Mémorandum UMP-Parti communiste chinois : Xavier Bertrand défend son initiative
Le protocole d'accord signé jeudi 22 octobre 2009 entre l'UMP et le Parti communiste chinois visait officiellement "une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d’échanges" entre les deux partis politiques. Mais du côté de la majorité française, cela n'a pas fait que des heureux.
Lionel Luca incrédule
Dès le mardi 27 octobre, lors d'une réunion du groupe de l'UMP à l'Assemblée nationale, des députés se sont interrogés sur la pertinence du rapprochement entre les deux partis politiques. Fort logiquement, le principal opposant se nommait Lionel Luca, président du groupe d'étude sur le Tibet à l'Assemblée.
S'il a d'abord parlé d'un "accord indécent" et d'un "affichage politique avec un des derniers partis totalitaires", il a ensuite essayé de pointer du doigt les conséquences éventuelles du rapprochement entre l'UMP et le parti au pouvoir en Chine : "Notre électorat de droite anticommuniste ne va pas apprécier, ni les bobos dont on veut avoir les voix".
Le député des Alpes-Maritimes, qui s'est mis "en congé de l'UMP", est même allé plus loin dans une interview accordée à Nice Matin : "On m'a envoyé la dépêche de l'AFP et j'ai cru que c'était une mauvaise blague. Un bidouillage. Un canular sur Internet, c'est dire...".
Pour critiquer le choix de Xavier Bertrand, Lionel Luca a appuyé sur un argument repris par plusieurs autres observateurs critiques à l'égard du mémorandum, à savoir la date de la signature et les événements qui ont eu lieu en simultané : "faire ça un 22 octobre, le jour de la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les lycées, il fallait oser. Et pendant que Xavier Bertrand signait le protocole à Pékin, le même jour, trois Tibétains - deux hommes et une femme - étaient exécutés par l'armée chinoise pour leur rôle dans les émeutes de l'an dernier. Et je ne suis pas loin de penser que ce n'est pas une coïncidence de faire ça, ce jour-là. De ça, Xavier Bertrand n'en dit pas un mot."
Yves Nicollin, député de la Drôme, a semblé abonder dans le sens de monsieur Luca, en estimant que le dialogue international devait se faire entre Etats, pas entre partis, ironisant même avec un "pourquoi ne pas aller à Cuba ?".
Mais en dépit des critiques de certains membres de son parti, l'initiative de Xavier Bertrand, qualifié de "Premier secrétaire" au lieu de "Secrétaire général" par Jean-François Copé, n'est pas sans soutien.
Christian Estrosi, ministre chargé de l'Industrie et selon qui l'accord signé entre l'UMP et le PCC est dû à une initiative chinoise, voit de manière positive le rapprochement entre les deux partis : "C'est une bonne initiative, qui répond à une demande du parti communiste chinois qui sait que notre mouvement ne transige jamais sur le respect des droits humains. Donc, il n'y avait aucune raison de fermer la porte à cette proposition".
Un accord banal et non polémique selon Xavier Bertrand
De son côté, Xavier Bertrand, invité samedi dernier à l'émission Chine Hebdo sur BFM Radio (voir le podcast lié à l'article), a estimé que les retours au sein de son parti étaient globalement positifs quant à la signature du mémorandum, qui selon lui n'est en rien un alignement politique.
Le Secrétaire général de l'UMP a même cherché à banaliser cette signature en indiquant que le même type d'accord avait été signé dans d'autres pays : "Nous signons des accords avec quasiment toutes les grandes formations de majorité et d'opposition des nations qui pèsent dans les négociations internationales", précisant que le mémorandum signé avec le PCC portait sur le "commerce extérieur, les échanges culturelles...".
Pas de polémique donc au sein de l'UMP ? Non, si l'on se réfère au propos de Xavier Bertrand dans une interview accordée à La Provence : "Il y a eu un débat avec quelques députés seulement. Il ne faut pas chercher à grossir ce qui n'est en rien une polémique. J'ai voulu moi-même rencontrer à l'Assemblée nationale le groupe France-Tibet comme je vais le faire bientôt au Sénat. Que quelques-uns demandent des précisions, je trouve cela tout à fait normal, je le fais volontiers. Qu'on suppose une polémique, il n'en est rien. Ce mémorendum ne veut pas dire que nous renonçons à nos valeurs. Toutes les questions importantes ont été posées sur la table avec mes interlocuteurs chinois."

