La reconnaissance de la Chine par la France en 1964: "Un tsunami politique"

La reconnaissance de la Chine par la France en 1964: "Un tsunami politique"

Les relations sino-françaises fêtent leur 45e anniversaire
Found this interesting? Share it with your friends!
  • Listen:

Le 27 janvier 1964, un bref et sobre communiqué publié à Pékin et à Paris annonçait l'instauration de relations diplomatiques entre la France et la Chine. Une décision du Général De Gaulle justifiée quelques jours plus tard lors d’une conférence de presse par le “poids de l’évidence et de la raison” mais qui dans un monde divisé par la guerre froide eut l’effet d’un “tsunami politique”.

A l’occasion du 45e anniversaire de la reconnaissance de la Chine par la France, Claude Chayet, premier représentant de la France en Chine en 1964 est l’invité de Chine Hebdo.

Claude Chayet, concrètement quelle était la mission qui vous a été confiée?
J’étais en charge de l’ouverture de l’ambassade de France à Pékin. Je partais dans le désert en quelque sorte puisque la France avait rompu les relations diplomatiques avec la Chine en 1949, notre ambassade qui se trouvait dans l’ancienne concession internationale avait été mise sous séquestre par les autorités chinoises. Nous ne savions plus rien de ce qui se passait en Chine. Nous avions un représentant officieux, Augustin Quilichini, qui m’a servit d’introducteur pour mes activités en Chine.

Est-ce que vous vous attendiez à être nommé à ce poste?
Je ne m’attendais à rien du tout. J’étais consul géneral de France à Oran et j’avais demandé à quitter mon poste parce que jy étais depuis deux ans. Quand on m’a demandé ce que je voulais, j’ai repondu que cela m’était complètement égal et que j’irais même à pied jusqu’en Chine. Le directeur du personnel m'a dit "mais nous n'avons pas de représentation en Chine". Aquoi j'ai répondu que c'était une image, pour dire que j'étais prêt à aller où on voudra. A ma surprise, trois semaines après, on me demande si je suis toujours prêt à aller à pied à Pékin pour m'inscrire sur la liste de ceux que l'on pourrait présenter au ministre. Le lendemain, j'ai eu un coup de téléphone me disant de venir à Paris , "je pense que vous serez désigné pour Pékin" m'a t-on dit.

Avant de partir, vous avez rencontré le Général De Gaulle, comment s'est passé cet entretien?
je suis arrivé à l'Elysee, les portes se sont ouvertes, je suis rentré dans le bureau du général qui s'est déplié car comme chacun sait, il était très grand. Je ne savais pas que, quand on est avec le chef d'état, il n'est pas d'usage de poser des questions. On est là pour écouter et recueillir les instructions. Mais à la fin de l'entretien comme le Général m'a demandé si j'avais des questions, je lui ai dit que je voulais notamment savoir si je pouvais réclamer notre ancienne ambassade. Il m’a demandé pourquoi je lui posais la question et je lui ai dit que l’ambassade était dans le quartier des consession et concessions et que le mot concession est désagréable aux oreilles chinoises. C'était une tache" pour les Chinois. Et le Général de Gaulle de répondre : "Il n’y a pas de pays qui n’ait pas de taches dans son histoire. Vous réclamerez une ambassade".
Après mon audience avec le Général,le ministre Couve de Murville, m'a demandé ce qu'il pouvait faire pour moi. Alors je lui ai demandé de faire preuve d'indulgence, je lui ai dit: "je vais à Pékin, je ne sais pas ou je vais travailler, je ne sais rien" et il m'a fait une réponse très rassurante: "[/i]Rassurez-vous, mon cher ami, on ne vous demande rien, que déjà vous arrivez à Pékin ce sera très bien[/i]".

Comment s'est passée votre arrivée à Pékin?
Le chef du protocole est venu nous chercher et nous a installés à l'hôtel de Pékin. Nous étions cinq, mon second qui était sinisant, le chiffreur, un attaché administratif et une secrétaire.

Parmi les conséquences de cette reconnaissance, quelle est celle qui a eu le plus d'importance selon vous?
C'est le retour de la Chine au conseil de sécurité de l'ONU, c'est-à-dire le retour de la Chine et sa participation à tous les évènements du monde.

Dans une conférence de presse du 31 janvier 1964, le Général De Gaulle a justifié la reprise des relations diplomatiques entre nos deux pays par "le poids de l'évidence et de la raison". Pourtant en 1964, reconnaître la Chine ce n'était pas si évident.
Ah non! la reconnaisse cela a été dans l'ordre politique un tsunami, une gigantesque nouvelle qui a secoué toutes les chancelleries, qui les a pris presque de court. Nous vivions une situation normale, établie et subitement voilà un des grands acteurs de l'époque qui décide tout seul et sans en avertir personne de reprendre les relations diplomatiques avec la Chine?

Comment et quand le Général De Gaulle a t-il pris cette décision de reprendre les relations diplomatiques avec Pékin?
je me garderais bien de pouvoir décrire le cheminement propre du général. Mais je suppose que d'une part, cela n'a pas été instantané, ce n'était pas un coup de tête. D'autre part, la décision a été mûrie et réfléchie puisque c'est lui qui a envoyé Edgard Faure à Pékin. Edgar Faure a fait un rapport en rentrant et c'est à partir des divers éléments qu'il avait entre les mains que le Général a pris sa décision, je dirais un mois avant le communiqué (27 janvier 1964).

Quarante-cinq après, Claude Chayet, comment définiriez-vous les relations France-Chine?
Le seul mot qui me vient à l'esprit, c'est cahin-caha.