait dû servir le programme spatial américain est ainsi devenu «le père» de celui de la Chine. Et c'est dans son pays d'origine qu'il a obtenu la reconnaissance que son pays d'accueil lui avait repris.

