Pékin en colère après la rencontre entre Sarkozy et le dalaï lama
Sans surprise, la rencontre entre le président français et le chef spirituel tibétain, ce samedi, a attiré les foudres de Pékin à l’égard de Paris. La Chine prend très mal cette rencontre et a exprimé sa colère par voie officielle, par communiqués officiels et via la presse du pays.
Samedi à Gdansk, en Pologne, le président français Nicolas Sarkozy a fait fi des menaces de Pékin et a rencontré le Dalai-lama en marge d’une cérémonie célébrant le 25e anniversaire du Prix Nobel de la Paix de Lech Valesa.
La réaction ne s’est pas attendre.
La première réponse des autorités chinoises a été la convocation immédiate de l’ambassadeur de France, Hervé Ladsous, par le vice-ministre des Affaires étrangères.
Cet officiel chinois a ensuite réagi dans les médias pour exprimer la “forte protestation” de la Chine.
"Cette mauvaise action de la France est une grossière intrusion dans les affaires intérieures chinoises et a blessé gravement les sentiments du peuple chinois”, a déclaré le vice ministre chinois des Affaires étrangères, He Yafei.
"Cela a interféré de façon brutale dans les affaires internes de la Chine". "Cela a de plus sérieusement sapé les intérêts essentiels de la Chine, gravement blessé les sentiments du peuple chinois et saboté la base politique des relations entre la Chine et la France et la Chine et l'UE", a encore dit He qui a une nouvelle fois précisé que "le gouvernement chinois s'oppose fermement à cette action".
Et d’un ton plus menaçant, "tout cela a montré que la partie française imposait sa mauvaise conduite à l'UE (Union Européenne), établissant un très mauvais précédent."
"Cette action a endommagé la confiance politique mutuelle durement gagnée, la coopération globale et les perspectives favorables créés depuis l'établissement des relations entre la Chine et la France il y a 45 ans", a-t-il dit, ajoutant que "la partie française devait porter la responsabilité de toutes les conséquences graves".
"Nous demandons instamment à la partie française de considérer en priorité les relations bilatérales et les intérêts des peuples des deux pays, à attacher véritablement de l'importance à la position solennelle et juste et aux préoccupations raisonnables de la Chine, à comprendre pleinement les dommages générés par la rencontre entre le président Sarkozy et le dalaï lama sur les relations bilatérales, ainsi que les relations sino-européennes, et à prendre des actions concrètes pour corriger les erreurs sur les questions relatives au Tibet," a encore dit le vice-ministre, dont les propos ont été par l’agence Chine Nouvelle.
Pour l’officiel, la France doit assumer la responsabilité de cette rencontre et doit être tenue responsable de la détérioration des relations entre Pékin et Paris
De manière générale, la presse officielle chinoise fustige cette rencontre et emploi un ton très agressif décrivant Nicolas Sarkozy comme “l’arrogant président français”, écrit le China Daily.
Ce journal chinois anglophone, véritable voix du parti communiste, annonce aussi que des représailles auront lieue.
"Inévitablement, il y aura un prix important à payer pour une provocation aussi fourbe sur une question qui tient à l'unité nationale de la Chine et ses intérêts vitaux", a publié le quotidien.
"La préférence du gouvernement peut déterminer les achats d'Airbus ou de Boeing. Mais elle ne peut pas (...) faire acheter aux consommateurs des marques pour lesquelles ils ont du ressentiment, que ce soit Louis Vuitton ou Carrefour", invite en quelque sorte le journal.
Mais, alors que d’autres dirigeants européens ont également rencontré le chef spirituel tibétain, le journal cherche des prétextes pour enfoncer encore plus le clou Sarkozy. Et le président français est décrit comme étant "le seul dirigeant européen à rencontrer le dalaï lama alors qu'il exerçait la présidence tournante de l'UE".
Par ces réactions, Pékin veut aller trop loin. Reprochant au président français de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine, Pékin n’hésite pourtant pas à dire haut et fort qui elle souhaite voir le président rencontrer… Cela sans tenir compte de “l’effort” de Sarkozy de ne pas rencontré le dalaï lama en France.
En effet, après avoir refusé de rencontré le moine au mois de juillet en France, il était prévu que cette rencontre ait lieu à Paris, lors de la commémoration de la déclarations des Droits de l’Homme. Et on peut voir dans la décision de Sarkozy de rencontré le dalaï lama en dehors du territoire français un geste marquant sa compréhension des préoccupations de Pékin.
Et Nicolas Sarkozy fait valoir que “les autorités chinoises savaient parfaitement que ce rendez-vous aurait lieu avant la fin de l’année. Je l’avais toujours dit.”
Tentant d’éviter les peaux de bananes, le président français explique sa position et joue la carte “zen”.
“J’ai toujours considéré qu’il n’y avait qu’une Chine. Que le Tibet en faisait partie. Le dalaï-lama lui-même ne plaide pas pour l’indépendance”, a indiqué le chef d’état.
Cependant, la président français, commet un nouvel écart dans sa tentative d’explication. "Je souhaite que la Chine prenne toute sa place dans la gouvernance mondiale. Nous avons besoin de la Chine pour résoudre les grands problèmes dans le monde, que la Chine dialogue, comme le président Hu Jintao a commencé, avec le dalaï lama”.
La diplomatie française aussi s'emmêle un peu. Et un diplomate français soutien avec arrogance qu’ "on n'a pas remarqué le moindre début de boycott de nos produits", et en cette période de crise économique mondiale, les Chinois comme les Français avaient intérêt à maintenir de bonnes relations. "Nos deux économies souffrent (...) on se tient par la barbichette".
Toujours est-il qu’entre la tapette française et la tapette chinoise, la chinoise ferait certainement plus mal...
Près d'une semaine après la rencontre, l'ambassadeur de France en poste à Pékin, Hervé Ladsous, a tenu une conférence de presse pour exprimer son étonnement quant à la réaction chinoise.
Rappelant, que le président Chirac, un ami de la Chine, avait reçu le dalaï lama au Palais de l'Elysée il y a dix ans à l'occasion du 50e anniversaire de l'adoption de la déclaration des droits de l'homme par les Nations Unies, l'ambassadeur Ladsous s'est demandé si "les proportions" prises par "toute cette agitation politico-médiatique (...) sont totalement justifiées", a rapporté l'AFP.
"Frappé" et "fâché", Hervé Ladsous est aussi revenu sur les attaques personnelles et les insultes proférées à l'encontre du président Sarkozy dans la presse et sur l'internet chinois.
La Chine "ne tolèrerait pas des attaques personnelles contre son propre président", a fait remarquer à juste titre l'ambassadeur.

