Pourquoi la Chine veut-elle décrocher la Lune ?

Pourquoi la Chine veut-elle décrocher la Lune ?

La fusée Longue Marche 3 A a décollée à 10h05 GMT, 18h05 heure chinoise
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La Chine a lancé avec succès son premier satellite d'exploration lunaire, Chang'e. "Grande Marche 3 A", la fusée transporteuse de l'engin, a pris son envol le 24 octobre dernier à 18 h 05 heure chinoise, et marque le début de la première phase du programme lunaire chinois qui en comporte trois.

Avec Isabelle Sourbès-Verger, chercheuse au CNRS et spécialiste des politiques spatiales et des enjeux stratégiques, et Philippe Coué, il travaille chez Dassault Aviation

Chang'e I, du nom d'une déesse de la mythologie chinoise qui s'était élevé de la Terre à la Lune après avoir bu un élixir, est la première des trois phases du projet lunaire chinois. Selon l'agenda de ce projet, la deuxième phase devrait s'effectuer en 2012 avec Chang'e II qui comprend l'atterrissage d'un véhicule sur la surface lunaire. La troisième phase, Chang'e III, prévoit l'atterrissage et le retour vers la terre d'un véhicule. Cette opération ne devrait pas se produire avant 2017 et devra nécessiter un nouveau lanceur. Seulement après, les Chinois pourront envisager d'envoyer le premier taïkonaute sur la Lune, un événement qui ne devrait cependant pas se réaliser avant 2020.

L'objectif de cette première mission est la réalisation d'expériences scientifiques, l'acquisition d'images en trois dimensions et l'analyse de la répartition des éléments présents à la surface lunaire. Pas seulement pour la Chine. Les informations recueillies devraient être mises en commun au profit de la communauté scientifique internationale, même si comme le précise Isabelle Sourbès-Berger, les Chinois devraient se garder une certaine priorité avant de mettre les informations à disposition.

Une des objectifs principaux du programme spatial chinois est, comme le souligne Philippe Coué, de "compléter nos connaissances sur l'astre", et à terme, "entamer une exploration habitée du satellite de la Terre".

Contrairement aux programmes spatiaux européens et américains, essentiellement tournée vers la découverte de technologie et les sauts d'innovation, le programme spatial chinois a pour principale fin de contribuer à la croissance du pays.

Une fierté nationale doublée d'une reconnaissance internationale.

Le programme lunaire chinois poursuit également deux objectifs symboliques. Tout d'abord la Lune est une des composantes importantes de la mythologie chinoise et a toujours fait rêver les Chinois. Mais il s'ajoute à cette tradition un besoin de reconnaissance internationale de la puissance technologique de la Chine, dans l'ombre de laquelle se trouve une question de fierté nationale.

La large couverture médiatique à laquelle a été soumis le lancement de Chang'e I démontre tout l'intérêt que portent les Chinois à leur programme spatial. Une enquête réalisée par le China Youth Daily avant le lancement de Chang'e I, avait révélé que 68,9 % des personnes interrogées étaient certaines d'assister au décollage ce mercredi. Et 99 % avaient indiqué qu'ils désiraient saisir des images de cet événement.

Les Chinois ont réagi également sur Internet et ont affiché leur fierté quant au succès de ce lancement.

"Sans aucun doute, le lancement de Chang'e One va une nouvelle fois montrer au monde que le peuple chinois a la volonté, la confiance et la capacité nécessaires pour gravir sans cesse l'échelle de la science et de la technologie", a notamment écrit un commentateur sur le site internet Sina.com.

Des ambitions scientifiques, technologiques et économiques, auxquelles s'ajoute une aspiration à la reconnaissance internationale, tels sont les enjeux du programme lunaire chinois.