Le Xinjiang, un an après

Le Xinjiang, un an après

Un policier chinois à Urumqi
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Il y a un peu plus d'un an, des émeutes inter-ethniques éclataient à Urumqi, capitale du Xinjiang. Réprimées par l'armée chinoise, elles affichaient un bilan officiel de près de 200 morts et 1700 blessés. Un an après, Pékin a cadenassé la région pour éviter tout débordement. Petit retour sur la relation amour/haine entre les autorités chinoises et les Ouïghours, ce peuple d'Asie centrale.

Qui sont les Ouighours ?

Peuple turcophone, majoritairement musulman sunnite, l'ethnie ouïghoure occupe principalement les oasis du sud du Xinjiang et se considère comme la population autochtone du Xinjiang.

En 1949, les Ouïghours représentaient 75% de la population du Xinjiang, aujourd'hui, seulement 45% (40% pour les Hans aujourd'hui contre 6% en 1949). C'est notamment cette baisse de leur proportion par rapport aux Hans qui explique leur mécontentement vis à vis du pouvoir central chinois.

La cause des émeutes de 2009

La tension qui existe entre les communauté ouïghoure et han au Xinjiang, dont les émeutes de 2009 sont un pic parmi d'autres, répond à des causes culturelles et conjoncturelles.

Le mal-être profond dont témoigne la société ouïghoure vient avant tout de son sentiment de fossé culturel qui la sépare des Hans, l'ethnie majoritaire en Chine. Les Ouïghours, musulmans et turcophone, ont ainsi beaucoup de mal à accepter les efforts de sinisation qui leurs sont demandés, alors qu'en retour, les Hans n'apprennent ni leur langue ni n'adoptent leurs coutumes.

S'ajoute à cela le sentiment d'être colonisé, notamment démographiquement avec l'installation massive de Hans, mais aussi par le fait que Pékin utilise les ressources naturelles locales : elles représentent un quart des réserves en gaz et pétrole de la Chine.

La colonisation démographique est couplée à des inégalités économiques et sociales. Les Hans ont un meilleur niveau de vie, grâce aux mesures mises en place pour favoriser leur afflux. Il s'agit d'une technique ancestrale pour stabiliser les marges de l'Empire, et qui encore aujourd'hui, fait ses preuves.

Une région vitale pour Pékin

Pékin investit massivement pour développer la région -60% du budget local vient du pouvoir central- répondant ainsi à un grand plan de développement de l'ouest lancé en 2000. Depuis mai 2010, un nouveau plan d'environ 1,5 milliards de dollars a été engagé spécifiquement pour le Xinjiang.

Pékin fait aussi des efforts sur le plan social : mesures d'accompagnement social pour aider les Ouïghours à s'intégrer, nouvelles aides pour les étudiants, et ainsi faire taire les accusations de favoritisme envers les étudiants Hans.

Pour la majorité des Ouïghours néanmoins, les problèmes fondamentaux comme les profondes inégalités ne sont pas réglés par ces différentes mesures. C'est le cas notamment de la sinisation de la province, impossible à accepter pour la plupart des Ouïghours, mais aussi du contrôle étroit du gouvernement central sur les institutions politiques. A titre d'exemple, le Parti communiste local est tenu principalement par des Hans.

Pour contrôler ces différentes protestations, y compris dans les moments critiques tels des émeutes, Pékin a toujours fait le choix d'une gestion dure : le but est de taper fort pour dissuader les masses. Car le Xinjiang est une zone particulièrement vitale pour Pékin : sa suprématie y est mal assurée depuis la colonisation au XIXe siècle.

Pour autant, l'hypothèse d'un avenir plus serein n'est pas à exclure : le peuple ouïghour n'est pas fondamentalement opposé à son intégration dans la Chine, car sur le plan économique, cela comporte des avantages non-négligeables. Ce qui semble poser le plus problème, c'est le système de modernisation proposé par Pékin : ce peuple ont avant tout peur de ne pas pouvoir préserver leur culture.

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